Série télévisée en 20 épisodes, «Harga» de Lassaâd Oueslati met la lumière sur un fléau social dont on parle peu dans les productions télévisées: celui de la migration clandestine. Scénarisé par Imed Eddine Hakim, «Harga» trace le récit d’un groupe de Tunisiens qui ne se connaissent pas, issus de différentes régions de Tunisie, et qui ont été contraints de migrer clandestinement en Italie.

Leurs destins s’entrecroiseront en haute mer. Auréolé d’un casting de qualité qui unit une jeune génération d’acteurs montants et des talents confirmés qu’on ne présente plus, «Harga» brise les a priori sur l’une des problématiques sociales les plus meurtrières et les plus tragiques que connaît la société tunisienne : des jeunes ou des citoyens de toutes les tranches sociales se jettent sous silence dans l’inconnu, bravant secrètement la mer et les difficultés dans des conditions difficiles, afin d’atteindre l’autre rive : l’eldorado faussement «rêvé» qu’est l’Europe, et plus précisément l’Italie. Des trajectoires souvent manquées et des voyages souvent perdus d’avance, qui restent inachevés et qui riment avec mort, rapatriement, détention dans des camps.

Ce problème ronge la société tunisienne et sa jeunesse déchue, livrée à elle-même, confrontée tôt au chômage et à la pauvreté, rêvant de cieux plus apaisants et de nations qui leur fournissent un minimum d’assurance-vie, un travail fructueux, un statut, une sécurité. «Harga» en dialecte tunisien, c’est «brûler», c’est tout abandonner et partir vers l’inconnu. C’est brûler toute une existence en ayant des rêves plein la tête à réaliser. La série filme les rescapés détenus dans des conditions lamentables, inhumaines, repêchés au large de la Méditerranée. Elle suit la détresse des parents, des familles et des proches et fait une mise en contexte des raisons qui ont poussé ces citoyens à larguer les amarres et de la pire des manières… des Tunisiens, mais également des réfugiés subsahariens, illégalement arrivés en Tunisie, fuyant la guerre et le terrorisme dans des pays d’Afrique subsaharienne.

Récit humain très bien maîtrisé, les téléspectateurs sont happés par cette pluri-tragédie dont on n’arrive pas à voir d’emblée l’issue, portée par des acteurs des deux générations. Des révélations pour la plupart comme Yasmine Bouabid et de jeunes acteurs ayant déjà fait leurs preuves dans «El Maestro» de Lassaâd Oueslati également diffusé en 2019. Wajiha Jandoubi, Aicha Ben Ahmed, Hakim Boumasseoudi, Malek Ben Saâd, Riadh Hamdi, Rim Hamrouni, Oussema Kochar, Mohamed Hassine Hrayaa, Mhadheb Remili sans oublier quelques acteurs étrangers qui tiennent les rênes de ce drame captivant… et qui vise à sensibiliser et à éveiller les consciences. 

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