Dans une adresse télévisée, le Chef du gouvernement, Hichem Mechichi, a dit « comprendre la colère des jeunes dans certaines régions et qu’il appréhende leurs dessous socioéconomiques», mais qu’il fait la part des choses entre «ces contestations et les actes de vandalisme, de vol et de violence qui les ont accompagnées».

« Je ne pense pas qu’il y ait parmi les manifestants pacifiques des personnes qui cautionnent les pratiques de ces délinquants et auxquels les forces de l’ordre ont riposté avec professionnalisme. Ces pratiques sont l’œuvre de déviants qui poussent vers le chaos, pariant sur l’épuisement de nos forces de sécurité pour faciliter le vol et le pillage ».

Toutefois, le Chef du gouvernement a réitéré  qu’il est conscient qu’il y a une grande colère car la situation sociale et économique s’est fortement détériorée, à laquelle s’ajoutent les conséquences économiques et les mesures sanitaires drastiques qui ont été dictées dans le  souci de préserver la santé des Tunisiens et qui ont engendré une violation nécessaire et progressive des libertés personnelles telles que la liberté de mouvement, suite à la crise du Covid. Mechichi a également assuré qu’il  comprenait les revendications sociales et économiques et que son rôle en tant que Chef du gouvernement est de « les écouter et de les transformer en un levier d’action et de concrétisation ». C’est que pour lui,  « le souci de ce gouvernement est le développement qui en rythme l’action et tout ce que nous avons fait au cours de la dernière courte période et ce que nous avons l’intention de faire au cours de la période à venir est un effort constant vers un développement global et équitable ».

N’empêche, si le Chef du gouvernement a dit comprendre la colère et même la frustration ressentie par les jeunes qui protestent dans divers quartiers, il a asséné que la loi sera appliquée avec le même professionnalisme et le même credo républicain.

« La loi sera appliquée aux auteurs des pillages et des attaques contre les biens. Le droit de protester ne doit pas être converti en droit de voler, de piller et de détruire des biens privés et publics », a-t-il averti.

Réservant dans son discours un volet aux jeunes, le Chef du gouvernement a affirmé être conscient que l’Etat, représenté par les gouvernements successifs, a traité avec les jeunes pendant des décennies avec une mentalité autoritaire en imposant ce qu’il croit être des solutions et en le présentant comme des acquis, ce qui a conduit à un blocage quasi total des canaux de dialogue et à l’absence de compréhension de la réalité des aspirations, des attentes et de la conception d’un pays dans lequel ils peuvent créer et innover sans obstacles bureaucratiques ou idéologiques qui n’ont eu comme résultat que de détourner les jeunes  de plus en plus de ce pays dont ils représentent la vraie richesse et qui n’a pas d’avenir sans eux.

De ce fait, Mechichi a indiqué avoir suffisamment de réalisme pour reconnaître la nécessité de traiter avec les jeunes en tant que force de proposition qui dispose  d’assez intelligence et de potentiel pour concevoir des méthodes et des moyens de travail innovants qui dépassent la capacité des générations précédentes, forts de leur bonne compréhension de la réalité et de leur parfaite assimilation des conditions de réussite au XXIe siècle.

« Par conséquent, nous travaillons pour faire en sorte que l’État, par le biais de son administration et de ses lois, ne soit pas une force d’inertie, mais de vous accompagner dans la réalisation de vos aspirations et de vos rêves dans une patrie où vous vivez bien », a souligné le Chef du gouvernement.

« Vous êtes l’avenir de cette nation et notre respect de vos libertés et de votre diversité dérive de notre respect pour ce pays et de notre devoir de garantir vos droits en matière d’emploi, de fournir des espaces de créativité et d’innovation, d’assurer les meilleures conditions d’apprentissage et de formation, et de vous pousser aux plus hautes responsabilités du pays. C’est l’une de nos priorités absolues loin des slogans et des enchères politiques aussi fastidieuses pour vous que pour nous », a indiqué Mechichi.

Dans ce cadre, il a révélé que ses équipes œuvreront dans les prochains jours à développer un cadre innovant qui permettra de porter les voix des jeunes, leurs suggestions et de recueillir leur perception, en vue de faire sauter les verrous qui entravent  la réalisation de leurs projets et de leurs rêves.

« Votre voix a été entendue et votre colère est légitime, et mon rôle et celui du gouvernement est de travailler pour transformer vos revendications en une réalité et pour que le rêve en Tunisie demeure possible, et que l’espoir y soit la règle », a-t-il ajouté.

Et de conclure son discours en lançant un appel aux manifestants afin qu’ils ne laissent pas les anarchistes et les voyous s’infiltrer dans leurs marches pacifiques avec l’objectif de les transformer en raids de vandalisme et de pillage. A cet effet, le Chef du gouvernement a exhorté citoyens, partis et associations, organisations nationales et médias à ne pas se laisser  entraîner dans  des campagnes de mobilisation et d’incitation, à ne pas recourir à la violence et au chaos, à ne pas répandre de rumeurs et à ne pas perturber les institutions de l’Etat.  « La crise est réelle, la colère est légitime, la protestation est légitime, mais le chaos est inadmissible et nous y ferons face avec la force de la loi et l’unité de l’État », a-t-il asséné.

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