Depuis quelques jours, le grave incident qui s’est déroulé dans une maison d’hôte à Rafraf ne cesse d’enflammer les réseaux sociaux, où les internautes fustigent un crime ‘’crapuleux’’ et appellent à la fermeture de cet établissement touristique pour le manque de sécurité.


Ça devait être un réveillon mémorable et un séjour parfait, mais le destin en a décidé autrement… En choisissant de passer le réveillon avec ses amis dans une maison d’hôte à Rafraf, dans le gouvernorat de Bizerte, un jeune homme de 35 ans ne savait pas qu’il allait connaître les pires moments de sa vie.

Un vrai film d’horreur !

« C’était une nuit horrible, jamais je ne pourrai oublier ce qui s’est passé…Notre ami a été tabassé, kidnappé, séquestré devant nos yeux et enfin balancé en plein milieu de nulle part au petit matin ». C’est ce qu’a déclaré l’une des locataires de la maison d’hôte  à Rafraf, ayant assisté à l’agression et au kidnapping de l’un de ses amis.

Elle poursuit : « Alors qu’on dormait tous dans nos chambres, on a entendu du bruit au bord de la piscine. On regarde par les fenêtres, on trouve un groupe de 6 bandits en train de tabasser une personne qu’on a eu du mal à reconnaître. Il s’est avéré, par la suite, que c’est notre ami…

Ils avaient des couteaux, des épées, des matraques…Ils nous ont agressés en montant jusqu’à nos chambres…Mon autre copine, en ouvrant la porte de sa chambre, trouve un autre avec un couteau…

Notre ami, qui est descendu voir ce qui se passe, se fait agresser par un des bandits… Ils nous ont menacés en jetant des bouteilles de bière sur les fenêtres de nos chambres et en nous menaçant de brûler toute la maison d’hôte si quelqu’un s’approche de notre ami…C’était un vrai film d’horreur, c’était un cauchemar éveillé, c’était la pire nuit de toute notre vie, c’était le traumatisme de toute une vie pour nous tous, mais surtout pour notre ami qui a été accusé à tort…

Nous étions pris au piège et nous ne pouvions rien faire sauf appeler les 197, 198, 193 mais en vain…Après 45 minutes, la police est venue avec toute la passivité du monde, alors que notre copain a déjà été kidnappé par les agresseurs. Pendant ce temps-là, le maître des lieux, qui est le propriétaire de la maison d’hôte, s’est caché avec ses serveurs, alors qu’ils connaissaient les agresseurs et les appelaient même par leur prénom…Aucune sécurité, aucune assistance, aucune initiative…on était livré à nous-mêmes en plein milieu de nulle part…

Morale de l’histoire, on n’est en sécurité nulle part dans ce pays ; tu te fais agresser, tu te fais tabasser, tu te fais kidnapper, tu te fais séquestrer…devant le silence de nos autorités…Cet établissement doit être fermé pour le manque de sécurité et pour  non-assistance de son propriétaire à ses résidents ayant frôlé la mort, subi  l’agression, le kidnapping et la séquestration ».

L’Association Edhiafa réagit

Suite à ce grave incident, l’Association Edhiafa, qui représente et fédère les hébergements touristiques de petite taille en Tunisie, tient à réagir. Dans un communiqué rendu public, elle précise que ladite maison d’hôte n’est pas agréée par l’administration du tourisme à Rafraf.

« Depuis quinze ans, nous ne faisons qu’entendre, de la bouche des ministres du Tourisme, qui se sont succédé, que l’hébergement alternatif représente une nouvelle ouverture du tourisme tunisien. Pourtant, nous constatons que rien n’est fait et que l’informel a envahi notre secteur, avec tous les dangers que cette invasion implique. L’incident de Rafraf en est un malheureux exemple. Il est maintenant temps de réagir», précise Sabri Oueslati, président de l’Association Edhiafa.

Ayant constaté le grand pourcentage d’hébergements de petite taille, travaillant sans autorisation par rapport au tout petit nombre de structures, dûment agréées par l’Office national du tourisme tunisien (Ontt), l’Association met en exergue le grave danger que posent ces structures d’hébergement touristique qui sont opérationnelles, mais sans agrément de l’administration du tourisme tunisien.

La même source ajoute qu’un hébergement touristique de petite taille, travaillant dans l’informel, ne respecte en aucune manière un cadre juridique, pratique l’évasion fiscale, ne déclare pas son personnel, ne possède aucune assurance et ne met pas en pratique les mesures de sécurité, entre autres sanitaires. Ce laisser-faire, permis par les autorités de tourisme, crée un flou et le citoyen pourrait avoir tendance à ne plus faire confiance au secteur, à la lumière de l’incident de Rafraf. De plus, certains établissements se disent maisons d’hôte alors qu’ils sont en réalité des locations saisonnières ou des RBNB, voire des endroits où on peut louer une chambre à l’heure !

«Depuis plusieurs années, de nombreux hébergements touristiques alternatifs sont en attente de leur agrément. Sans aucune réponse de l’administration tunisienne et ne sachant même pas à quel niveau se situe le blocage, ils ouvrent leurs établissements sans agrément…Outre le délai de réponse très long, le manque de clarté et de transparence dans l’octroi des agréments transforme le processus en parcours du combattant, du fait que le promoteur doit affronter de trop nombreux vis-à-vis : mairie, protection civile, aménagement, différents ministères, administration du tourisme…

Le constat porte également sur le manque de cohérence du cadre juridique qui n’est plus en adéquation avec les besoins du secteur. Pour ne citer que quatre exemples : «les autorisations pour servir des boissons alcoolisées, l’octroi d’une chambre à un couple non marié ou le fait que les auberges de jeunesse dépendent encore du ministère de la Jeunesse et des Sports ou que certains types de structure d’hébergement touristique rural dépendent encore du ministère de l’Agriculture », précise le communiqué.

Des solutions ?

Selon la même source, pour éviter ces délais de réponse trop longs de la part de l’Ontt, il serait préférable de donner une autorisation provisoire aux promoteurs en attendant leur agrément définitif. De plus, pour faciliter le processus lors du dépôt de la demande d’agrément, un contact avec un seul vis-à-vis de l’Ontt permettrait au promoteur de mieux suivre son dossier. Il conviendrait, également, d’établir une liste exhaustive, écrite (en français et en arabe) et définitive, sans sujet à interprétation, de tous les documents à fournir lors de la demande d’agrément, pour éviter les incessants allers et retours du promoteur. L’Association se propose, également, d’être impliquée dans les réunions techniques avec les administrations afin de fluidifier la gestion des dossiers déposés et d’être une courroie de transmission performante entre l’administration et le promoteur.

Des contrôles neutres et objectifs doivent être effectués par l’administration du tourisme afin de s’assurer du bon fonctionnement et du respect des obligations légales des hébergements touristiques de petite taille agréés, mais l’administration doit également agir et prendre toutes les sanctions contre les structures informelles ouvertes sans aucune autorisation.

L’ouverture des hébergements touristiques de petite taille doit être facilitée partout sur tout le territoire, à la campagne ou dans les médinas…Enfin, une signalisation standardisée, apposée à l’entrée de chaque hébergement de petite taille, ainsi qu’un numéro d’agrément délivré par le ministère du Tourisme et de l’Artisanat, selon le statut de l’hébergement, devraient être obligatoirement affichés afin de faire savoir au client qu’il s’adresse à un établissement agréé.

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2 Commentaires

  1. Najia Ben rhaiem

    13/01/2021 à 22:56

    L administration tunisienne est truffée d incompétents et de corrompus.janvier 2018 j ai déposé ma première demande à la délégation de tourisme à sfax,pour un gîte rural ,un projet tout prêt qui m a coûté 1500 000d
    Je suis tunisienne à l étranger, j ai tout investi et à ce jour j ai pas reçu l autorisation finale du tourisme.un vrai parcours du combattant. Je suis obligée de travailler avec Airbnb pour ne pas être dans l illégalité mais. C’est une vraie honte et l histoire est longue

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  2. roberto viviani

    14/01/2021 à 11:21

    J’aurais été heureux si le journaliste s’était inspiré de ces faits mettant en évidence l’augmentation exponentielle de la criminalité qui, depuis le début de la pandémie, frappe tout le pays de manière inégale, de manière clairement «sauvage» et sanglante , Je dirais des temps primitifs. Mais surtout pour souligner que le mot silence est désormais le maître. Lors de la survenance de tout type de crime, PERSONNE n’est disposée à témoigner ou à montrer les vidéos des caméras de sécurité à la police, qui filme les auteurs, qui, conscients de cela, poursuivent leurs actions criminelles en toute impunité, avec tout ce qui suit. Je parle d’expérience directe et de celles qui sont arrivées à des amis. Veuillez me refuser.

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