Dans cet entretien, S.E.M Zhang Jianguo, ambassadeur de Chine en Tunisie, revient sur les relations historiques et amicales entre la Chine et la Tunisie qui remontent à plus de 57 ans et dont la solidité a permis, grâce à la coopération dans divers domaines, de surmonter les facteurs défavorables inhérents à l’épidémie de Covid-19. Pour lui, c’est dans les moments difficiles qu’on reconnaît ses vrais amis. Et «face à l’épidémie, les peuples chinois et tunisien se sont unis et se sont entraidés. L’amitié entre la Chine et la Tunisie est devenue encore plus profondément enracinée dans le cœur des deux peuples».
En effet, dernièrement, le gouvernement chinois a remis, officiellement, à la partie tunisienne le nouveau CHU de Sfax. Cet hôpital, qui est dédié à la lutte contre la pandémie, permettra de renforcer la capacité tunisienne dans la lutte contre le Covid-19.
Mais il y a lieu aussi de noter la construction des projets de l’Académie diplomatique et du Centre sportif et de la jeunesse de Ben Arous, financés par des dons du gouvernement chinois, ou encore la réalisation en cours de projets de coopération dont le barrage Mellègue. Plus d’éclairage dans cette interview sur des questions aussi cruciales que la 5G, le vaccin anti-Covid, la cinquième session plénière du 19e Comité central du Parti communiste chinois (PCC) ou encore les aspects stratégiques des relations sino-tunisiennes.

Quel bilan faites-vous de la coopération entre la Tunisie et la Chine l’année passée? Quel impact de la pandémie de Covid-19 sur la coopération bilatérale ?

Les relations entre la Chine et la Tunisie sont historiques et amicales. Depuis l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays, il y a 57 ans, grâce à l’importance accordée par les dirigeants de nos deux pays et leur engagement commun, les relations de coopération amicale sino-tunisiennes continuent de se développer constamment de manière saine et stable. Certes, la pandémie de Covid-19 a réduit, dans une certaine mesure, la circulation des personnes et les échanges entre les deux pays, mais il s’agit, de fait, d’un phénomène commun à travers le monde. On ne peut que se féliciter de constater que les relations sino-tunisiennes et la coopération dans divers domaines ont réussi à surmonter les facteurs défavorables inhérents à l’épidémie et que la coopération entre nos deux pays ne cesse de progresser.

Premièrement, la confiance mutuelle au plan politique ne cesse d’être consolidée. Les dirigeants des deux pays maintiennent de bons contacts. Dès le début de la propagation de l’épidémie en Chine, S.E.M. le Président Kaïs Saïed a adressé une lettre au Président chinois Xi Jinping pour lui exprimer sa sympathie. De même, notre Président a adressé des messages à son homologue tunisien pour lui affirmer la volonté de la Chine de continuer à soutenir la Tunisie dans sa lutte anti-épidémique pour garantir le droit à la vie et à la santé des deux peuples. En plus, les deux pays entretiennent une coopération étroite dans le cadre des institutions internationales multilatérales à l’instar du Conseil de sécurité de l’ONU.

Deuxièmement, la coopération anti-épidémique ne cesse de s’accroître. Le gouvernement, l’armée et les entreprises chinoises ont offert à la Tunisie une dizaine de lots de dons en matériel anti-épidémique. La Chine a aussi apporté à la Tunisie de l’expertise avec l’organisation d’une série de vidéoconférences et lui a assuré une assistance auprès d’entreprises chinoises, pour faciliter l’acquisition d’équipements de prévention et de contrôle de la pandémie. L’équipe médicale chinoise reste aux côtés du peuple tunisien pour combattre le Covid-19 main dans la main avec les médecins tunisiens. Dernièrement, le gouvernement chinois a remis, officiellement, à la partie tunisienne le nouveau CHU de Sfax, en présence de S.E.M. le Président Saïed qui a assisté à la cérémonie d’inauguration. Cet hôpital est dédié à la lutte contre la pandémie et permettra de renforcer la capacité de la Tunisie dans la lutte contre le Covid-19.

Troisièmement, la coopération pragmatique bilatérale dans d’autres domaines a connu un progrès considérable. Je voudrais citer, à titre d’exemple, la construction des projets de l’Académie diplomatique et du Centre sportif et de jeunesse de Ben Arous, financés par des dons du gouvernement chinois, ou encore la réalisation en cours de projets de coopération dont le barrage Mellègue. On note aussi la participation du ministre tunisien du Commerce et de la Promotion des exportations à la cérémonie d’ouverture, en ligne, de la troisième Exposition internationale d’importation de la Chine. On cite aussi la poursuite des activités de l’Institut Confucius, installé au sein de l’Institut supérieur des langues étrangères de l’Université de Carthage,  qui a offert des cours en ligne pendant l’épidémie.

C’est dans les moments difficiles qu’on reconnaît ses vrais amis. Face à l’épidémie, les peuples chinois et tunisien se sont unis et se sont entraidés. L’amitié entre la Chine et la Tunisie est devenue encore plus profondément enracinée dans le cœur des deux peuples. Je suis convaincu qu’à la faveur de l’attention accordée par les deux chefs d’État et grâce aux efforts conjoints des deux parties, les relations sino-tunisiennes atteindront de nouveaux paliers toujours plus hauts.

Quelle que soit l’évolution de la situation internationale, les relations sino-tunisiennes se développent toujours de manière saine et stable. Quel en serait le secret?

A mon avis, ce fait peut s’expliquer par trois principales raisons: la première raison consiste dans le respect mutuel. La Chine et la Tunisie partagent des valeurs identiques ou similaires. Les deux pays sont attachés à la préservation de leur souveraineté et de leur indépendance. Les deux pays préconisent, aussi, le règlement des différends internationaux par le dialogue et la négociation, appellent à la solidarité et au renforcement de la coopération pour répondre aux défis qui se posent à l’échelle internationale et s’opposent à l’ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays.

Depuis l’établissement des relations diplomatiques, les deux pays entretiennent une bonne entente et se soutiennent mutuellement sur des questions qui touchent à leurs intérêts fondamentaux. Une forte confiance politique mutuelle s’est instaurée entre les deux pays jetant des bases solides permettant d’approfondir de manière constante les relations bilatérales. La Chine tient à exprimer ses remerciements à la Tunisie pour son soutien indéfectible sur les questions relatives à Taiwan et sur d’autres questions. La Chine continuera à soutenir la Tunisie dans ses efforts pour préserver sa souveraineté et son intégrité territoriale et assurer le développement économique et social durable du pays.

La deuxième raison consiste en des relations mutuellement bénéfiques et gagnant-gagnant. La coopération aux plans économique, commercial et à travers les échanges humains a été tout aussi fructueuse. Le canal Medjerda-Cap-Bon, le Centre culturel et sportif de la jeunesse d’El Menzah, et le CHU de Sfax récemment achevé, financés par des dons chinois, sont des témoignages éloquents de l’amitié sino-tunisienne. La Chine œuvre en étroite collaboration avec la Tunisie pour promouvoir activement la mise en œuvre des acquis du Sommet de Beijing 2018 du Forum sur la coopération sino-africaine. Notre objectif est d’approfondir encore davantage la coopération pragmatique entre les deux pays dans divers domaines et de contribuer à impulser un nouvel élan au développement économique et social de la Tunisie.

Troisièmement, il s’agit de l’enracinement de l’amitié sino-tunisienne chez nos deux peuples. Depuis 1973, la Chine a envoyé en Tunisie 25 équipes médicales totalisant plus de 1.000 médecins chinois, apportant une contribution positive au développement de la Tunisie dans le domaine de la santé. Depuis la mise en œuvre officielle de l’Institut Confucius en 2019 à l’Université de Carthage, près de 500 étudiants ont bénéficié des cours de chinois. Cette année, les peuples chinois et tunisien se sont associés pour lutter ensemble contre l’épidémie, démontrant une fois de plus leur profonde amitié.

Le président chinois, Xi Jinping, a déclaré depuis longtemps que les vaccins chinois deviendraient un bien public mondial et que la Chine va contribuer à l’accessibilité des vaccins dans les pays africains. Comment la Tunisie peut-elle en bénéficier? Pourriez-vous nous parler des derniers développements concernant la recherche des vaccins en Chine?

L’épidémie de Covid-19 montre, encore une fois, que le monde est une communauté de destin avec un avenir partagé. La Chine est disposée à travailler avec la Tunisie pour mettre en œuvre les résultats du Sommet de Beijing 2018 du Focac, et promouvoir la coopération sino-tunisienne pour se concentrer sur la santé, la reprise du travail et de la production et l’amélioration du bien-être du peuple.

À l’heure actuelle, 14 vaccins issus de 5 procédés techniques sont en cours d’essais cliniques en Chine, dont 5 sont en phase d’essais cliniques de phase III, selon les procédures et les normes. Le 30 décembre 2020, le premier vaccin chinois a été approuvé pour être commercialisé. La Chine tient sa promesse et déploie des efforts pour faire des vaccins contre le Covid-19 un bien public mondial. La Chine œuvre activement pour fournir des vaccins aux pays africains, pour les aider à surmonter l’épidémie de Covid-19 le plus rapidement possible.

La cinquième session plénière du 19e Comité central du Parti communiste chinois (PCC) s’est tenue avec succès en octobre dernier. Quelle est l’importance de cette session pour le développement futur de la Chine ?

La cinquième session plénière du 19e Comité central du PCC est une importante réunion qui s’est tenue dans un contexte plein de changements et de mutations à l’échelle internationale. La session a résumé de manière exhaustive les principales réalisations du développement économique et social de la Chine au cours de la période du 13e plan quinquennal. Elle a été aussi l’occasion pour examiner et adopter les propositions du Comité central du PCC concernant l’élaboration du 14e Plan quinquennal du développement économique et social. La réunion a aussi permis la validation des objectifs à long terme à l’horizon 2035 dans la perspective de faire de la Chine un pays socialiste moderne sur tous les plans.

La Chine mettra en œuvre, impérativement, une nouvelle vision de développement fondée sur l’innovation, la coordination, l’écologie, l’ouverture et le partage.

Les efforts seront axés sur la consécration d’un développement de haute qualité. Il s’agit d’accorder la priorité à l’approfondissement de la réforme structurelle du côté de l’offre tout en faisant de la réforme et de l’innovation le moteur principal du développement social et de la satisfaction des besoins croissants du peuple qui aspire à une qualité de vie meilleure.

La Chine œuvrera également à la mise en place d’une nouvelle architecture de développement où le circuit domestique sera le pilier principal tout en veillant, tout autant, au renforcement mutuel du circuit domestique et du circuit international.

L’objectif est d’assurer le développement stable et régulier de l’économie ainsi que la stabilité et l’harmonie de la société avec pour objectif la réalisation, essentiellement, de la modernisation socialiste d’ici 2035. On aura ainsi un système économique moderne marqué par une nouvelle industrialisation, l’informatisation, l’urbanisation et la modernisation de l’agriculture. La puissance nationale globale sera portée aussi à un niveau supérieur.

Vous avez mentionné une nouvelle dynamique de développement où le circuit domestique est le pilier principal et que le circuit domestique et le circuit international se renforcent mutuellement. Cela signifie-t-il que la Chine révisera sa politique d’ouverture, appliquée depuis plus de 40 ans?

La porte ouverte de la Chine ne fera que s’ouvrir toujours plus largement. La nouvelle architecture de développement n’est en aucun cas un circuit domestique fermé, mais un double circuit plus ouvert sur le plan domestique et international. Tout en renforçant la résilience du développement économique de la Chine, elle est également propice à la promotion et au pilotage du circuit économique international permettant de parvenir à un développement plus fort et plus durable.

La propagation mondiale de l’épidémie de  Covid-19 et la montée des idées anti-mondialisation ont un impact négatif sur la mondialisation économique, qui reste toutefois un processus irréversible. Le partage du travail et la coopération sur des bases gagnant-gagnant entre les pays demeurent des  perspectives durables. La Chine augmentera globalement son niveau d’ouverture sur le monde extérieur en proposant un modèle de coopération ouverte dans toutes les directions, à multiples niveaux et dans plusieurs domaines. Il s’agit d’établir des liens plus étroits avec l’économie mondiale et d’offrir des opportunités de marché plus larges pour d’autres pays, dont la Tunisie. Elle favorisera le partage des opportunités apportées par la mondialisation tout en œuvrant à la construction d’une communauté de destin d’avenir partagé pour l’humanité.

La Tunisie envisage de lancer en 2022 les services 5G. Dans l’ère post-épidémique, comment la Chine va-t-elle promouvoir le développement économique et social mondial à travers la technologie 5G? Certains ont fait part de doutes concernant la sécurité du 5G chinois. Quelle est votre réponse face à ces inquiétudes?

Aujourd’hui, la nouvelle révolution technologique et la transformation industrielle s’intensifient dans le monde entier et la technologie de l’information évolue sans cesse. L’intégration de la 5G dans l’Internet industriel donnera un nouvel élan à la transformation numérique mondiale, favorisera la croissance continue de l’économie et contribuera au développement social. Dans le contexte de l’épidémie de Covid-19, les besoins de traitement médical à distance et d’éducation en ligne ont été rapidement stimulés. La 5G a montré une forte vitalité dans l’application Smart Healthcare, Smart City et l’Internet industriel. Le développement et l’utilisation de la 5G sous la vague de mondialisation seront certainement un processus et un produit de consultation, construction conjointe et de partage par tous les pays. La Chine est disposée à travailler avec des pays amis, dont la Tunisie, pour continuer à renforcer les échanges et la coopération scientifiques et technologiques. Cet effort vise à promouvoir une meilleure intégration de la 5G dans des industries, donnant une nouvelle vitalité et un nouvel élan à la reprise économique et à l’amélioration du bien-être du peuple.

En ce qui concerne la sécurité de la 5G de Chine, je voudrais dire que toutes les conclusions doivent être basées sur des faits scientifiques. L’équipement 5G de Huawei est totalement fiable. On n’a jamais détecté de risques techniques, de sécurité ou de «portes dérobées». Huawei a établi un laboratoire de sécurité à Londres, au Royaume-Uni tout en étant disposé à signer des accords «sans porte dérobée» avec tous les pays. Pour l’instant, la Chine a construit quelque 718.000 antennes de 5G, elle dispose ainsi du plus grand réseau 5G du monde. Sur la base d’une ouverture mutuelle, de l’égalité et des avantages réciproques, nous sommes prêts à faire avancer la coopération dans ce domaine avec tous les autres pays. Nous appelons  la communauté internationale à dire non avec fermeté à la discrimination ciblant des pays spécifiques en matière d’économie, de commerce, de sciences et de technologies, tout comme elle rejette la discrimination raciale.

Quelles est votre vision concernant la coopération entre la Tunisie et la Chine pour cette année? Quels sont les aspects stratégiques des relations sino-tunisiennes ?

À l’heure actuelle, la crise de Covid-19 reste un défi commun auquel le monde entier est confronté. Seules la solidarité et la coopération internationale peuvent nous aider à nous en sortir.

La Chine soutiendra activement la Tunisie dans sa lutte contre l’épidémie de Covid-19 ainsi que ses efforts pour la reprise économique.

La Chine est prête à travailler avec la Tunisie, dans le cadre de la construction conjointe de la Ceinture et la Route, le Forum sur la coopération sino-africaine et sino-arabe, pour construire une relation sino-tunisienne de nouvelle ère fondée sur une confiance mutuelle et plus approfondie sur le plan politique. Il s’agit aussi de bâtir une coopération économique et commerciale plus étroite, des projets concrets qui progressent régulièrement, des échanges culturels plus diversifiés et une coopération dans le domaine de la défense plus pragmatique au profit des deux pays et des deux peuples. Précisément, en matière de coopération anti-épidémique, nous continuerons à renforcer les échanges entre les deux pays dans le domaine médical et sanitaire, apportant à la Tunisie le soutien humain et matériel dans la mesure de nos moyens; en termes d’économie et de commerce, nous continuerons à promouvoir le projet de l’Académie diplomatique et du Centre culturel et sportif de Ben Arous. Des initiatives seront aussi menées pour promouvoir l’exportation de produits agricoles de haute qualité tels que l’huile d’olive vers la Chine permettant ainsi de réduire le déficit commercial entre les deux pays. En termes de renforcement des échanges entre les deux peuples, nous veillerons à l’ouverture de vols directs entre la Chine et la Tunisie et à encourager davantage les citoyens chinois à venir visiter la Tunisie dès la fin de l’épidémie. Un appui sera également apporté aux personnes qui apprennent la langue chinoise et cherchent à découvrir le charme de la culture chinoise permettant ainsi d’écrire de nouveaux chapitres de l’amitié sino-tunisienne.

La relation sino-tunisienne dispose d’un potentiel lui permettant de se hisser à un niveau de partenariat stratégique. Trait d’union entre l’Europe et l’Afrique, avec une longue histoire, la Tunisie, où s’entremêlent les cultures africaines, arabes et méditerranéennes, possède un riche potentiel de développement. La portée des relations sino-tunisiennes a pris, désormais, de nouvelles dimensions et ne se limite plus au niveau bilatéral. À l’heure actuelle, les dirigeants de nos deux pays ont une volonté commune pour approfondir davantage les relations bilatérales, d’autant qu’il existe un consensus général chez les amis, de divers milieux, pour consolider l’amitié sino-tunisienne. Dans un contexte général, où les relations sino-africaines et sino-arabes se développent rapidement, et dans la mesure où l’Initiative “la Ceinture et la Route” avance à grands pas, les conditions favorables sont réunies pour approfondir davantage la coopération entre la Chine et la Tunisie. Je suis convaincu qu’avec les efforts conjoints des deux parties, les relations sino-tunisiennes vont se développer davantage et acquérir une plus grande portée et profondeur.

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