Bavures policières dans le traitement des manifestions nocturnes et diurnes. Echec dans la gestion du dossier des fonds spoliés par le clan Ben Ali en Suisse. Expiration des délais pour le renvoi des tonnes de déchets en Italie. Découverte de nouvelles quantités de riz et de café avariés et des milliers de litres de lait périmés au port de Radès. Un ministre de la Défense qui qualifie les citoyens qui ne sont pas originaires du Sahel d’« invités ». Le président du Conseil de la Choura d’Ennahdha qui appelle les jeunes adhérents au parti à investir les rues afin de « sécuriser les sites et les commerces ».   

Des soupçons pèsent sur trois ministres proposés lors du dernier remaniement. Voilà en somme le digest de l’actualité ces derniers jours en Tunisie. Ne parlons pas de l’explosion du nombre de décès suite au Covid, de la saturation des lits de réanimation, de l’absence d’une visibilité quant à l’arrivée des vaccins anti-Covid dans notre pays. Passons sous silence aussi l’augmentation des prix des médicaments de 20%. Du prochain blocage de milliers de téléphones à travers l’application « Sajalni » qui va mettre hors réseau les commerçants de « Moncef-Bey » sans leur proposer une formule d’intégration au circuit formel, jusqu’aux nouvelles mesures de pression fiscale, en passant par la révision du système de compensation ou encore la dégradation de tous les services de base.  Notre quotidien est devenu cauchemardesque. On broie du noir à longueur de journée et la pandémie ne fait qu’empirer cette sensation d’appartenir à un pays à la dérive. Lors de la séance d’audition des ministres de la Défense, de la Santé et des Finances, le député Yassine Ayari a laissé pantois les trois ministres et le reste des élus en leur faisant écouter les chansons des supporters de quelques clubs tunisiens de football qui sont devenues de vraies odes à la résistance contre le système qui régit le pays. Leurs paroles décrivent la morosité ambiante, évoquent la misère, le chômage, pointent du doigt le degré élevé de la corruption mais chantent aussi la bravoure des démunis, leur endurance et leur patience qui n’a pas de limites. Des hymnes à la rébellion annonciateurs d’un orage et de beaucoup de tempêtes.  On peut dire que chaque jour qui passe emporte dans son sillage le peu d’espoir qui reste en des lendemains meilleurs. Il n’empêche que les Tunisiens, pour faire contre mauvaise fortune bon cœur, trouvent dans la dérision un moyen efficace pour arracher le sourire des lèvres les plus serrées. Ainsi, 33070, le matricule du véhicule de police où s’est embarqué un agent après avoir fait une irruption illégale dans une maison et effrayé ses habitants, est devenu un code sur les réseaux sociaux pour dépeindre leur rejet des pratiques musclées des forces de l’ordre. Souriez, vous êtes en Tunisie !

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