Les magistrats tunisiens observeront demain lundi 21 décembre une journée de colère. Ils appellent  le gouvernement à prendre au sérieux leurs revendications et à présenter des solutions qui traduisent une volonté d’instituer un pouvoir judiciaire indépendant.


Le Syndicat des magistrats tunisiens (SMT) a tenu, hier, une réunion générale qui a rassemblé différentes structures représentatives de la magistrature, à savoir l’Association tunisienne des femmes juges (Atfj), l’Union des magistrats de la Cour des Comptes (Umcc) et l’Union des Magistrats administratifs (UMA). Au cours de ladite réunion, le SMT a présenté l’accord conclu vendredi 18 décembre, entre l’Association des magistrats tunisiens (AMT) et le gouvernement, en présence de 1500 juges. Dans une déclaration accordée à La Presse, la présidente du SMT, Amira Amri, a affirmé que le syndicat ainsi que les différentes structures présentes lors de la réunion, ont refusé de  signer l’accord. “Il s’agit d’un accord qui ne correspond pas aux aspirations des juges  et ne répond pas à leurs revendications relatives à la réforme de la justice, à l’instauration d’une justice forte et indépendante et à  l’immunisation  du pouvoir judiciaire et  du juge tunisien”, a-t-elle indiqué. Elle a ajouté que le SMT a décidé de poursuivre la grève ouverte observée depuis le 16 novembre et que son arrêt  n’aura lieu qu’après la conclusion d’un accord qui sied au pouvoir judiciaire et à l’Etat tunisien. La présidente du SMT a, en outre, annoncé que les magistrats tunisiens observeront, lundi 21 décembre, une journée de colère. “Nous appelons le gouvernement à prendre au sérieux les revendications des magistrats et le dossier de la justice et à présenter des solutions sérieuses qui traduisent une volonté d’instituer un pouvoir judiciaire indépendant. Nos revendications se basent sur une vision globale et complète”, a-t-elle précisé. 

Amri a souligné que  seul le gouvernement est responsable de la longue durée de la grève et de la campagne de dénigrement que subissent les juges, vu  la lenteur des négociations avec l’exécutif qui ne prête pas l’oreille aux solutions proposées. 

Par ailleurs, la présidente du SMT a indiqué que les structures présentes lors de la réunion vont porter des affaires relatives aux acquis et aux droits des magistrats, en justice. La Cour des comptes réalisera un audit financier à cet effet, a-t-on précisé. “ Il s’est avéré que  l’Etat effectue des retenues sur les salaires et les primes des juges sans fondement légal. Nous allons porter plainte et une commission judiciaire sera formée, à l’issue de la réunion. Elle sera chargée  du suivi de ces affaires portées devant la justice. Il ne s’agit pas là d’un conflit entre les magistrats et le gouvernement. Nous sommes des hommes d’Etat et nous appuyons l’Etat tunisien, dans ce qu’il entreprend comme réforme et construction. Le juge est le garant des droits et des libertés ”, a ajouté la présidente du SMT. 

Procrastination du gouvernement dans le traitement des revendications 

Elle a appelé, dans ce contexte, l’Etat à considérer sérieusement les solutions qui sont  proposées par les diverses structures de la magistrature et à présenter des propositions qui conviennent à l’État  et qui jettent  les fondements d’une justice forte,  dotée d’outils efficaces lui permettant de lutter contre la corruption, d’enrayer le terrorisme et de faire face aux crimes qui se multiplient dans le pays.   “Nous refusons la procrastination du gouvernement dans le traitement des revendications des juges. L’accord proposé par le gouvernement n’apporte rien de nouveau. Il propose des commissions, la mise en place d’un protocole sanitaire, le renforcement de la Mutuelle, etc.  Le protocole sanitaire est déjà mis en place. Il a été élaboré par le Conseil supérieur de la magistrature en collaboration avec la commission médicale mais il n’est pas toujours appliqué et c’est une mission qui incombe à l’Etat.  Le gouvernement nous propose de renforcer  la Mutuelle alors que depuis 2007, l’Etat n’a pas débloqué les financements alloués. Aussi, les juges ne sont pas  pas en train de bénéficier de la prime de permanence, et de surcroît  l’Etat effectue des retenues sur la prime de la magistrature sans fondement légal. Nous avons appelé le gouvernement  à régler la situation, mais il n’a pas donné suite à nos revendications et il  a présenté un accord qui ne sied pas au pouvoir judiciaire et à l’Etat.” a-t-elle déclaré. Par ailleurs, la présidente du SMT a conclu en adressant un message au peuple tunisien expliquant que le pouvoir judiciaire incarne la continuité de l’Etat et qu’il ne dépend pas des formations et des coalitions politiques. C’est pourquoi il est indispensable d’investir dans la réforme du système judiciaire. “A mesure que  la justice est forte, que le juge est immunisé et que les magistrats serrent les rangs, la situation du pays s’améliore”, a-t-elle affirmé. 

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