• L’enjeu économique de l’exportation du clinker à partir du port de La Goulette est de taille, mais il commence à soulever les inquiétudes des riverains en raison des effets néfastes de telles activités sur la santé des habitants et l’environnement. Une campagne de sensibilisation vient d’être lancée par la société civile avec le soutien du conseil municipal

• Les témoignages des habitants confirment l’accentuation des maladies respiratoires et des maladies de la peau chez les riverains. Un pharmacien a même constaté une nette augmentation de la vente de « physiol » (indiqué pour l’instillation nasale) durant ces périodes

Les Goulettois, soutenus par la société civile et appuyés par le conseil municipal,  se rebiffent et ne comptent pas rester les bras croisés devant  les graves risques de santé qu’encourent les habitants  de cette commune touristique en raison de l’exportation, à partir du port de La Goulette, dans la banlieue nord de Tunis, d’un composé utilisé dans la fabrication du ciment, à savoir le clinker. «Un produit extrêmement toxique lorsqu’il libère des nuages ​​de poussière et doit donc être chargé, transportés et déchargé dans des compartiments hermétiques», selon les experts. Les effets néfastes de ce produit sur la santé des personnes et son impact sur l’environnement sont avérés et ne souffrent aucun doute.

Campagne contre l’exportation du clinker

Ikbal Boutabba, membre indépendant dudit conseil municipal, explique à notre journal que les conditions dans lesquelles ce produit est exporté à partir du port de La Goulette ne répondent pas aux normes internationales en matière de sécurité environnementale. Pire, l’exportation se fait à partir des quais conçus initialement pour les croisières et qui appartenaient à la société Princesse Groupe Holding confisquée par l’Etat. Ces quais sont adaptés aux activités touristiques et non commerciales, selon ses dires.  

Des contacts ont été établis avec l’Office de la marine marchande et des ports relevant du ministère du Transport (Ommp) en vue de trouver une solution à ce problème  mais  que des promesses non tenues en contrepartie, comme le transfert des opérations d’exportation loin de ce port  dont le plan de développement prévoit « sa spécialisation en port réservé exclusivement au trafic de passagers et croisiériste».    

De telles activités qui mettent en danger la santé des riverains à Radès, La Goulette, Kheïreddine, Le Kram et certaines zones du Lac, se sont accentuées d’une manière inquiétante cette année, provoquant l’ire et l’inquiétude des riverains et déclenchant une campagne contre l’exportation du clinker menée en première ligne par l’Association de la société civile pour l’action municipale à La Goulette (Ascam) avec l’appui du conseil municipal de la place, souligne Ikbal Boutabba.

Accentuation des maladies respiratoires chez les riverains

En parallèle, le conseil municipal ne s’est pas contenté d’un soutien de façade et s’est engagé à impliquer toutes les administrations, à commencer par l’Ommp, dans les efforts tendant à résoudre le problème. A cet effet, il a même mandaté un notaire pour constater la poursuite des activités d’exportation en dépit des promesses  données quant à leur  transfert. 

Contacté à ce sujet, le président de l’Ascam, Zied Chelbi, est revenu sur la campagne de  sensibilisation menée dans le cadre de la lutte contre l’exportation de ce produit qui menace la santé des riverains en raison du non-respect des normes de sécurité lors des opérations de déchargement sur des quais non appropriés à proximité du terminal de croisière. Le flou persiste concernant la partie qui a donné l’aval à l’exportation de ce produit à partir d’un port connu plutôt par ses activités touristiques et l’accueil des Tunisiens résidant à l’étranger, nous confie Zied Chelbi.  

Selon le président de l’Ascam, les habitants de La Goulette confirment que plusieurs quartiers sont fortement touchés par ce produit et les répercussions négatives sur leur santé et l’environnement ne sont plus à démontrer. Les témoignages  des habitants confirment l’accentuation des maladies respiratoires et des maladies de la peau chez les riverains  sous l’effet des exportations du clinker à partir du port de La Goulette. L’un des pharmaciens a même constaté une nette augmentation de la vente de «physiol» (indiqué pour l’instillation nasale) durant ces périodes. 

Il va sans dire que l’enjeu économique est de taille pour la société Carthage Cement qui exporte de grandes quantités de clinker vers les pays africains à partir du port de La Goulette. Par ailleurs, l’exportation de ce produit a nettement augmenté passant de 311 mille tonnes en 2017 à 1,5 million de tonnes en 2018, d’après le ministère de l’Industrie et des Petites et Moyennes entreprises. Mais cela ne devra en aucun cas occulter les répercussions négatives sur la santé et l’environnement auxquelles les habitants sont confrontés.

Entretemps, l’Ascam a lancé une pétition comme pour rappeler que la patience des habitants de la place a atteint les limites et que le respect de la santé et de l’environnement  est un droit constitutionnel sur lequel il ne faut pas transiger. Soucieuse de préserver l’image de la coquette ville de La Goulette et défendre la cause des citoyens, l’association  compte notamment sur le soutien et l’appui du conseil municipal pour avoir gain de cause et transférer l’exportation à un autre port.

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Un commentaire

  1. M. Khanfir

    22/05/2019 à 07:16

    Cette société, Carthage Cement, est déjà entrain de polluer tout ce qui l’entoure comme la ville de Mornag où bientôt plus rien ne poussera. Maintenant elle exporte son poison vers la goulette, et à ce rythme nous aurons le même problème que Sfax avec la SIAP qui les empoisonne depuis des dizaines d’années. Il faudrait calculer ce qu’elle nous rapporte et ce qu’elle nous coûte et la stopper avant qu’il ne soit trop tard.

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