Chaque auteur a eu de la possibilité de développer son travail dans la direction qui lui plaît, donnant libre cours à ses spéculations picturales et thématiques.

La nouvelle génération de bédéistes tunisiens ne cesse de défricher de nouvelles voies graphiques, conceptuelles, techniques et narratives. Leur existence relève du combat car évoluant, malheureusement, dans un secteur occulté et lésé sous nos cieux, ne profitant ni de réelles structures ni de soutien au niveau étatique. Certains, en optant sur l’autofinancement, parviennent, à notre grand plaisir, à éditer leurs albums, en solo mais surtout en groupe. Se réunir en collectif permet un échange d’énergies et d’expériences mais aussi rend plus possible l’édition de leurs albums. C’est aussi une belle manière de découvrir plusieurs Faires réunis en une seule édition, une sorte de fenêtre sur ce qui se fait dans le monde de la BD tunisienne.

Ses acteurs ont compris depuis longtemps que pour évoluer, progresser et être visibles, il fallait compter sur eux-mêmes. C’est le cas du collectif de BD expérimentale «Lab619» qui, en lançant un magazine pour adulte éponyme en 2013, s’est fixé comme ambition la popularisation et la démocratisation du 9e art. La veine de l’expérimentation et de l’engagement est déjà annoncée dans le nom de leur œuvre collectif : Lab comme laboratoire et 619 qui renvoie à la combinaison numérique trouvée au début de chaque code-barres des produits tunisiens, code utilisé par le commerce et l’industrie, une manière de rappeler et de mettre la lumière sur les vices de la consommation industrielle.

Le travail des dessinateurs, caricaturistes, artistes visuels et scénaristes qui y contribuent repose surtout sur la manipulation, les essais et la recherche au niveau et de la forme et du fond.

Le concept de ce magazine est donc expérimental avec un thème consensuel et une cohérence d’ensemble. Le travail des dessinateurs, caricaturistes, artistes visuels et scénaristes qui y contribuent repose surtout sur la manipulation, les essais et la recherche au niveau de la forme et du fond. Cela crée toujours une diversité dans les numéros, et même si l’on reconnaît la touche de tel ou tel auteur, on est toujours dans la découverte et l’exploration.

Après ses deux numéros Migration (Hors-série) et Identité(s), le collectif nous a régalés avec le tout dernier «Tassayyob», une anthologie annuelle, qui réunit 18 récits graphiques signés par Aymen Mbarki, Hela Lamine, Ahmed Ben Nessib, Aroussia Tabbena, Sadri Khiari, Noha Hbaieb, Nadia Dhab, Kamel Zakour, Abir Kasmi, Helmi Berdaa, Issam Smiri, Houssem Dahloul, Moez Tabi, Mourad Ben Cheikh Ahmed, Rim Bouras, Sidi Ali Deker, Anas Mejri, Nada Dagdoug et Othmen Selmi. Ils ont pour mot d’ordre liberté éditoriale et chaque auteur a eu, de ce fait, la possibilité de développer son travail dans la direction qui lui plaît, donnant libre cours à ses spéculations picturales et thématiques. D’où le Tassayyob du titre qui signifie ici se lâcher. Entre des textes écrits en tunisien, en arabe littéraire ou en français, narration classique ou abstraite, les planches proposent des sujets variés et appellent les lecteurs à leur tour à se lâcher et libérer leurs imaginations pour donner d’autres sens aux propos et les réinventer.

Un régal pour les yeux et pour l’esprit !

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