Alors que tous les regards sont focalisés sur les régions qui se mettent en mouvements pour revendiquer leur droit au développement, au travail et à la dignité, d’autres formes de manifestations ont lieu en Tunisie sans que personne ne leur prête une grande attention. Ce sont des gens qui manifestent mais ne réclament ni travail, ni salaire, ni augmentations. Aucun avantage, aucune revendication d’ordre social. Pourtant, ces gens sont dans la rue et leurs rangs ne cessent de grossir. Ils ne bloquent rien pour le moment, ni les routes, ni la vanne du pétrole ou  le transport du phosphate. Ils manifestent par amour pour leurs clubs. Ce sont des « fous » du Club Africain ou des fans du Club Sportif d’Echebba. Deux publics qui se sentent délestés du bien le plus précieux qu’ils ont : leur amour pour leur club préféré. Ils sentent l’humiliation et l’injustice que ce soit de la part de la Fédération tunisienne de football ou du bureau directeur du Club Africain. Pour le moment, rien n’est fait pour calmer l’agacement et la frustration des supporters, et pour les rassurer quant à l’avenir de leurs clubs. La tutelle ne peut intervenir sous prétexte que la Fifa dénonce toute forme d’interventionnisme dans la gestion des affaires internes des clubs ou des fédérations sportives, mais faut-il pour autant laisser les coudées franches à toute forme de dépassement pouvant dégénérer en émeute ? Entre l’indépendance des structures sportives et la sécurité nationale, c’est l’intérêt du pays et sa stabilité qui priment. Mais il faut auparavant admettre qu’il y a un malaise. Il faut le reconnaître et essayer de trouver des solutions pour résoudre le problème. Mais se dérober à ses responsabilités pour être à l’abri du déluge est lâche. Car si les jeunes qui ont pris d’assaut hier le Parc  «A» ont commencé à manifester ostensiblement leur dégoût  du bureau directeur ne trouvent pas quelqu’un qui écoute leurs doléances et examine leurs revendications, ils franchiront un autre palier de contestation  d’une manière plus constante et plus démonstrative. Oui il faut prêter l’oreille à ces milliers de jeunes qui clament leur grogne jour après jour. Il ne faut pas sous-estimer leur potentiel de nuisance publique au cas où leur ras-le-bol dépasserait les limites supportables. Tourner le dos à ces milliers de fans prêts à tout pour sauver leurs clubs est une aventure peu hasardeuse dont les conséquences seraient dramatiques sur le plan politique et social. Quelqu’un aurait-il le courage de s’attaquer à cette question sans faire de calculs politiques ou partisans ? Faut-il courber l’échine devant la FTF, la Fifa ou les dirigeants des clubs alors qu’on a le feu à la baraque ? Il ne faut pas oublier que les supporters, acteurs essentiels du spectacle sportif, savent donner du piment au sport et des épines aux élus. A bon entendeur, salut !

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