Malgré le cri d’alarme lancé depuis plus d’un mois par les citoyens et la société civile, les déversements urbains solides de la localité et l’assainissement des eaux usées polluent toujours la lagune de Tazarka

La situation de la lagune de Tazarka (gouvernorat de Nabeul), connue pour sa diversité et son intérêt écologique, ne cesse de se dégrader au point qu’elle devient aujourd’hui un danger réel pour la santé des citoyens et une menace pour la biodiversité et les  écosystèmes. Face à cette situation alarmante, les habitants de la région et la société civile, à leur tête l’Association de l’environnement de Tazarka, ont décidé de hausser  le ton et de contacter les autorités concernées pour mettre un terme à ce fléau qui menace toute la région et sauver une réserve naturelle classée Ramsar (convention relative aux zones humides d’importance internationale particulièrement comme habitats des oiseaux d’eau). Mais, malgré ces efforts, cette tentative est toujours en stand-by pour le moment en attendant de passer à l’action et de prendre les mesures nécessaires à même de sauver la région d’une vraie catastrophe naturelle.

Deux problèmes toujours d’actualité

Le président de l’Association de l’environnement de Tazarka, Anis Kacem, précise que la lagune qui se situe devant une zone industrielle, abritant une nouvelle station d’épuration de l’Office national de l’assainissement (Onas), souffre de deux problèmes gravissimes. Tout d’abord, le rejet inc contrôlé des déchets industriels : certaines usines identifiées et inspectées à plusieurs reprises par les autorités compétentes ne disposent pas de stations de traitement préalable des eaux usées (notamment les abattoirs de volailles, les usines de production de textiles et de transformation manufacturière). Par conséquent, les eaux usées  déversées ne correspondent pas aux normes minimales requises par l’Onas pour être absorbées par la station. Ces eaux (mélangées avec du sang et des déchets des volailles, des produits chimiques) finissent par être reçues par la lagune. Le second problème porte sur le grand débit d’eau traitée et rejetée par la station d’épuration de l’Onas dans la lagune et qui provient des eaux usées des 3 villes : Tazarka, Maamoura et Somaa. Aujourd’hui, la lagune, connectée directement à la mer, déborde; une vraie catastrophe qui affecte une des plus belles plages du pays. «A quelques dizaines de mètres d’un complexe hôtelier et avec une réserve naturelle d’une telle beauté qui ne cesse d’être polluée et agressée, nous sommes en train de couper la branche sur laquelle on est assis », indique Kacem.

Face à cette situation inquiétante, une alerte rouge qui correspond au troisième niveau (avant-dernier), appelé aussi niveau d’intervention et qui requiert la saisie du ministre en charge de l’environnement et la mobilisation de la société civile devant une menace environnementale imminente, a été lancée pour sauver cette sebkha, mais le silence est toujours là !

Le ras-le-bol des habitants

La mobilisation de la société civile a porté ses fruits, mais il reste encore beaucoup à faire. En avril dernier, le ministre des Affaires locales et de l’Environnement et la secrétaire d’Etat à l’environnement se sont déplacés sur les lieux afin de trouver ensemble des solutions immédiates à cette crise. Ils ont promis d’étudier sérieusement le dossier, y compris les solutions proposées par ladite association, mais jusqu’à présent rien n’a été concrétisé car les promesses faites sont restées dans les tiroirs et remises, semble-t-il, aux calendes grecques. Face à ce silence, l’association n’a pas baissé les bras et s’est dirigée vers le gouverneur de Nabeul pour relancer sa demande et l’impliquer dans la démarche. Dans ce cadre, une réunion s’est tenue le 9 mai 2019 au siège du gouvernorat en présence de l’Association tunisienne des groupements de maintenance et de gestion, le président du Groupement de maintenance et de gestion (GMG) de la zone industrielle de Tazarka, un représentant du conseil municipal de Tazarka, des industriels et le délégué de Korba.

Cette réunion a été consacrée à un examen plus approfondi de l’état du Groupement de maintenance et de gestion de la zone industrielle où on a appelé à plus d’harmonisation entre le GMG et la municipalité de Tazarka pour travailler main dans la main et résoudre le problème. Il était, également, question d’identifier les devoirs et les droits du GMG et des entreprises industrielles pour éviter de répéter les fautes commises par le passé. Pour sa part, Saloua Khiari, gouverneure de Nabeul, a appelé les industriels de la région à respecter les réglementations publiques et sanitaires. Après discussion et échange de points de vue, il a été convenu de tenir le 12 juin 2019 une assemblée générale pour élire un nouveau comité du Groupement de maintenance et de gestion

Gestion de la zone industrielle de Tazarka.

«Chaque année, notre association adresse au gouvernorat un rapport détaillé mentionnant les points noirs et les menaces environnementales. Tous ces points y figuraient…Bien que le diagnostic soit clair et précis, on attend depuis un bon moment la mobilisation des autorités concernées pour sauver notre lagune. Mais le recours aux institutions internationales n’est pas écarté si ces autorités n’affichent pas la volonté de trouver une issue à  cette crise environnementale», souligne Kacem qui ajoute qu’une pétition a été signée, récemment, par plusieurs centaines de citoyens touchés par l’ampleur de cette crise environnementale et soucieux de la protection de la réserve naturelle, de la plage et de la santé publique. Cette pétition sera transmise aux différents ministres concernés et aux médias.

Il est à noter que la lagune de Tazarka abrite les flamants roses presque durant toutes les saisons de l’année. Elle a profité depuis longtemps de la virginité de la plage, l’éloignement des cités résidentielles pour sauvegarder sa beauté et ses caractéristiques favorables à la protection de la biodiversité dans le lieu. Elle compte egalevent une flore divensfiée. La rive ouest du site est riche en roseaux et est dotéé dense herbier. Sur les berges, on trouve des salicornes (Salicornia arabica), des scirpes (Scirpus Maritimus) et des joncs (Juncus Maritimus). Pour la macrofaune aquatique, la lagune est riche en insectes (éphéméroptères, coléoptères, et trichoptères), en mollusques et en vers. Idem pour la faune aviaire. La zone humide peut abriter en hiver quelques centaines d’oiseaux dominés par l’avocette élégante (Recurvirostra Avosetta) et le Gravelot à collier interrompu (Charadrius Alexandrinus). De petites troupes de Flamants rose (Phoenicopterus Ruber), de Tadorne de Belon (Tadornatadorna) et de Sterne caugek (Sterna sandvicensis) utilisent le site comme un reposoir.

Au printemps, la sebkha héberge quelques dizaines de limicoles migrateurs et voit s’installer dans ses environs quelques adultes probablement reproducteurs appartenant à deux espèces : le Gravelot à collier interrompu (Charadrius Alexandrinus) et la Glaréole à collier (Glareola Pratincola).

Charger plus d'articles
Charger plus par Meriem KHDIMALLAH
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire