La joie qui accompagne ce mois saint a cédé la place à la peur de contaminer ses proches au cours d’un repas d’Iftar ou d’une réunion familiale…


Le mois de Ramadan est toujours très attendu chez les Tunisiens, enthousiastes à l’idée de  partager des moments de convivialité  avec leurs proches pendant les repas de rupture du jeûne. Ces derniers craignent également les dépenses liées à la consommation pendant le mois de Ramadan. C’est le deuxième Ramadan que les Tunisiens célèbrent dans un contexte spécial marqué par des mesures restrictives destinées à limiter les réunions familiales et le risque de contamination.  L’ambiance ramadanesque est pareille à celle de l’an dernier à cause de la crise sanitaire de la Covid-19. Les Tunisiens évitent comme ils le peuvent tout rassemblement. Certains font leurs courses la veille, d’autres en cours de journée.  Les rues et les cafés ne sont plus aussi remplis de monde que par le passé  et même les grands magasins ne connaissent pas l’affluence des foules. Tout le monde est sur ses gardes.  Que font les Tunisiens de leur journée en ce mois sacré de jeûne ? La journée se déroule différemment pour les personnes que nous avons rencontrées dans le centre-ville de Monastir :Ahlem, une fonctionnaire de 30 ans, nous raconte : «Le premier jour était assez difficile. J’ai eu du mal à me réveiller pour le Shour et le café me manquait déjà au réveil. J’avais un mal de tête atroce tout au long de la journée. Mais tout est vite oublié au moment où l’on retrouve la famille au complet, c’est une ambiance différente de tous les jours. Tout le monde rigole, et on s’entraide à mettre la table et tout le monde met la main à la pâte».

Près du marché central de Monastir, il y a du mouvement : les gens y entrent et en sortent les bras chargés d’emplettes. Salima, une jeune maman de deux enfants, est en train de faire ses courses. Elle nous affirme que sa «galère», à elle, ce n’est pas le café du matin, mais plutôt le menu du jour et l’entretien de la maison. «Quand on a deux bébés à la maison, ce n’est pas évident tous les jours. C’est la galère. Entre ranger la maison, préparer le repas des enfants à midi et penser au repas de la rupture du jeûne, c’est à peine si j’arrive à faire une sieste».

«Les soirées… ça me manque un peu… »

Nous nous sommes dirigés vers une grande surface où nous avons rencontré Chahine qui ne semble pas du tout affecté par le rythme particulier du mois de Ramadan. Ce jeune homme, qui attend son tour pour passer à la caisse, nous explique qu’il a 25 ans et qu’il a obtenu sa licence l’an dernier, mais n’a toujours pas trouvé de travail. Pour lui, Ramadan ou pas, c’est la même routine. «Rien n’a changé pour moi, mis à part le fait que je dors beaucoup plus. Je passe la majorité de ma journée à regarder des séries ou à discuter avec des amis. A chaque mois de Ramadan, c’est pareil. Mais depuis la pandémie de la Covid-19, je ne sors plus pour retrouver mes amis au café. Tout le monde est à cran. On a peur de s’exposer au risque  et de condamner nos proches. J’avoue que les sorties nocturnes, les soirées entre potes, etc. ça me manque un peu, mais bon, on fait avec !»

Comme le veut la tradition, un Ramadan n’en est pas un sans les fameuses zlabiya. C’est d’ailleurs cette bonne vieille odeur, qui chatouille les narines, qui nous a attiré vers Abd El Hamid, ce quadragénaire qui en a commandé plusieurs pour le S’hour. «J’ai la nostalgie du mois de Ramadan d’antan, quand il n’y a avait pas de Covid. Rien n’est plus pareil. Je n’ai pas vu ma famille depuis un bon bout de temps et ça me chagrine. Nous sommes en contact au téléphone ou via Whatsapp, mais ce n’est pas pareil. Même la fête de l’Aïd El Fitr a perdu de son charme».

R.F.

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