Dans un fort louable geste, marquant le coup à sa manière, le cinéaste a décidé de rendre accessible le visionnage de tous ses films, nous ouvrant grandes les portes d’une cinématographie éclectique.


Faute de pouvoir se déplacer en direction de la grande avenue de Habib-Bourguiba, qui a vibré, un certain 14 janvier 2011, sous les cris et les revendications des manifestants scandant le fameux «Dégage», plusieurs de celles et ceux, qui y ont pris part, ont exprimé leur frustration quant à ce subit reconfinement de 4 jours jugé improvisé et inefficace. Coïncidant avec le 10e anniversaire de la date du départ de Ben Ali, qui marque pour certains la révolution (d’autres lui préfèrent la date du 17 décembre 2010), cette mesure est vue, par d’autres encore, comme politique…

Pour marquer le coup et se remémorer cette historique journée, des hommages ont été, tout de même, rendus sur les réseaux sociaux, des vidéos relayées, entre autres, figurant la masse énorme de la foule devant le ministère de l’Intérieur, de manifestants tabassés, les tirs de la police sur la foule… Des photos, des témoignages, des hommages aux martyrs et autres figures de la révolution, à Chokri Belaïd, à Mohamed Brahmi, à Maya Jribi, à Lina Ben Mhanni et à Gilbert Naccache dans un devoir de mémoire contre l’oubli.

Une fête de la révolution célébrée en confinement, par une génération submergée par des sentiments de désillusions et de frustrations. Une révolution de jeunes qu’on dit avortée, confisquée et prise dans les roues d’une machine redoutable, d’un système semblable à une hydre, dont les têtes ne cessent de repousser… «Confinés, mais libres», notent d’autres encore, rappelant les acquis de la révolution, en termes de libertés. C’est le cas de certains artistes qui ont loué cette liberté qui leur a permis d’exprimer librement leurs idées.

«Je suis pleinement conscient de l’état de détresse dans lequel se trouve le pays, mais je pense que la liberté n’a pas de prix, car tôt ou tard, le salut viendra par elle et nul autre. Grâce à cette liberté, j’ai pu faire des films libres qui n’obéissent à aucune considération, sinon à ma propre conscience et mon propre ressenti», écrit le réalisateur Selim Gribaâ.

Dans un fort louable geste, marquant le coup à sa manière, le cinéaste a décidé de rendre accessible le visionnage de tous ses films, nous ouvrant grandes les portes d’une cinématographie éclectique alliant documentaire, thriller psychologique et approche expérimentale, à travers 4 opus : «Une plume au gré du vent», son premier film réalisé en 2011. «Un documentaire qui parle de la première grande désillusion post-14 qui sont les élections de l’Assemblée nationale constituante», note-t-il. Un document essentiel qui vient témoigner des premiers élans de la démocratie, de l’implication des jeunes, de la société civile…Cette période décisive que l’on peut (re)vivre, aujourd’hui, avec le recul nécessaire. « La Maison Mauve », une comédie dramatique et sociale en format court, réalisée en 2014. Le synopsis nous parle de Hsan, un chômeur d’une cinquantaine d’années cherche vainement du travail dans son quartier populaire. Après insistance de sa femme, il décide d’aller voir Ammar, le chef de la cellule RCD du quartier pour lui demander de l’aide. Ammar accepte de lui trouver du travail, mais pose une condition : Hsan doit peindre sa maison en mauve ! Entre-temps, la révolution tunisienne est passée par là chamboulant toutes les donnes et laissant Hsan dans un total désarroi.

Dans un tout autre registre, on peut découvrir aussi ses deux thrillers psychologiques en courts-métrages : «Bab Jedid», produit en 2016, et «24 vérités», en 2018. Coup de cœur pour ce dernier qui réunit à l’écran Majd Mastoura et Sawsen Maalej. 14 minutes pour nous plonger dans les tourments d’un jeune homme, Mourad, un féru de cinéma dont le grand problème est de ne pas ressentir les émotions que peuvent provoquer les films. Une bien terrible pathologie pour un cinéphile ! Pour y remédier, il s’adresse à Asma Béji, une jeune psychanalyste. Leur premier entretien finit bien entendu par déraper…

Le film est intéressant à bien des égards, d’abord par le fait de s’attaquer à un genre délicat pas très abordé par nos cinéastes, mais pas que, bien sûr, car l’énoncé ne fait pas le film. Selim Gribaâ réussit à réunir les ingrédients nécessaires pour le genre et à bien les doser. Et même si le format nous laisse sur notre faim, en nous mettant dans l’ambiance d’un possible long-métrage, on arrive tout de même à plonger dans une déroutante atmosphère «lynchienne». Le propos est pléthorique, poétique, cinéphile et déborde de son format court…

Merci!

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