La consommation est, de nos jours, à son niveau le plus bas, compte tenu du pouvoir d’achat érodé de la classe moyenne qui n’est plus en mesure de contracter des crédits de consommation, vu le taux d’intérêt imposé considéré, à juste titre, comme élevé et dissuasif. Est-ce le moment pour favoriser les achats des particuliers ou faut-il orienter les avantages vers les entreprises, l’investissement et les exportations ?

Le taux d’intérêt directeur arrêté au 14/12/2020 est de 6,250%, selon les derniers chiffres publiés par la Banque centrale de Tunisie (BCT). Ce taux fait régulièrement l’objet d’un examen approfondi lors de la réunion du Conseil d’administration de cette institution financière.  Le taux directeur pourrait faire l’objet d’un changement en l’augmentant ou en le diminuant en fonction de la conjoncture économique et financière du pays et les indicateurs enregistrés dans différents domaines. Le taux d’intérêt directeur est donc un instrument efficace pour atténuer l’inflation, stimuler la consommation et attirer plus d’investisseurs aussi bien locaux qu’étrangers. Pour ce qui est de l’inflation, par exemple, le taux d’intérêt appliqué par les banques ne doit pas être situé à un niveau très bas qui ne correspond pas aux richesses disponibles dans le pays, notamment au cours de la conjoncture actuelle caractérisée par un recul de presque tous les secteurs en termes de production, d’exportation et d’investissement.

Ainsi, les secteurs les plus touchés sont, entre autres, ceux du tourisme et des services connexes, du transport, du textile-habillement et du cuir et chaussures. Mais le secteur des industries mécaniques et électriques qui réalise d’habitude des performances à l’exportation a  connu une baisse inquiétante. Tous ces indicateurs n’encouragent pas les autorités monétaires à pratiquer un taux d’intérêt réduit pour stimuler la consommation. Pour accroître la consommation, les biens doivent être disponibles en quantités suffisantes afin de satisfaire les besoins locaux et dégager un excédent à exporter vers les marchés extérieurs. Les entreprises totalement exportatrices n’ont pas d’autres choix que de prospecter de nouveaux marchés pour pouvoir survivre à la crise.

Stimuler la consommation

Le taux d’intérêt est également un instrument pour stimuler la consommation dans divers domaines comme celui de l’immobilier qui connaît de nos jours une stagnation, de l’avis même des promoteurs immobiliers. Aujourd’hui, l’acquisition d’un logement coûte très cher, ce qui n’est pas à la portée des fonctionnaires appartenant à la classe moyenne. Un impôt élevé est imposé pour l’achat d’un logement. Un crédit bancaire est également nécessaire pour pouvoir payer une partie du coût, l’autre partie étant supportée par le bénéficiaire. Mais là où le bat blesse, c’est le taux d’intérêt échelonné sur plusieurs années, soit la période de remboursement du crédit. Avec la majoration du taux d’intérêt, le crédit coûte très cher, parfois deux ou trois fois le capital initial. Cela n’encourage donc pas le citoyen à s’approprier un logement ou à en construire un.

Par ailleurs, nombreux citoyens ont recours aux crédits pour régler les dépenses courantes, à savoir l’achat des produits alimentaires et agricoles ainsi que les articles de l’électroménager. Pour ce faire, ils ont besoin également de contracter un crédit de consommation de la part des banques. Ces crédits sont également soumis à un taux d’intérêt. Si celui-ci est élevé, les citoyens renoncent à demander un crédit. Par contre, si le taux est bas, l’affluence vers les crédits sera plus significative. D’où la décision délicate prise par les autorités monétaires en fonction des biens et services marchands produits. Il n’est pas question de stimuler la consommation de ces biens alors que la production est en deçà des objectifs fixés qualitativement et quantitativement, sinon on risque de faire exploser l’inflation.

Encourager l’investissement

A noter que le taux d’intérêt appliqué pour les crédits destinés aux particuliers ou aux chefs d’entreprise peut être fixe ou variable. Lors de la demande du crédit, le client négocie avec son banquier pour choisir le taux qui lui sied. Un taux d’intérêt fixe correspond à un même montant durant toute la période de remboursement du crédit alors qu’un taux d’intérêt variable pour changer en fonction des décisions prises par les autorités monétaire pour baisser ou augmenter le montant. Le client est informé et sensibilisé sur les avantages qu’il pourrait tirer des deux types de crédit et c’est à lui de choisir en toute indépendance. Un taux d’intérêt de 6,250% sur un crédit est relativement élevé mais cette décision  a été prise compte tenu de la conjoncture économique et financière actuelle en crise caractérisée par un manque de liquidités et une rétention de l’investissement.

Les crédits destinés aux campagnes agricoles doivent toujours être souples et avantageux pour permettre aux agriculteurs, dont certains sont surendettés notamment parmi les petits d’entre eux, de produire plus afin de satisfaire les besoins du marché local et d’exporter. Or, l’on a constaté que plusieurs agriculteurs trouvent du mal à accéder au financement, compte tenu de leur situation précaire. Ceux qui n’ont pas remboursé leurs anciens crédits ne sont plus éligibles pour les banques. Les pouvoirs publics sont, d’ailleurs, intervenus plusieurs fois pour aider ces petits agriculteurs en rééchelonnant leur dette et en effaçant une partie du taux d’intérêt imposé.

Pour ce qui est de l’investissement, les hommes d’affaires ont toujours sollicité plus de souplesse quant à l’octroi des crédits avec un taux d’intérêt bonifié. La baisse de ce taux incite, en effet, les promoteurs de créer ou d’agrandir leurs projets. D’ailleurs, la loi sur l’investissement comporte des avantages d’ordre financier et fiscal pour les investisseurs qui comptent créer leurs projets dans les zones de développement régional, particulièrement. Un taux d’intérêt réduit pourrait stimuler davantage les investissements locaux et étrangers, notamment au cours de cette période de vaches maigres, ce qui permettrait de créer de nouveaux postes d’emploi, de produire plus et d’exporter vers de nouveaux marchés.

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