Dans « Chambre(s) noire(s) » de Walid ben Ghezala, nous accédons dans l’antre du photographe. La visite se fait en noir et blanc, souvent floue, alternant proximité et éloignement ressentis aux quatre coins d’un appartement. Plongée visuelle déroutante et intimiste dans un univers spatio-temporel.


Une fois à l’intérieur, c’est comme si on naviguait intuitivement dans un lieu clos, peu éclairé et inconnu. « Chambre(s) noire(s) » raconte bien son titre : couloirs et pièces se dessinent lentement dans des cadres. Le visiteur, à l’image des silhouettes à peine perceptibles dans les photos, tâte le terrain, avance lentement, d’un tableau photographique à un autre, d’un recoin à un autre  coin, parfois habité, souvent vide. A vue d’œil, on est comme happé à l’intérieur d’un espace, coupé du monde extérieur et du temps, et qui raconterait le quotidien ordinaire, monotone, de son propriétaire, vaqué à ses occupations, épris de nombreuses émotions, tracas, perdu dans ses pensées, en solitaire, ayant comme refuge sommeil et repos. Le noir et blanc des photos nous happe dans une ambiance nocturne.

Le photographe use de plusieurs manœuvres, parfois étudiées, souvent spontanées, en optant pour le mode « argentique », immortalisant sensations, moments de vie, perceptions de son espace. En tant que visiteurs de cette (ces) « chambre(s) noire(s) », nous nous abandonnons à la libre interprétation de chaque prise et nous la relatons à notre manière. D’autres regards et ressentis se mettent en place racontant divers récits : les photographies de Ben Ghezala évoquent méditation en solitaire, solitude, errance, isolement, égarement. Des états d’âme que l’artiste voulait sans doute sauvegarder. Une manière de saisir l’intime autrement. Dans « Chambre(s) noire(s) », tout est dans la manière d’exprimer frontalement ou indirectement les émotions, le privé, le personnel : Walid Ben Ghezala nous dévoile une partie de son journal intime photographique.

Ce travail a émergé d’un « problème », selon le terme de l’artiste qui revient sur une période où il habitait un espace petit, assez fermé, peu éclairé, avec une porte qui s’ouvre à moitié, équipé d’un lit. Il décide de faire de ce mono-espace peu confortable, une réflexion.

D’une contrainte, a donc émergé une prouesse. Dépourvu d’espace, l’étroitesse de l’endroit a empêché l’auteur d’avoir du recul, d’où la proximité, l’éloignement, le flou visible sur les photos argentiques exposées. La difficulté de s’emparer de ce lieu est au cœur de son œuvre. Le vagabondage visible qui a suivi dans d’autres photos rimait avec recherche perpétuelle d’une liberté de mouvements, échappatoires, ou de voyages à travers les rêves. L’exposition se poursuit jusqu’au 27 janvier 2021 à « La Boîte, lieu d’art contemporain » à La Charguia.    

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