Premier film réalisé par une Tunisienne à avoir été nominé dans les Oscars de 2021 dans la catégorie «Meilleur film étranger», «L’homme qui a vendu sa peau» de Kaouther Ben Henia se veut plus universaliste en s’adressant à l’Artiste et à l’Humain. Le film est actuellement dans les salles tunisiennes.

Le long métrage se distingue par son casting. A l’affiche, l’Italienne Monica Bellucci, le Syrien Yahya Mahayni, le Belge Koen de Bouw ou encore l’actrice française Dea Liane. Autant de nationalités autour d’un film qui sillonne déjà divers festivals à l’international et qui a déjà été présenté une fois lors des Journées cinématographiques de Carthage 2020. La prochaine escale est programmée à Los Angeles.

Le film relate un pacte faustien effectué entre un réfugié syrien voulant fuir son pays natal, la Syrie, et un artiste contemporain européen de renom. Sam Ali, le réfugié, accepte de devenir une œuvre d’art vivante en se laissant tatouer le dos et débarque en Europe. Le drame d’1h40 traitera de deux principaux thèmes: celui du statut inexistant et brouillé des réfugiés et de leur cavale incessante et de la place de l’art contemporain. Le film s’adresse à l’Humain avec un grand «H» en traitant du rapport à la patrie, du regard blanc nordiste sur le sud, du statut de l’artiste dans un XXIe siècle de plus en plus sophistiqué, des limites inexistantes et franchissables au nom de l’art. Cette (més)aventure d’une vie a commencé par une proposition faite à Sam Ali, réfugié syrien au Liban. Il est amoureux de sa bien-aimée et il s’est vu offrir une opportunité en or : celle de la rejoindre en Europe en évitant le calvaire des papiers et la recherche perpétuelle d’un statut. Il errait dans une galerie d’art au Liban, quand un artiste d’art contemporain lui propose de lui tatouer le dos en guise d’œuvre d’art, devenant ainsi son œuvre vivante. Il accepte cette proposition, considérée comme un visa. Mais les choses ne tournent pas comme prévu…

Le film est une immersion sophistiquée dans l’univers de l’art contemporain et il est en partie inspiré d’un livre de Tim Steiner, qui raconte l’histoire d’un Belge qui a vendu son dos à l’artiste Wim Delvoye pour le lui tatouer, l’exposer et le lui laisser après sa mort. «L’homme qui a vendu sa peau» est un conte moderne cruellement absurde : il s’agit d’une réflexion sur l’objectivisation facile des êtres humains au profit d’un système mondial déshumanisant, réducteur, qui prive l’être humain de son droit le plus élémentaire : celui de la libre circulation au-delà des frontières. Le film raconte la cavale en héros d’un réfugié en complète dépossession de son corps et de sa vie, mais qui rompt avec les récits victimaires des réfugiés. Tourné en France, en Belgique et en Tunisie, le film est dans les salles en Tunisie depuis mercredi 31 mars. Aujourd’hui, 2 avril, il sort aux Etats-Unis où il remportera peut-être l’Oscar de meilleur film étranger. Réponse le 25 avril 2021.

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