Par Abdelmajid SAHNOUN *

Si la crise politique que vient de connaître notre pays semble se calmer, la crise sanitaire et, par voie de conséquence, la crise économique, perdurent et s’amplifient et le peuple souffre.

Le peuple souffre, d’autant plus qu’aucune perspective de sortie de crise ne se profile à l’horizon et que la transparence dans le processus de vaccination contre la Covid-19, n’est pas vraiment de mise.

La Tunisie ne peut, dans ce domaine,  donner plus longtemps l’image d’un bateau ivre, sans gouvernail,alors que le corona continue d’accomplir méthodiquement sa sinistre besogne.

Pour que nous ne continuions pas chaque jour à compter les morts et à renvoyer chez eux, faute de soins, les malades, pour que l’économie reparte et que les couches les plus fragiles de la population ne sombrent pas dans une situation de grande pauvreté, par respect pour notre peuple qui a su, il y a à peine dix ans, ne l’oublions pas, courageusement s’engager dans la voie de la démocratie, nous n’avons plus le droit de tergiverser.

Nous en appelons à l’Unité Nationale, avec comme objectif « la sauvegarde du peuple tunisien» par la mise en œuvre d’un plan national de vaccination, avec mandat donné à une autorité ad hoc d’élaborer un cahier des charges qui permettra de vacciner la population tunisienne. Nous y avons appelé depuis longtemps sur tous les supports médiatiques  y compris le journal La Presse.

Arrêtons avec les querelles d’égo, de préséance, de rapports de force, déclarons la vaccination cause nationale,  recherchons le ou les pays prêts à nous fournir rapidement les doses nécessaires selon un calendrier déterminé, avec paiement différé si les finances publiques ne sont pas en mesure de faire face à pareille dépense.

On sait que la Tunisie qui, depuis la révolution du jasmin, a joué le premier rôle dans la cause historique du « Printemps arabe », détient des atouts géopolitiques et d’équilibre dans les rapports de force internationaux, de cette région du monde.

Mais ce n’est pas en nous montrant divisés et incapables de marcher du même pas que nous y parviendrons.

Nous sortons d’une grave crise qui n’est toujours pas réglée. Les problèmes demeurent entiers. Nous sommes dans la situation d’une famille dont les membres se sont entredéchirés à la suite d’un grave différend, et qui, devant une situation dramatique qui les atteint, prennent conscience de la futilité si ce n’est de l’absurdité de leur querelle et décident alors de se réconcilier pour le bien de tous.

Mais il faut bien être réaliste. Rien ne pourra se faire tant que nos  institutions ne seront pas sécurisées juridiquement. Il faut préalablement régler les causes de ce qui nous a valu un grand désordre dans le domaine institutionnel.

Car les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, le risque de voir un nouveau conflit entre les deux têtes de l’exécutif est latent.

Ce type de conflit était prévisible avec la mise en œuvre d’une nouvelle Constitution. La seule façon de le résoudre est de mettre en place la Cour constitutionnelle, dont l’objet est justement de régler ce type de situation.

En raison de divergences profondes qui existent entre le Président de la République et l’Assemblée des représentants du peuple, c’est devenu une nécessité.

Il est donc impératif que les membres de cette institution soient désignés sans délais par ceux qui en ont la charge,et que la Cour soit  immédiatement installée.

Sans ce rouage essentiel qui existe dans tous les pays du monde, l’instabilité sera permanente et le pays, rapidement ingouvernable, continuera à dépérir.

*Ancien haut fonctionnaire

Charger plus d'articles
Charger plus par La Presse
Charger plus dans Société

Laisser un commentaire