La culture du colza a prouvé son efficacité dans plusieurs pays développés à l’heure où la Tunisie accuse, toujours, un grand retard dans ce domaine.

Avec l’arrivée du colza en Tunisie en 2014, quelques agriculteurs se sont lancés dans cette culture, les yeux fermés, alors qu’il y a d’autres qui n’avaient pas encore remis en cause cette histoire de durabilité économique ou agronomique de l’exploitation. Mais avec la naissance de Carthage Grains (entreprise industrielle spécialisée dans la production d’huiles et de graisses brutes, telles que le tourteau et l’huile de soja…), ces mêmes agriculteurs ont trouvé un soutien et un coup de pouce réel pour prendre le risque et investir dans ce domaine, qui est encore nouveau. Et depuis, un terrain d’entente a été trouvé entre l’industriel qui décidait de mener à terme cette filière et des agriculteurs à la recherche d’un nouveau système de production avec des garanties offertes. Le soutien de Carthage Grains et les recherches qui ont été menées dans ce domaine ont aidé le Synagri à convaincre les agriculteurs de modifier leurs méthodes culturales, une affaire très difficile dans le monde agricole.

Aujourd’hui, cet effort semble porter ses fruits et la culture du colza ne cesse de se développer en Tunisie. Pour preuve, la croissance qu’elle a enregistrée depuis sa réintégration, pour atteindre environ 12 mille hectares de surface récoltée, au cours de la saison 2019-2020, contre 460 hectares, au cours de la saison 2014-2015. Mais sur le plan recherche et développement (R&D), nous sommes encore très loin et beaucoup reste à faire.

Opération coûteuse

En effet, lors d’une conférence de presse tenue récemment à Tunis sur la culture du colza et la souveraineté alimentaire, ainsi que la dynamisation et les opportunités économiques de la filière de colza, Rachid Zouani, ingénieur général, sous-directeur adaptation variétale & qualité technologique à l’Institut national des grandes cultures (Ingc), indique que la mise en place d’un programme de recherche et de développement pour la production et l’introduction d’une variété locale du colza n’est pas à l’ordre du jour en Tunisie pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’introduction et la création d’une nouvelle variété restent une opération très coûteuse et qui nécessite en général des années entre la recherche et le développement. «Il faut aller chercher un financement lourd puisque la création d’une variété nécessite un travail d’une dizaine d’années, voire plus», souligne-t-il.

Il ajoute que, durant un atelier qui a été tenu en décembre 2019, il a été proposé de développer une petite action en ce qui concerne la création d’une variété tunisienne. Un objectif difficile puisque si on essaie de produire des variétés tunisiennes, ces dernières seront classées comme étant des “variétés population” (ou «de pays») qui proviennent de la sélection paysanne ; c’est-à-dire que l’agriculteur peut semer la variété et, à partir de sa récolte, il peut laisser des semences qu’il peut utiliser l’année prochaine. Mais ceci nécessite la recherche chez les sociétés et les organismes internationaux ayant des programmes de développement de “variétés lignée pure” à l’étranger, dans le cadre d’une coopération ou d’une convention bilatérale. Mais ces variétés lignée pure, qui sont un ensemble d’individus possédant tous un caractère commun fixé et pouvant le transmettre indéfiniment de génération en génération, sont rares puisqu’actuellement 99% des variétés qui sont commercialisées même en Europe sont des “variétés hybrides”.

Aucune culture ne prend la place d’une autre !

Par ailleurs, ce qui empêche le développement de cette filière en Tunisie, ce sont les craintes des agriculteurs de perdre leur culture traditionnelle de céréales. Mais aucune culture ne prend la place d’une autre ! On parle d’un système qui fait lien entre le blé (culture stratégique), les protéagineux (plantes annuelles appartenant au groupe botanique des légumineuses, mais dont les graines sont riches en protides) et d’autres cultures comme les oléoprotéagineux (plantes capables de produire les protéines et les matières grasses), notamment le colza. C’est pourquoi cette espèce doit être incluse dans notre système actuel.

Pour toucher et sensibiliser l’agriculteur, il y a eu beaucoup de sessions de formation et des visites sur terrain. L’agriculteur doit comprendre que le colza ne va pas prendre la place de notre culture, mais au contraire, il va l’aider à donner un plus. Il doit comprendre, également, que c’est sa terre qui est en train de se dégrader. Donc ces nouvelles cultures vont bonifier cette terre et l’améliorer aussi bien sur le plan biologique, organique que biochimique.

 

Image par congerdesign de Pixabay
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