Le statu quo persiste pour les étudiants tunisiens qui n’ont pu retrouver les bancs de leurs facultés en Russie en raison de la pandémie, nonobstant les efforts déployés par notre ambassade en vue de débloquer la situation. Dans son entretien avec notre journal, notre ambassadeur à Moscou, Tarek Ben Salem, a apporté les éclaircissements nécessaires sur la question et n’a pas manqué de formuler son soutien aux étudiants concernés tout en restant dans une perspective positive quant au dénouement de ce blocage dans les plus brefs délais.


Comment se présente la situation actuelle et pourquoi tout d’abord nos étudiants ne parviennent-ils pas toujours à rejoindre les facultés à Moscou?

Tout d’abord, il y a lieu de souligner la grave situation épidémiologique qui a prévalu à Moscou comme d’ailleurs partout dans le monde suite à la rapide propagation du Covid-19. Une situation qui a causé des contaminations dans les rangs de certains étudiants dans les foyers universitaires, les a impactés sur le plan financier et a poussé plusieurs d’entre deux à exercer une pression sur l’ambassade et sur les autorités tunisiennes en vue de leur évacuation au pays en dépit des mises en garde émanant aussi bien de l’organisation Racus qui présente le groupe des universités d’Etat russes dans les pays étrangers, que de l’ambassade de Tunisie à Moscou et des cellules de crise mises en place à cette occasion quant à la persistance de la fermeture des frontières russes au-delà des vacances d’été. Les causes avancées par les autorités russes étaient en rapport avec la probabilité de l’arrivée d’une deuxième vague. Les étudiants savaient donc que leur retour n’était pas garanti. En toute logique, la Tunisie a donc répondu favorablement à l’appel des étudiants en situation de détresse et a facilité leur rapatriement. Au total, sept vols à partir de la Russie et de l’Ukraine ont été assurés par les deux compagnies Tunisair et Nouvelair, permettant ainsi le retour d’environ 750 Tunisiens en majorité des étudiants.

Pourquoi la persistance du blocage au moment où le centre d’intervention d’urgence chargé de la prévention des importations et de la propagation du nouveau coronavirus en Fédération de Russie a décidé récemment de renouveler les services aériens mutuels entre la Russie et d’autres pays?

Il faut souligner que le Président russe, Vladimir Poutine, a publié le 15 juin 2020 un décret interdisant l’arrivée des citoyens étrangers en Russie du 16 juin au 15 septembre.

Il s’agit également de tous les étudiants étrangers ayant les visas en cours de validité. Malgré les autorisations d’entrée accordées exceptionnellement depuis le mois de septembre dernier à certains pays par les autorités russes dont l’Egypte, la Jordanie, la décision d’interdiction qui touche plusieurs pays parmi lesquels figurait Tunisie relève de la souveraineté du pays accueillant et elle est tributaire de certains enjeux économiques et géostratégiques . Ceci n’empêche de souligner les efforts de la partie tunisienne déployés sans cesse dans le cadre de la recherche d’une solution permettant le déblocage de la situation.

Vous avez évoqué les efforts déployés par l’ambassade pour trouver une solution à ce problème. Si vous nous détaillez ces efforts?

Je réitère à cet effet mon total soutien aux étudiants tunisiens ainsi qu’à leurs parents mais comme je l’ai précédemment déclaré, la décision de fermeture et d’ouverture des frontières russes est une décision souveraine. Elle est surtout tributaire de l’évolution de la situation épidémiologique. Il est toutefois à signaler qu’un nouveau décret concernant les cours en présentiel à partir du 8 février a été publié, ce qui nous a poussés à nous concerter avec la partie russe sur les solutions envisageables permettant le retour des étudiants tunisiens, comme la réinstauration d’un vol direct en direction de la Russie après l’ouverture des frontières entre les deux pays. Mais comme il s’avère que notre transporteur national Tunisair avait arrêté ses vols directs à destination de la Russie, seule la compagnie privée Nouvelair est actuellement en mesure d’assurer un vol charter direct vers ce pays en cas bien sûr de suspension de la fermeture des frontières russes. Dans ce contexte, il est utile de signaler que les choses ne se présentent pas de la manière la plus simple. Le président russe Vladimir Poutine avait déclaré lors d’une conférence de presse organisée en décembre dernier que c’est à la commission scientifique de prendre les décisions appropriées relatives à l’ouverture des frontières terrestres et aériennes en temps opportun.

Pour ce qui est de la situation des étudiants bloqués, le président russe a déclaré toutefois qu’il comprenait leur inquiétude mais la décision revenait aux membres de la commission précitée.

Avec le début des compagnes de vaccination en Russie, l’espoir est-il toujours permis pour nos étudiants, notamment ceux en classe terminale?

Oui, il faut toujours garder espoir, d’autant plus que la situation épidémiologique est en train de s’améliorer en Russie avec la baisse du nombre de contaminations concomitant avec le début de la campagne de vaccination. Toutefois, et en cas d’ouverture des frontières russes en juin prochain, il sera un peu tard pour les étudiants tunisiens en classe terminale pour passer les examens. Il ne faut pas s’inquiéter pour autant, ces derniers seront autorisés à les passer exceptionnellement en juillet suite aux concertations entreprises avec les universités en question. Pour les autres classes, les étudiants bloqués en Tunisie sont appelés à poursuivre les études et passer les examens en ligne. D’ici là, on espère toujours la réouverture des frontières.

Il va sans dire qu’on se trouve d’ores et déjà face à deux catégories d’étudiants, ceux qui sont satisfaits des études en ligne et sont assurés de la réussite et ceux qui, au contraire, refusent catégoriquement cette mesure sous prétexte qu’ils ont reçu des menaces de révocation de leurs universités. Pour ces derniers, il s’agit au fait de rumeurs infondées puisque les contacts établis à cet effet par les services de notre ambassade avec les universités concernées ont démenti catégoriquement ces allégations. D’autre part, certains étudiants ont soulevé des difficultés à suivre les cours en ligne en raison de difficultés financières en rapport à l’abonnement au service d’internet et au haut débit de connexion. Anticiper et mieux s’organiser pour un éventuel retour de nos étudiants. C’est notre devise en ces temps de crise. Je précise à ce niveau qu’on a demandé l’établissement d’une liste comprenant les noms des étudiants qui refusent de poursuivre les cours en ligne et veulent retourner en Russie pour continuer les cours en présentiel en cas d’ouverture des frontières.

Fixer à l’avance le nombre de ces étudiants et leur niveau universitaire est primordial pour les services de l’ambassade en vue d’assurer un retour aux bancs des universités dans les meilleures conditions et en priorité pour ceux qui sont en classe terminale. A noter à la fin que ce retour espéré pour nos étudiants reste tributaire de l’issue des négociations avec la partie russe

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