Des journalistes, des acteurs et des influenceurs prennent part aujourd’hui à une campagne prônant une « masculinité positive ». La campagne « Parce que je suis un homme » répond à la recrudescence de la violence à l’égard des femmes pendant le confinement. Elle vient d’être lancée par ONU-Femmes en partenariat avec le gouvernement suédois

« Quand nous étions enfants, on nous a appris le sens de la masculinité. On nous a appris que cette qualité se mérite et qu’elle ne signifie surtout pas un pouvoir exercé sur la gent féminine. On nous a appris que l’homme doit du respect aux femmes. Il ne lui est pas permis de porter atteinte à leur dignité ou à leur intégrité physique. Sois un homme : prends une position contre la violence faite aux femmes », insiste dans un spot le chroniqueur et influenceur Haythem Mekki.

« Je suis passionné par mon travail. Mon épouse est aussi impliquée que moi dans sa carrière professionnelle, sinon plus. Il n’est donc pas question que l’un se repose et l’autre pas, une fois rentrés chez nous. Cela ne réduit en rien ma masculinité. Au contraire. Ce choix me permet d’être un homme, qui croit au partage équitable des tâches. C’est ainsi que je définis l’amour loin de tout égoïsme. C’est ainsi que je conçois le partenariat et la famille », clame de son côté le journaliste et entrepreneur Mehdi Kettou.

Par ces très courtes vidéos diffusées sur le réseau social Twitter, les deux personnalités médiatiques prennent part à une campagne de sensibilisation baptisée « Parce que je suis un homme ». Un projet qui appelle les hommes en Tunisie à faire preuve d’une masculinité positive en s’engageant pour l’égalité de genre dans et en dehors de la maison. La campagne vient d’être lancée par l’ONU-Femmes en partenariat avec le gouvernement suédois. Malek Ouni, journaliste, Helmi Dridi, acteur, Sabri Mosbah, chanteur et compositeur et Chedli Arfaoui, acteur, rejoindront la mobilisation pour une masculinité qui tient compte du genre.

Inégalités persistantes

« Parce que je suis un homme » est une réponse à la violence subie par les femmes depuis le début du confinement total en mars 2020 où le taux d’agression des femmes s’est multiplié par neuf, jusqu’à aboutir à la phase actuelle de confinement ciblé où la maltraitance de la gent féminine s’est poursuivie, aggravée par la précarité économique de la moitié entière de la société.

« Partout dans le monde, la Covid-19 a mis une loupe sur toutes les inégalités, et les inégalités de genre sont transversales à toutes les autres inégalités. La pandémie de Covid-19 a mis à rude épreuve les familles tunisiennes, en particulier les femmes, qui sont appelées à assurer la garde des enfants et leur scolarisation tout en assurant les tâches ménagères croissantes et les normes d’hygiène de plus en plus strictes », a déclaré Begona Lasagabaster, représentante de l’ONU-Femmes en Tunisie.

Si des hommes comme Haythem Mekki ou Mehdi Kettou soulignent l’inégalité hommes-femmes devant les tâches ménagères, c’est que bien avant la crise sanitaire, les femmes en Tunisie accomplissaient cinq fois plus de travail non rémunéré que les hommes, dont les travaux de couture, la cuisine, etc. 

Avec des familles entières confinées à la maison pendant de longues périodes, le fardeau s’est accru, ainsi que la violence domestique. Entre mars et juin 2020, la ligne verte du ministère de la Femme et de la Famille a enregistré 11.361 appels, dont 87% pour signaler des violences physiques contre les femmes.

Combattre les clichés

La violence à l’égard des femmes, en période de pandémie et surtout de confinement, une manière d’exercer une emprise sur elles, s’est révélée transversale et a couvert toutes les couches socio-professionnelles. C’est un parcours du combattant qu’ont affronté les femmes victimes d’agressions dans des circonstances inédites en Tunisie où tous les services, y compris sociaux-éducatifs, judiciaires et de santé reproductive ont été suspendus pendant près de trois semaines.

D’un autre côté, les unités spécialisées, censées recueillir les plaintes des femmes et les protéger, mises en place par la Loi organique de juillet 2017  relative à l’élimination de la violence à l’égard des femmes (128 en tout), intégrées aux commissariats de sûreté nationale et de garde nationale dans tous les gouvernorats, semblent avoir été peu rodées un peu plus de deux années après leur mise en place.

Dans un rapport publié en juin par l’ONG féministe Beity (Ma maison), fondée par la juriste et féministe Sana Ben Achour, document intitulé : « La Covid-19, révélatrice et facteur aggravant des inégalités intersectorielles envers les femmes», l’association recommande de tirer une leçon de la période qu’ont vécue les Tunisiens au cours des mois de mars et février 2020.

Il est temps de sortir du « bricolage qu’a imposé l’urgence » pour s’attaquer résolument à l’après-Covid-19, préconise-t-elle. En particulier en réfléchissant «  à une politique publique féministe sur la base d’une approche intersectionelle des rapports sociaux visant l’autonomisation des femmes».

En donnant une autre vision de la « masculinité », une vision plus égalitaire, la campagne de sensibilisation initiée par l’ONU-Femmes s’attaque aux clichés et aux mentalités, qui sont souvent la cause principale des discriminations de genre. Elle gagnerait à être diffusée sur d’autres canaux que les comptes Twitter des acteurs de « Parce que je suis un homme »

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