Encore dans nos salles de cinéma dont la reprise est prévue la semaine prochaine dans des conditions sanitaires précises, le film d’Amine Nayfeh nous décrit le quotidien des Palestiniens par le cinéma et non pas par le discours politique dans le cinéma.

Du genre drame aventure, «200 meters» a remporté plusieurs distinctions dont le prix du public au Festival international du film de Venise 2020 ainsi que trois prix au Festival d’El Gouna 2020, en l’occurrence le prix du meilleur acteur (Ali Suleïman), le prix du cinéma pour l’Humanité et le prix Fipresci de la critique internationale. «200 Meters» relate l’histoire de Mustafa et sa femme Salwa vivant à 200 mètres l’un de l’autre dans des villages séparés par le mur. Un jour, il reçoit un appel que tous les parents redoutent : son fils a eu un accident. Se précipitant pour traverser le checkpoint israélien, Mustafa se voit refuser sur un détail. Mais l’amour d’un père ne faillit pas et il est prêt à tout pour rejoindre son fils. Une distance de 200 mètres devient une odyssée de 200 kilomètres; Mustafa, qui n’a pas le choix, tente de passer clandestinement de l’autre côté du mur.

«200 mètres» nous a frappé d’abord par la présence de son acteur, Ali Suleiman. Une performance pour ce rôle de composition qui demande beaucoup de justesse et de précision pour acter un père, séparé de sa femme et de sa progéniture, en nous communiquant, par son regard, ses émotions et ses gestes, le poids de cette contrainte politique sans la nommer. Tout le film repose sur ses épaules et, à aucun moment, on a l’impression de perdre le fil quand la caméra est sur lui. Deuxième point qui nous a marqué c’est que ce film, conduit comme un thriller, n’est pas du tout dans le discours de la «Cause». Qu’on nous permette de dire que c’est le cinéma de la «Cause» avec du discours au premier degré sur la «Cause» qui a fait fuir beaucoup de gens devant la «Cause» parce qu’il nous donne une impression de déjà vu. Heureusement que de jeunes réalisateurs, comme Amine Nayfeh ici ou Bassam Jarbaoui dans «Mafak», injectent du sang nuf dans l’écriture cinématographique et tentent d’être dans le cinéma plutôt que dans le discours politique.

«200 meters» et une vue dégagée entre le balcon de la maison de Mustafa en Cisjordanie près de la ville de Tulkarem et celui de l’appartement que sa femme et ses trois enfants partagent du côté israélien du mur frontalier. C’est une lacune qui est comblée par des appels téléphoniques, des visites occasionnelles et beaucoup d’amour. Dans un road movie qui équilibre habilement le drame domestique et les éléments de thriller, le réalisateur de ce premier long métrage impressionnant nous fait vivre de manière perceptible les «indignités» terribles de la vie quotidienne des Palestiniens.

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