La Tunisie a toujours recours au Fonds monétaire international (FMI) quand elle se trouve dans une crise économique et financière comme c’est le cas actuellement. C’est que ce Fonds est en mesure de fournir, par étapes, des sommes faramineuses destinées essentiellement  à effectuer les réformes de l’économie pour la rendre plus performante et rentable.   

Or, ces réformes demandées par le FMI, qui ne sont pas toujours populaires, peuvent causer des tensions sociales et des remous de la population que la Tunisie n’est pas disposée ni prête à accepter. Notre pays se trouve ainsi entre l’enclume du FMI et le marteau de la centrale syndicale et de la population. Passé le temps convenu pour les réformes, le bailleur de fonds international peut bloquer les autres étapes de financement. Les représentants du FMI, qui ont effectué, récemment, une évaluation de la situation économique de la Tunisie dans une perspective de déblocage du reste des fonds, soulignent, de leur côté, qu’ils n’imposent rien à la Tunisie mais la conseillent  d’exécuter une politique économique saine de nature à réaliser des performances et d’équilibrer les finances publiques.

De plus, ce sont nos dirigeants qui sont allés vers le Fonds et non le contraire. Ils savent donc à quoi s’en tenir. L’une des réformes exigées par le FMI concerne l’allégement de la Caisse générale de compensation en prélude à sa suppression pure et simple en pratiquant la réalité des prix et en ciblant les familles nécessiteuses qui ont droit à une subvention pour supporter la hausse des prix due à l’annulation de la compensation.

Registre à mettre à jour

Cette mesure impopulaire est difficilement applicable par la Tunisie et risque d’attiser la tension auprès de la population car même la catégorie qui fait partie de la classe moyenne — et qui n’a pas droit à la subvention — n’est pas prête à supporter une hausse des prix des produits de première nécessité comme le pain, la semoule, l’huile végétale, le sucre et autres. Déjà, les consommateurs, toutes catégories confondues, se plaignent de la cherté de la vie et n’arrivent pas à  acquérir tous leurs besoins en produits alimentaires. Que dire alors si la réalité des prix est appliquée ? De plus, le registre des familles nécessiteuses doit être mis à jour car de nouveaux ménages pauvres ont fait leur apparition aussi bien dans le milieu urbain que dans le milieu rural.

Il est difficile de cerner avec précision toutes les familles dans le besoin même si un appel est lancé à ces entités de venir s’inscrire auprès de la délégation territorialement compétente pour se faire connaître et bénéficier de la subvention. C’est un travail de longue haleine qui exige une enquête sur les familles nécessiteuses ainsi que la mobilisation d’un effectif humain important, outre les équipements digitaux pour mettre à jour la base de données.

Par ailleurs, le FMI appelle les autorités tunisiennes à assainir les entreprises publiques et à se désengager davantage des secteurs concurrentiels qui doivent être pris en charge par le secteur privé. Concernant cette mesure, les pouvoirs publics font face à une opposition farouche de la part de la centrale syndicale (Ugtt) qui considère que les entreprises publiques constituent une ligne rouge à ne pas franchir.

Déficit devenu structurel

L’application par la force de cette mesure pourrait avoir des conséquences fâcheuses comme la grève générale dans toutes les régions du pays. A noter que plusieurs entreprises nationales souffrent depuis des années d’un déficit chronique, ce qui nécessite régulièrement l’intervention de l’Etat sous forme d’une subvention annuelle dégagée du budget. Ce déficit est devenu structurel, et il n’y a plus d’espoir de voir ces sociétés qui concernent surtout le transport collectif faire des bénéfices. Aussi, ces sociétés font travailler un effectif énorme, à l’instar de toute la fonction publique qui accapare une part importante du budget sous forme d’une masse salariale énorme.

C’est pour cela que le gouvernement a commencé par suspendre le recrutement dans la Fonction publique (sauf dans certains secteurs stratégiques) et a encouragé la retraite anticipée et le départ volontaire pour une partie de l’effectif en exercice qui a triplé après la révolution suite à la décision de faire travailler une personne d’une famille dont un membre est blessé ou décédé au cours des évènements de la révolution.

D’ailleurs, le FMI recommande à la Tunisie de réduire le déficit budgétaire qui est devenu, lui aussi, chronique. Notre pays est obligé de recourir régulièrement à l’endettement pour boucler le budget et fournir aux différents départements et entreprises publiques le financement nécessaire pour les rubriques fonctionnement et gestion. A l’ordre du jour, également, la réforme des caisses de sécurité sociale dont la situation financière est catastrophique.

L’option déjà annoncée et mise en œuvre consiste à allonger la date de la retraite pour une durée de deux ans et de revoir à la hausse le montant de la cotisation des affiliés. Il s’agit aussi d’intégrer les travailleurs du secteur parallèle dans le secteur formel, ce qui va générer de nouvelles ressources pour les caisses.  Ainsi,  les responsables espèrent équilibrer la situation financière de ces caisses qui rendent des services vitaux aux affiliés. Les hydrocarbures étant aussi compensées, et dont les prix sont définis par le mécanisme de régulation automatique des prix sur le marché international peuvent connaître aussi la réalité des prix.

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