La tendance baissière des IDE en Tunisie est loin d’être conjoncturelle. La continuelle baisse des flux entrants des investissements étrangers (en euro comme en dollar), observée depuis 2011, confirme que le pays peine à attirer les investisseurs étrangers et souffre d’un problème d’attractivité.

Côté investissement, le constat est sans appel et les conséquences ne sont guère surprenantes: la pandémie a ralenti les flux des IDE dans le monde. Selon la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced), les IDE ont dévissé de 49% au cours du premier semestre 2020 par rapport à la même période de l’année 2019. Les pays développés ont été les plus touchés par cette fulgurante baisse avec un taux qui dépasse les 75%. «Les confinements décrétés à travers le monde ont ralenti les projets d’investissement existants et les perspectives d’une profonde récession ont incité les entreprises multinationales à réévaluer leurs projets», lit-on dans le communiqué publié par l’organisation onusienne au mois d’octobre 2020.

Les répercussions de la crise sur les flux des investissements à destination des économies en développement sont beaucoup moins importantes. La baisse était seulement de 16% au cours du premier trimestre. «La baisse de 16 % des flux d’IDE vers les économies en développement a été moins importante que prévu, principalement en raison de la résistance des investissements en Chine. Les flux n’ont diminué que de 12 % en Asie, mais étaient inférieurs à 28 % en Afrique et à 25 % en Amérique latine et dans les Caraïbes», indique le même communiqué.

Evolution du classement de la Tunisie

C’est dire que le ralentissement des flux des investissements étrangers dans le monde, dans un contexte de crise sanitaire, est une conséquence prévisible. Et cela va sans dire que la Tunisie est également touchée par la baisse des IDE. En effet, selon le bilan de l’investissement étranger des neuf premiers mois de l’année 2020 de l’Agence de promotion de l’investissement extérieur Fipa, les investissements directs étrangers, qui ont atteint 1 458,9 millions de dinars au cours du premier semestre, ont accusé une chute de 23,2% par rapport à la même période de 2019.

Mais la tendance baissière des IDE en Tunisie est loin d’être conjoncturelle. L’évolution des flux entrants des investissements étrangers, en euro comme en dollar, — en 2019, les flux entrants d’IDE en dollars ont affiché une baisse de 44% par rapport à 2010 et de 33,9% pour les flux d’IDE en euros — confirme que le pays peine à attirer les investisseurs étrangers et souffre d’un problème d’attractivité. Une tendance confirmée, également, par l’évolution du classement de la Tunisie selon l’indice Doing Business, où elle a perdu 33 rangs en 9 ans passant de la 45e place en 2010 à la 78e en 2019. La non-attractivité du pays est, désormais, un problème qui est en passe de devenir structurel. Et pour cause, la crise de confiance qui s’est installée entre l’investisseur et l’Etat. “Le problème de fond dont souffre le pays est un problème de confiance. A ce sujet, la Conect a toujours tenu le même discours. Il faut rétablir la confiance entre l’entreprise et l’Etat tunisien. Après, il y a, bien entendu, les mesures d’incitation et les avantages, notamment fiscaux. Mais lorsqu’on a affaire à une administration inexistante, à des employés qui n’accomplissent pas leurs tâches convenablement, à des relèvements d’impôt imprévisibles, à une douane qui envenime la vie aux entreprises à chaque opération d’export ou d’import, c’est qu’on est en train de parler d’une crise de confiance qui est, désormais, installée”, a souligné, dans le même contexte, M.Luigi Valenti, membre du bureau exécutif de la Conect, chargé des IDE, dans une déclaration accordée à La Presse.

Et c’est dans cette conjoncture difficile où les entreprises, notamment industrielles, sont mises au tapis en raison de la baisse drastique de leurs activités, que le relèvement de l’IS pour les entreprises offshores de 13,5% à 15% a été perçu comme un mauvais signal pour les sociétés étrangères. A cet égard, le membre du bureau exécutif de la Conect explique: «Nous ne sommes pas contre le fait que les entreprises exportatrices contribuent de manière égale au système fiscal du pays. Mais ce que nous contestons, c’est le timing. Avant, avec la loi 72, les entreprises totalement exportatrices bénéficiaient des avantages, et ce, dans un contexte général stable. Or, aujourd’hui le contexte a changé. Les atouts, dont disposaient avant les entreprises en Tunisie, n’existent plus. S’ajoute à cela le climat général d’instabilité qui règne dans le pays. Et au moment où l’environnement des affaires en Tunisie est en déclin, on vient d’introduire de nouvelles dispositions fiscales. L’exonération fiscale était le dernier avantage auquel s’accrochaient les entreprises. Ce qu’il faut comprendre, c’est que les investisseurs ne cherchent pas des avantages fiscaux ni des primes, ils cherchent, avant tout, un environnement d’affaires propice et stable et qui malheureusement ne cesse de se dégrader».

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