Le rééchelonnement de la dette est un mal nécessaire mais inévitable. La Tunisie, qui a accumulé les crédits au cours des dernières années, laisse un legs lourd pour les générations futures. Il est nécessaire de rationaliser le recours aux crédits et d’optimiser le rééchelonnement dans la mesure du possible pour éviter les problèmes qui pourraient se poser. Mohamed Hammadi Jarraya, HEC, expert en économie et président de l’Observatoire Tunisia Progress nous donne plus d’explications à ce sujet.

Le rééchelonnement de la dette tunisienne exige des sacrifices qui seront supportés par les générations futures. Comment peut-on contourner ce rééchelonnement ?

Par principe, la demande de rééchelonnement doit être évitée autant que possible pour préserver la crédibilité auprès des bailleurs de fonds.

Cependant, la pandémie de la Covid-19, un cas de force majeure par excellence, ayant engendré une forte récession économique sans précédent, a amené la plupart des pays à envisager et/ou à demander de rééchelonner leurs engagements financiers intérieurs et extérieurs, notamment avec le FMI et la BM.

Le report des échéances à des dates ultérieures engage les générations futures et engendre automatiquement le décompte d’intérêts supplémentaires.

A mon avis, pour réduire l’impact du rééchelonnement, on doit :

• Opter pour des rallonges courtes de délais ne dépassant pas les 36 mois.

• Encourager, par des moyens exceptionnels d’ultime urgence, la reprise de la croissance économique : production, productivité, export et nouveaux investissements

• Instaurer une trêve sociale, de trois années au minimum, accompagnée d’un contrôle des prix des produits de base.

Comment peut-on réduire l’endettement de la Tunisie pour les années à venir ?

Seule la reprise de la croissance économique permettrait à un pays de rationaliser le recours à l’endettement et ses conséquences. Tous les autres mécanismes économiques et financiers suivront.

Par ailleurs, pour la Tunisie, moderniser l’agriculture est un vecteur déterminant de création de la valeur. De même, le sauvetage et l’optimisation de l’exploitation de nos gisements naturels (phosphate, pétrole, gaz et autres) auront un impact remarquable sur notre économie.

Aussi, assurer un climat d’affaires propice au service des investisseurs, d’une part, et promouvoir les espaces d’innovation au service des jeunes feront bénéficier notre pays de toutes sortes d’intelligences créatives et constructives.

En même temps, il faut accélérer la privatisation des entreprises publiques non stratégiques et agissant dans des secteurs concurrentiels, tout en permettant aux repreneurs d’opérer une optimisation sociale par des méthodes légales : filialisation, essaimage, déconcentration d’effectif et redéploiement du personnel.

Où sont allées les ressources provenant de l’endettement ? Car, depuis dix ans, les citoyens n’ont pas vu de projets tangibles ?

Malheureusement, une grande partie des emprunts obtenus par les gouvernements successifs depuis 2011, a été utilisée pour payer les salaires et les indemnisations du personnel dans la fonction et les entreprises publiques.

Beaucoup de fonds ont été dépensés, aussi, dans des recrutements dans des postes non productifs, sous la pression des manifestations et cherchant une certaine paix sociale qui a été toujours vulnérable.

Depuis 2019, on est entré dans une dangereuse spirale : «Solliciter de nouveaux emprunts pour payer les échéances d’anciens emprunts ».

De plus, notre économie est « prise en otage » par certaines parties dont le seul intérêt égocentrique est le positionnement au pouvoir. Ce blocage ne peut plus continuer.

Bien que l’Etat puisse échapper à la faillite dans notre monnaie, par l’usage davantage de la « planche à billets» avec les conséquences, notamment, d’inflation et de dégradation du dinar, le spectre de la faillite en externe, avec la tombée des échéances d’emprunts en devises, est plus que jamais menaçant.

De toute urgence, il faut siffler la fin de la récréation.

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