La gestion désastreuse de la pandémie de Covid-19 conduit les citoyens à agresser davantage le corps médical et paramédical exerçant notamment dans les hôpitaux. L’Organisation tunisienne des jeunes médecins (Otjm) appelle les autorités à assurer la sécurité des établissements hospitaliers et de ceux qui y travaillent.

La multiplication des attaques physiques et verbales ainsi que des actes de destruction de biens publics et de matériels médicaux dans les établissements hospitaliers est un problème récurrent qui ne semble pas avoir de solution. Par ailleurs, depuis l’apparition de l’épidémie de Covid-19, ces agressions se sont multipliées dans les quatre coins du pays et ce phénomène a pris plus d’ampleur que ce à quoi on s’attendait. Mais quand le travail cesse dans les établissements de santé (publics ou privés) et quand ces bâtiments sont endommagés, c’est la santé du citoyen qui est avant tout en danger. Mais pour autant, nos décideurs sont-ils conscients de ce que cela implique ? Sont-ils conscients de ce qui nous attend ? Sont-ils conscients de ce que nous ressentons et de la façon dont nous le ressentons à chaque instant ? C’est avec ces mots qui prennent toute leur valeur et toute leur signification que le Président de l’Organisation tunisienne des jeunes médecins (Otjm), Jed Henchiri, a tiré la sonnette d’alarme sur la recrudescence des violences à l’hôpital, notamment aux urgences.

A qui la faute ?

En premier sur le banc des accusés, le gouvernement et le ministère de la Santé publique  qui semblent prendre à la légère  ce problème, à l’heure où les hôpitaux se sont transformés en lieux à risques : l’insécurité se répand, la colère des proches des patients finit souvent en affrontements violents, des équipements ont été détruits… et des menaces de mort sont proférées contre le corps médical et paramédical, qui est en première ligne contre la Covid-19.

« Ces agressions varient en gravité, allant des crachats à des attaques extrêmement violentes, jusqu’à des blessures contre le personnel médical. Pis encore, ces cas d’agression ont été multipliés dans ce contexte lié à la pandémie, ce qui fait que les services d’urgence et de routine s’interrompent, partiellement ou totalement, empêchant les patients blessés ou malades des soins dont ils ont besoin », indique Henchiri, dans une déclaration accordée à La Presse.

Face à cette situation, les autorités concernées n’ont pas bougé le petit doigt pour endiguer ce phénomène dangereux et venir en aide de ce secteur qui risque de perdre les acquis qu’il a si chèrement gagnés pendant les 50 dernières années. « Contrairement à toute logique, nos décideurs sont en train de manipuler l’opinion publique en lui fournissant des données non pertinentes et ambiguës sur la situation épidémiologique dans le pays ; le risque de saturation existe, les hôpitaux ne peuvent plus fonctionner correctement, ne peuvent plus soigner tout le monde (les malades de Covid et les autres) et ne peuvent plus répondre à la demande…A vrai dire, dans quelques semaines, nos établissements ne peuvent plus faire face à cette crise fatidique et ne peuvent plus la gérer… Même si la réalité semble complexe, douloureuse, amère et parfois différente, il faut le dire. Car dans la plupart des cas, nous ne pouvons gérer la colère des patients et calmer leurs angoisses », explique-t-il.

D’un autre côté, le citoyen lui-même assume une partie de la responsabilité de cette situation puisqu’il ne cesse de perdre son self control au sein  des hôpitaux, enchaînant ces actes de violence. Il s’agit de souffrances multiples, qui se teintent du stress et s’alimentent de l’anxiété. Cette situation s’amplifie d’une manière inquiétante avec notamment un système organisationnel défaillant et une qualité relationnelle inconsistante.

« Beaucoup de médecins se trouvent confrontés à l’agressivité de certains patients qui ne supportent plus l’attente ou la perte de l’un de leur proche. Cette pratique fait partie de notre quotidien. Mais pendant ces derniers temps, la tension monte aux urgences et l’incivilité des patients, qui va en s’aggravant, pèse sur le personnel hospitalier. Du coup, la situation n’est pas toujours simple à gérer et elle risque de s’aggraver, d’où l’obligation de mener un grand travail de sensibilisation pour pouvoir rétablir la confiance entre les patients et le corps médical ainsi que paramédical, d’un côté, et faire réduire ce phénomène qui gangrène la société de l’autre côté », souligne le jeune médecin.

Augmenter la dissuasion

Jed Henchiri affirme que la continuité de ces pratiques risque d’aboutir à l’effondrement du  système tunisien de santé, qui est déjà fragilisé et en grande souffrance. Pour ce faire, il est indispensable de mieux protéger le personnel de santé contre les agressions verbales et physiques pour que les hôpitaux ne soient pas soumis à aucune forme de violence.

« Afin de veiller à ce que les professionnels de santé puissent travailler dans un environnement sûr, il faut les protéger en augmentant la dissuasion, en renforçant la vidéosurveillance, mettant en place des rondes impromptues de policiers bien qualifiés et bien formés pour cette mission sensible…En effet, arrêter les agresseurs, les placer en détention provisoire et les condamner à de la prison ferme pour agression contre le personnel de la santé ne peuvent pas être la solution du problème car les patients ont des raisons de se plaindre avec des droits qui sont fragilisés…Mais cela ne justifie pas la violence de toute façon. Pour ce faire, il faut renforcer la présence des forces de sécurité à l’intérieur et à l’extérieur des établissements sanitaires pour que la sécurité du personnel soit assurée de manière visible (notamment dans les sites les plus sensibles) pour dissuader au mieux les agresseurs. De l’autre côté, il faut garantir un soutien psychologique non seulement aux victimes de violence, mais aussi aux personnes soumises à des niveaux de stress élevés dans leur travail ».

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