Il semble désormais clair que pour les législatives, et quelles que soient les listes présentées par les nidaïstes historiques, Ennahdha a opté pour des listes homogènes. Alors que pour la présidentielle, le parti islamiste n’a toujours pas de candidat, mais optera pour un oiseau rare qui sera soit nahdhaoui, soit d’un autre bord mais portant un programme consensuel qu’il défendra

A mesure que les élections approchent, les états-majors politiques se multiplient et se diversifient tout en adoptant des configurations parfois inattendues.

Dans le camp des modernistes qui s’accroche au qualificatif tantôt de «démocrate», tantôt de «progressiste», tantôt  de «centriste», les stratégies semblent de moins en moins évidentes, laissant place à des alliances et contre-alliances conjoncturelles basées sur la capacité de chacun à rassembler autour de lui les champions de 2014.

La récente vidéo « égyptienne » de Sofiène Toubel a par exemple beaucoup affaibli le Nida de Hammamet. Et, dans la foulée, le parti qu’on prête à Youssef Chahed (Tahya Tounès) serait désormais sur la voie d’une fusion avec le parti de Morjane, soit l’Initiative destourienne démocratique.

Le camp des modernistes ne s’arrête pas à ce stade dans ses hésitations, petits coups bas ou alliances et contre-alliances. Tout le monde manœuvre contre tout le monde avec le sourire, et la vision globale reste chahutée par l’obsession tant de la présidence que d’une main mise d’Ennahdha sur les législatives.

Alors que certains semblent tentés par une alliance générale, Nida historique-Ennahdha, incluant Béji Caïd Essebsi, Youssef Chahed, les deux Nida, Mohsen Marzouk et Machroû Tounès, Saïd Aïdi et son petit parti, et certains groupes ou personnalités destouriens, sur la base d’un programme consensuel, d’autres réfléchissent à une coalition anti-Ennahdha. Ce qui amène ce dernier à se garder une marge de manœuvre, comme à son habitude. On se rappelle que la position officielle du parti islamiste en 2014 était de voter pour Béji Caïd Essebsi, alors que nous savons par les urnes que l’écrasante majorité des voix islamistes sont allées à Moncef Marzouki.

L’idée d’un «oiseau rare» reste à définir

Dans le cadre d’une visite en France aux allures propagandistes, Rached Ghannouchi a multiplié ses rencontres avec la presse et les télés tentant de clarifier les attitudes de son parti, notamment sur le choix du candidat nahdhaoui pour la présidentielle, les rapports avec la France, son appui à la stabilité du gouvernement Youssef Chahed dont  des ministres nahdhaouis font partie.

Ghannouchi a indiqué l’appui permanent d’Ennahdha au consensus national en Tunisie, avec le président Béji Caïd Essebsi puis après le chef du gouvernement Youssef Chahed que ce dernier avait proposé. « C’est grâce à notre soutien lors du vote parlementaire que Youssef Chahed est en place. »

Le chef du parti islamiste est revenu, également, sur la montée de la présidente du PDL, Abir Moussi, dans les sondages d’opinion, assurant qu’il ne s’agit que d’un phénomène passager. « C’est un phénomène éphémère, qui disparaîtra. Cette sorte de nostalgie est une réaction tout à fait ordinaire après chaque révolution. Mais une chose est sûre, le peuple qui a goûté à la liberté ne reviendra jamais à la tyrannie ».

Qui face à qui ?

Il semble désormais clair que pour les législatives, et quelles que soient les listes présentées par les nidaïstes historiques, Ennahdha a opté pour des listes homogènes. Alors que pour la présidentielle, le parti islamiste n’a toujours pas de candidat mais optera pour un oiseau rare qui sera soit nahdhaoui, soit d’un autre bord mais portant un programme consensuel qu’il défendra.

Mais contre qui se présentera cet oiseau rare: Youssef Chahed ou Béji Caïd Essebsi ? Ou  un  oiseau rare du camp adverse ?

Car ceci dépendant de cela, Ennahdha pourrait bien recourir à un ancien destourien comme Morjane. Tout comme les nidaïstes historiques pourraient, sous la pression de sondages, se rapprocher quelque peu des Moussistes.

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