«Les trois mystiques» a souffert d’une mauvaise qualité de l’image, mais aussi des prises de vues qui ne mettaient aucunement en valeur ni le travail des danseurs, leurs mouvements sur scène ni la scénographie.


Après une brève période de répit où les salles de cinéma, les théâtres et autres espaces ont rouvert leurs portes, nous revoilà à la case départ avec l’arrêt des activités artistiques qui se poursuivra jusqu’au 24 janvier. Encore une fois, le secteur de la culture est celui qui est le plus touché par ces mesures sanitaires, pourtant, ça a été celui qui a prouvé le plus sa capacité à s’adapter et à respecter le protocole sanitaire comme en témoignent la dernière édition des JCC mais aussi la réouverture des salles de cinéma qui s’en est suivie et la louable discipline dont ont fait preuve les organisateurs et le public.

Le digital s’impose encore comme une alternative, un substitut, un espace de diffusion et même de production qui permet de continuer à accéder à l’art, à le rendre consommable et accessible. On organise des concerts en live streaming, on rend accessible la vision de films, on diffuse d’anciennes productions théâtrales et autres spectacles. Chez nous, cela va plus dans le sens de la diffusion avec des productions pas toujours adaptées pour le format numérique, surtout en ce qui concerne les arts de la scène et du spectacle. Cela peut parfois nuire même à l’œuvre présentée et altérer sa qualité esthétique. Ce fut le cas lors du programme spécial de mini-concert proposé les 15, 16 et 17 janvier par le Théâtre de l’Opéra de Tunis sur sa page Facebook et sa chaîne Youtube, avec la diffusion en live streaming de deux concerts, un premier signé par les musiciens de l’Orchestre symphonique tunisien et «Awtar Achkha» de l’Orchestre national tunisien, ainsi que le spectacle «Les Trois Mystiques» du Nouveau ballet de danse tunisienne.

Ce dernier spectacle de danse, que l’on a pu voir le dimanche 17 janvier, a malheureusement souffert par cela. Signé par Karim Touwayma et interprété par les danseurs du Nouveau ballet de la danse tunisienne du Pôle Ballet et arts chorégraphiques, «Les trois mystiques» conte trois histoires (trois tableaux), celle des fils d’un «Boussaadia» qui cherche en vain sa fille Saadia enlevée, l’histoire d’un «Akacha», un mystique dont la bravoure et la force surhumaine font briser les chaînes de l’oppression dans un mouvement de corps déliés qui se mélange aux effluves d’encens et d’authenticité.  Et celle du Cheikh « Marnikh » et son penchant pour les grandes tablées. Le cheikh, dont la générosité rallume les lumières du cœur et qui aime s’attabler autour de banquets faits de bons plats qui émoustillent ses papilles et celles des petites gens, pauvres et sans abris, qu’il reçoit quotidiennement.

Un travail sur le patrimoine immatériel, la mémoire collective avec une approche scénique et scénographique contemporaine (musique électronique, mapping, projection de lumière). Diffusé vers 21h00 sur la chaîne youtube, « Les trois mystiques » a souffert d’une mauvaise qualité de l’image, mais aussi des prises de vue qui ne mettaient aucunement en valeur ni le travail des danseurs, leurs mouvements sur scène ni la scénographie. Abritée vraisemblablement par le somptueux Palais du Baron d’Erlanger à Sidi Bou Saïd (Ennajema Ezzahra), la pièce chorégraphique n’a pas été filmée avec le recul nécessaire, pas très permis il faut le dire vu le choix du lieu (la pièce centrale de la bâtisse). A la place, on a eu droit à un enchaînement décousu filmé sous une multitude d’angles qui ne permettait pas de suivre l’évolution de la chorégraphie. En attendant de renouer de nouveau avec la scène et l’aspect vivant des spectacles, il est important de savoir profiter des avantages du digital pour le mettre au service des créations. Car le format digital quand il est bien maîtrisé, bien réfléchi en termes de forme, de durée, cela peut intéresser le public en temps pandémiques et en dehors aussi pour se positionner comme un outil de production et de diffusion complémentaire qui peut servir et la forme et le fond de l’œuvre.

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