Avec environ deux millions d’abonnés dans le monde arabe, Netflix   a aujourd’hui un catalogue de 44 films arabes produits par le monde arabe. Mais voici que le géant du divertissement sur le Net a voulu produire pour le monde arabe. Une série qui porte le nom de « Jinn» et qui lui a porté vraiment malédiction.


« Nous voulons qu’un plus grand nombre de personnes dans le monde aient accès à de belles histoires et aient la chance de voir leur vie représentée à l’écran », a déclaré Nuha El-Tayeb, directrice des Acquisitions pour le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et la Turquie chez Netflix. « Nous croyons aussi que les belles histoires viennent de n’importe où et peuvent voyager partout, en établissant des liens avec des publics situés bien au-delà de leur lieu ou de leur langue d’origine », a-t-elle ajouté. « C’est pour nous un honneur de partager ces films classiques et contemporains avec nos abonnés du monde arabe et du monde entier. »

Le leader du divertissement sur Internet a sorti  un nouveau catalogue de 44 films de réalisateurs arabes, dont Youssef Chahine, Youssry Nasrallah, Nadine Labaki, Moustapha Akkad, Anne-Marie Jacir, Laïla Marrakchi et bien d’autres. C’est louable, puisque cela met en avant le cinéma arabe. Les histoires proviennent des Émirats arabes unis, du Koweït, d’Égypte, du Liban, de Tunisie, du Maroc, de Syrie, d’Algérie et du Soudan.

Ainsi, ce nouveau catalogue mélange des chefs-d’œuvre cinématographiques et stars contemporaines montantes du monde arabe, et offre par la même occasion aux talents arabes une plateforme pour gagner plus de fans dans le monde. Plusieurs titres sont diffusés à large échelle pour les 183 millions d’abonnés de Netflix . Rappelons que   Netflix a déjà réussi à engranger près de deux millions d’abonnés dans la région arabe où certains réseaux locaux de vidéo à la demande en ligne   prospèrent. Soit !

Mais voici que le leader du divertissement sur Internet trouve l’idée de produire pour le monde arabe des séries tournées dans le monde arabe !

« Nous sommes extrêmement enthousiastes de lancer cette histoire pour une audience mondiale, célébrant la jeunesse et la culture arabe», avait déclaré Erik Barmack, producteur des séries internationales sur Netflix.

Par « cette histoire », il entend la série « Jinn » produite en 2020. La série fantastique en cinq épisodes met en scène des lycéens jordaniens qui se trouvent confrontés à des êtres et des phénomènes effrayants. Le premier épisode se déroule dans le décor somptueux et mystérieux de Pétra, le site archéologique nabatéen le plus célèbre de Jordanie, où le groupe de jeunes part en excursion. Mais les images de ces adolescents réunis autour du feu buvant de l’alcool, fumant de la marijuana, tout en s’embrassant et parlant en termes jugés indécents ont été considérées comme « pornographiques». Selon le journal Libération, « Le procureur d’Amman a utilisé le terme en portant plainte auprès de l’organisme de la cybercriminalité du Royaume. Il a demandé à la Sécurité générale d’interdire immédiatement la diffusion de la série, « en raison des images pornographiques, contraires à la loi, à la morale et aux usages».

Le mufti de Jordanie, toujours selon les mêmes sources, a publié de son côté un communiqué condamnant la série, tandis que les autorités touristiques de Pétra ont protesté contre les scènes tournées sur le site et qui n’avaient pas obtenu le visa de diffusion requis. Le président de l’Union des artistes jordaniens, Hussein al-Khatib, a souligné que la série « était en opposition avec les valeurs et les habitudes de la majorité des gens». Tout en soulignant son attachement à la liberté d’expression, il a affirmé que celle-ci devait avoir « des limites ». Les dialogues étant écrits en anglais, puis traduits en arabe et mis dans la bouche d’acteurs jordaniens sont trop mièvres.  Avec « Jinn », Netflix a raté son entrée dans le marché de la production arabe, mais à notre sens, cela ne tient pas seulement aux histoires d’alcool et aux baisers que le mufti jordanien a critiqués. Si c’est un fiasco, c’est parce que c’est la facture américaine d’écriture des séries, si attachante soit-elle, ne convient pas à la réalité du monde arabe qui, lui aussi, a le droit de produire des séries de genre mais à condition que cela porte un vrai référent culturel et social. C’est aussi une affaire de substrat ….   Maintenant, si des cinéastes arabes se mettent à écrire des séries et les proposer pour Netflix …Est-ce que le producteur américain les prendra pour argent comptant ou se mettra à effectuer des changements et des ratures dans le scénario jusqu’à les américaniser ?

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