• Le Chef du gouvernement a opéré un remaniement ayant concerné 11 postes avec pour objectif, assure-t-il, de conférer davantage d’homogénéité, de synchronisation et de coordination à son équipe ministérielle

• En attendant que le Parlement accorde sa confiance aux nouveaux ministres, les partis politiques et les forces de la société civile sont invités à jouer le rôle leur incombant en cette étape délicate et sensible de l’histoire du pays, à savoir affronter ensemble l’épidémie de Covid-19 en espérant limiter au maximum les désastres qu’elle pourrait engendrer


Finalement, Hichem Mechici, le Chef du gouvernement, a livré à l’opinion publique la copie qu’on attendait depuis le premier jour de l’annonce de son gouvernement, c’est-à-dire la nouvelle équipe qu’on pourrait appeler réellement l’équipe Hichem Mechichi, dans le sens que cette fois les ministres ont été choisis par Mechichi lui seul en toute indépendance, qu’aucun nouveau ministre ne lui a été imposé contre sa volonté et désormais aucun parmi l’équipe ministérielle ne se comportera comme n’ayant aucun compte à rendre au Chef du gouvernement puisque tirant «sa légitimité» ou plutôt sa présence au sein du gouvernement grâce à la bénédiction d’une autre face autre que le Chef du  gouvernement.

Samedi 16 janvier, Hichem Mechichi a mis fin à toutes les spéculations et a libéré toutes les attentes dont la plus attendue se rapportait à l’éventualité de reporter le remaniement jusqu’à ce que son coussin parlementaire, en d’autres termes les partis qui lui accordent leur soutien, parviennent à trouver une solution à deux problèmes des plus épineux survenus, ces derniers jours, au moment où le Chef du gouvernement réglait les derniers détails relatifs au remaniement ministériel que tout le monde attendait.

Le premier couac concerne Qalb Tounès qui a donné l’impression, à travers les déclarations du député Yadh Elloumi, qu’il a commencé à vivre des fissures internes à propos de la position à prendre vis-à-vis du tant attendu remaniement ministériel, à la lumière de l’emprisonnement de Nabil Karoui, président de Qalb Tounès, et aux résultats le moins qu’on puisse dire non-satisfaisants auxquels a abouti la rencontre ayant groupé une délégation représentant le parti avec le Chef du gouvernement.

Le deuxième problème est relatif au différend opposant désormais la coalition Al-Karama (19 députés, ce qui équivaut à au moins 10 voix pouvant voter le remaniement ministériel comme ce fut le cas lors du vote de  confiance au gouvernement Mechichi) au parti Ennahdha.

Un gouvernement promettant plus d’homogénéité et d’efficience

Le coordinateur général d’Al Karama, le député Seif Makhlouf, a, en effet, annoncé furieusement que sa coalition a rompu ses relations avec Ennahdha à la suite de la publication par Rached Ghannouchi, président du parti de Montplaisir et de l’Assemblée des représentants du peuple, d’un communiqué de quatre lignes condamnant «fermement» l’agression physique commise par «certains députés d’Al Karama» (sans les nommer) sur des collègues de la coalition démocratique.

Et le chef d’Al Karama de considérer qu’Ennahdha a commis un acte de trahision à l’encontre de sa coalition, ce qui l’a poussé à annoncer la rupture immédiate de son alliance avec le parti nahdhaoui, ce qui revient à dire que son soutien au gouvernement Mechichi n’est plus de mise.

Et dans l’attente de voir Rached Ghannouchi arranger les choses avec «ses enfants» mécontents et les convaincre que la conjoncture exigeait «la petite concession» accordée au bloc démocratique et en espérant que les députés «récalcitrants» ou ayant «la langue pendue plus que permis» reviennent à de bons sentiments ou comprennent qu’il faut savoir se taire quand il le faut pour ne pas bousiller les deals en train d’être contractés dans le secret (affirmation télévisuelle de Ghannouchi qui exprime sa conviction que Nabil Karoui est innocent et qu’il sera libéré prochainement), Hichem Mechichi fait la promotion du remaniement ministériel qu’il a révélé samedi après-midi en assurant qu’il vise à atteindre un objectif principal: conférer à l’équipe ministérielle l’homogénéité et l’efficacité qui lui ont fait défaut jusqu’ici et à mettre fin aux dysfonctionnements qui ont marqué son action durant les quatre mois qu’a duré jusqu’ici le premier gouvernement Mechichi. Une période qui a vu éclater au grand jour trois grandes affaires: la rébellion du ministre de  la Culture Walid Zidi, l’affaire des déchets italiens qui a vu l’arrestation pour les besoins de l’instruction du ministre des Affaires locales et de l’Environnement, et enfin la révocation du ministre de l’Intérieur pour avoir procédé à des nominations au sein de son département sans l’accord du Chef du gouvernement.

Le speech du Chef du gouvernement accompagnant la révélation des noms des 11 nouveaux ministres et expliquant les raisons de leur choix ainsi que les missions qui les attendent montre a priori qu’une nouvelle approche de gouvernance est promise aux Tunisiens dans le sens que la conjoncture actuelle marquée par la montée vertigineuse de l’épidémie de Covid-19 ne peut plus souffrir davantage de manque de cohésion et l’absence de synchronisation  de l’action gouvernementale.

Il reste, toutefois, à espérer que les partis politiques et les forces civiles comprennent que l’heure n’est plus aux tiraillements ou à la guerre de positionnement mais plutôt à la solidarité et à la coordination des efforts de tous dans le but de faire face, en rangs serrés et avec le maximum d’homogénéité, à cette dangereuse épidémie dont personne ne peut mesurer les désastres qu’elle pourrait provoquer.

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