Par Dr Eya TANGOUR(*)

Ah ! le supplice du conjoint qui n’arrive pas à dormir à cause des ronflements ! On s’y habitue souvent et on en plaisante même à la longue. Mais si cela cachait autre chose ?

En effet, 6% des personnes qui ronflent présentent ce qu’on appelle le syndrome d’apnées du sommeil, ou plus communément le SAS. Quelle est cette maladie qu’on connaît peu et qui peut représenter un vrai risque pour notre santé ?

Votre chronique santé répond à toutes vos questions.

J’ai entendu parler du syndrome d’apnées du sommeil. Pourriez-vous m’expliquer ce que c’est, Docteur ?

Le syndrome d’apnées du sommeil est une maladie  due à l’arrêt momentané de la respiration au cours du sommeil, le plus souvent du fait de l’obstruction complète ou partielle des voies respiratoires supérieures. La situation devient anormale dès lors que la pause respiratoire dure plus de dix secondes et que  cela se répète plusieurs fois pendant la nuit (plus de cinq fois par heure).

Certains patients connaissent plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines d’apnées au cours d’une même nuit.

Quels sont les symptômes de cette maladie ?

Le syndrome d’apnées du sommeil se manifeste par des symptômes nocturnes et diurnes. La nuit, le patient ronfle de manière quotidienne et sévère, aggravée au fil des années, le gênant dans sa vie personnelle.

Le patient et parfois son conjoint rapportent aussi une sensation de suffocation pendant le sommeil, des arrêts respiratoires (apnées) avec un réveil en sursaut, un sommeil agité non réparateur, des sueurs nocturnes et une nycturie (se lève plusieurs fois la nuit pour uriner) …

Pendant la journée, le patient présente une hyper somnolence (un besoin non désiré et incontrôlable de dormir), affectant ses activités.

Cette somnolence excessive peut engendrer des accidents de la voie publique ou des accidents du travail.

Elle peut également avoir  des céphalées matinales, des troubles de la mémoire et de la concentration, une irritabilité, des troubles de l’humeur, des troubles sexuels (impuissance), une fatigue importante…

Quels sont les sujets à risque d’avoir cette maladie ?

Parmi les principaux facteurs de risque du syndrome d’apnées du sommeil, on  peut citer : le sexe masculin, l’âge avancé, l’obésité, certaines anomalies de la sphère ORL ou des mâchoires, des facteurs génétiques, la consommation d’alcool ou de tabac, la prise de certains médicaments, le diabète, l’hypothyroïdie, etc.

Comment peut-on faire le diagnostic du syndrome d’apnées du sommeil ?

Le diagnostic du syndrome repose sur les symptômes décrits associés à un enregistrement du sommeil anormal. Devant des symptômes faisant fortement évoquer le syndrome d’apnées du sommeil, une polygraphie ventilatoire est indiquée. Il s’agit d’un enregistrement indolore, peu contraignant du sommeil qui mesurera les flux respiratoires, la saturation en oxygène, la fréquence cardiaque et les mouvements du thorax et de l’abdomen, entre autres. Il se fait le plus souvent au domicile du patient et la lecture se fera par le médecin le lendemain. Pour certains cas sélectionnés, une polysomnographie (examen plus complet et plus approfondi) sera indiquée.

Quel traitement pourra me proposer mon médecin ?

En fonction de la gravité de la maladie et des antécédents du patient, le médecin peut proposer un amaigrissement, des mesures positionnelles (position dans laquelle dormir), des orthèses (gouttières à mettre la nuit) ou un appareillage par une machine qu’on met pendant le sommeil. Un traitement chirurgical peut être aussi proposé à certains patients sélectionnés.

Si je suis appareillé, qu’est-ce qui changera pour moi dans ma vie de tous les jours ?

Si un traitement par un appareil à mettre pendant le sommeil (qu’on appelle la CPAP) est indiqué en association aux autres mesures, et qu’il est correctement paramétré, l’amélioration des symptômes aura lieu, que ce soit pendant la nuit ou dans la journée. Le ronflement disparaîtra, ainsi que les évènements respiratoires anormaux.  Le sommeil sera de meilleure qualité, plus récupérateur, avec un meilleur éveil diurne, une diminution de la somnolence (envie de dormir) pendant la journée, ainsi qu’une diminution de la fatigue, de l’irritabilité et une amélioration de l’humeur.

Si j’ai un syndrome d’apnées du sommeil et que je ne traite pas, quels seraient les risques pour ma santé, Docteur ?

Non traité, le syndrome d’apnées, modéré à sévère, constitue un facteur de risque et de complications pour les maladies cardiovasculaires, telles que l’hypertension artérielle, l’infarctus du myocarde, les AVC, pour le diabète et les anomalies du métabolisme lipidique. Ces facteurs s’ajoutent aux apnées du sommeil pour augmenter le risque cardiovasculaire. En résumé, il ne faut pas négliger un ronflement sévère associé à des apnées, à une hyper-somnolence ou à une fatigue diurne. Au moindre doute, consultez votre médecin et il décidera de la suite.

(*)Pneumologue-allergologue et exploration des troubles du sommeil

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