Les échanges commerciaux de la Tunisie avec les pays extérieurs ont enregistré en volume (prix constants) une baisse à l’export de 2,7% et à l’import de 2%, au cours des quatre premiers mois de l’année 2019, par rapport à la même période de 2018

Certains acheteurs internationaux ont constaté des défaillances chez les fournisseurs tunisiens comme les retards de livraison, les quantités médiocres proposées ainsi que le manque d’innovation et de recherche qui fait défaut dans plus d’un produit
Il ne suffit pas de proposer des produits de qualité pour pouvoir faire un chiffre d’affaires conséquent et réaliser la croissance de l’entreprise. Désormais, les ventes à l’extérieur constituent un axe stratégique dans la réussite de l’entreprise et sa pérennité. Or, il s’est avéré que, durant les derniers mois, plusieurs secteurs n’ont pas pu affronter la concurrence avec des chances réelles de succès. De nos jours, les fournisseurs internationaux utilisent «des armes» redoutables pour s’imposer dans un marché qui compte des milliards de consommateurs. Autrement dit, la demande existe, mais seules les meilleures entreprises peuvent vendre et se tailler une place dans un environnement concurrentiel des plus rudes.

Un intérêt croissant devrait être donné au marketing commercial pour pouvoir vendre plus vers les différents marchés, traditionnels et nouveaux, qui sont loin d’être exploités à fond. D’où la nécessité de multiplier les démarches à l’extérieur et de contacter les représentants des centrales d’achats, des chaînes de grandes distribution, les places de marché et être présent dans les grandes manifestations internationales organisées dans le monde.

Les conditions de réussite

Pour réussir le commerce au niveau international, il est recommandé de tenir compte de deux aspects, à savoir le qualitatif et le quantitatif. En effet, les produits à proposer doivent être conformes aux standards internationaux relatifs à la qualité et la sécurité. Certains produits naturels à valeur ajoutée comme l’huile d’olive n’exigent pas beaucoup d’interventions. Il suffit de présenter le produit dans un emballage attractif et pratique. Quant à l’aspect quantitatif, il concerne les quantités à produire qui doivent être conformes à la demande exprimée. Certains importateurs n’achètent pas le produit proposé si les quantités sont modestes même s’il est haut de gamme.

D’après les chiffres officiels disponibles, les échanges commerciaux de la Tunisie avec les pays extérieurs ont enregistré en volume (prix constants) une baisse à l’export de 2,7% et à l’import de 2%, au cours des quatre premiers mois de l’année 2019, par rapport à la même période de 2018.  Les prix ont augmenté, respectivement, de 19,7% pour les exportations et de 21,1% pour les importations. La hausse des prix à l’exportation constitue toujours une aubaine pour les exportateurs qui peuvent accroître, de ce fait, leur chiffre d’affaires. Cependant, la dépréciation du dinar par rapport à l’euro et le dollar a des effets néfastes notamment sur les importations devenues plus chères.

Les prix de l’énergie ont enregistré des hausses de l’ordre de 18,8% à l’export et de 26% à l’import, alors que les importations énergétiques ont augmenté en volume de l’ordre de 9,8%. La Tunisie achète une grande partie de ses besoins en énergie de l’extérieur pour les raffiner dans les unités tunisiennes car la production nationale n’est pas suffisante compte tenu de la baisse de la production au niveau national, et ce, malgré les opérations de prospection.

Des secteurs en décroissance

Hors énergie, les prix ont augmenté à l’export de 20,4% et à l’import de 19,8%.

Les exportations en volume ont baissé de 2,7%, pour le secteur du textile, habillement et cuir, de 1,8% pour le secteur des industries mécaniques et électriques — habituellement performant — et de 18,9% pour le secteur de l’agriculture et l’industrie agro-alimentaire. Des handicaps internes sont à l’origine de la baisse des exportations de ces secteurs. Le textile, habillement et cuir demeure encore à la croisée des chemins malgré la stratégie mise en place par les pouvoirs publics pour conquérir de nouveaux marchés. Le rapport qualité-prix offert par plusieurs fournisseurs notamment ceux qui sont établis dans les pays asiatiques, cause du tort aux produits tunisiens.

L’industrie agroalimentaire n’est pas mieux lotie car certaines entreprises ont perdu leurs clients en faveur d’autres fournisseurs. Les exportateurs tunisiens doivent toujours préserver leur portefeuille clients et l’enrichir par d’autres pour accroître leur chiffre d’affaires export. Or, dans la réalité, certains acheteurs ont constaté des défaillances chez les fournisseurs tunisiens comme les retards de livraison, les quantités médiocres proposées ainsi que le manque d’innovation et de recherche qui fait défaut dans plus d’un produit. Même le secteur des industries mécaniques et électriques n’a pas brillé sur le marché extérieur comme c’était le cas par le passé. Certains exportateurs parlent aussi de récession de la demande qui a faussé tous les calculs.

Par ailleurs, les exportations du secteur de l’énergie ont augmenté en volume de 5,2% et celle des mines phosphates et dérivés de 33,2%. Le secteur du phosphate a subi des pressions graves, ce qui a été à l’origine de la baisse de la production. Les protestataire dans le bassin minier de Gafsa bloquent le transport du phosphate pour exprimer leur ras-le-bol et réclamer emploi et développement. Résultat : pas d’exportation du phosphate et donc pas de recettes en devises. Ce problème doit être résolu d’une façon radicale pour ne pas priver la Tunisie d’une entrée de devises conséquente.

Concernant les importations, l’évolution en volume est marquée par une baisse de 25,7% au niveau du secteur des mines, phosphates et dérivés, de 2,5% pour le secteur du textile, habillement et cuir et de 5,3% pour le secteur des industries mécaniques et électriques. En valeurs courantes (compte tenu de l’inflation), les échanges commerciaux de la Tunisie avec l’extérieur au cours de la même période, ont atteint les valeurs de 15.776,3 MD en exportations et 22.113,1 MD en importations, enregistrant ainsi une hausse de l’ordre de 16,5% à l’export et de 18,7% à l’import, par rapport à la même période de l’année 2018. C’est dire que du  chemin reste à faire pour améliorer les indicateurs des échanges commerciaux avec une croissance des exportations en ciblant de nouveaux marchés qui pourraient s’intéresser aux produits tunisiens.

Chokri GHARBI

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