Par Abdelmajid SAHNOUN | Ancien haut fonctionnaire |


J’ai connu les régimes autoritaires de sortie de l’Indépendance, puis le passage à la démocratie en 2011, avec la révolution du jasmin que le monde entier a célébrée et qui nous a donné tant d’espoir.

Quelles que soient les vicissitudes de la vie au cours de toutes ces décennies, jamais je n’ai envisagé d’aller émigrer à l’étranger.

Pour moi, servir mon pays ne fut pas un sacrifice, mais à la fois un honneur et un bonheur.

Et si je n’ai jamais réussi à concevoir comment certains de mes frères Tunisiens avaient pu partir vivre à l’étranger, aujourd’hui  je comprends comment l’on peut en arriver à envisager de prendre ce qui doit être une terrible décision pour des jeunes en manque de tout, souvent sur-diplômés, courageux et fiers de leur tunisianité, patriotes, mais qui se sentent rejetés. Non par une volonté déterminée, ce qui serait absurde et inexact, mais par une inconséquence tout aussi incongrue, ne voyant pas que la Tunisie s’enfonce en silence dans des sables mouvants, qui se sont substitués à ce qui fut l’espoir d’une vie meilleure, où seul compterait l’intérêt de la nation, le bien- être d’un peuple qui a tant donné, qui a tant accepté de sacrifices, à qui on a tant promis et qui aujourd’hui souffre et pleure.

Tout le monde est atteint, les couches populaires qu’on qualifiait d’aisées, ne sont parfois plus en mesure de faire face aux obligations élémentaires d’une vie qui leur échappe totalement, dans un pays en crise économique et sociale et où sévit une terrible pandémie,  où la jeunesse désœuvrée, dans un désert aride, fait d’incertitudes, s’en remet à la solidarité familiale, elle-même précarisée, dans l’attente de jours meilleurs.

Un pays vraiment souffrant, mais le pire étant constitué par des responsables qui, plutôt que de donner à leur peuple l’espoir — oui l’espoir qui ne coûte rien et  dont ce peuple a tant besoin une fois qu’il ne lui reste plus rien d’autre à attendre —, lui offrent un spectacle des plus pitoyables, d’ego démesurés qui s’affrontent dans de stériles combats juridiques sur l’interprétation de je-ne-sais quel article de notre Constitution

Et en attendant, la Tunisie se meurt en silence.

Alors, que faut-il faire ? Je n’en sais plus rien. Ce que je constate tout de même, c’est que nos amis Marocains s’en sortent bien mieux que nous, ayant même été donnés en exemple sur leur gestion de la crise sanitaire, avec une économie qui tient la route et qui fait l’admiration des organisations internationales; tous les partis politiques ayant compris qu’il fallait tirer la corde dans la même direction, celle de l’intérêt national, plutôt que de s’enfermer dans des rhétoriques qui ne rapportent rien, avec des principes qui desservent notre pays et qui ne donnent rien à ceux que l’on prétend défendre jusqu’à l’absurde.

Oui, c’est certainement la solution, tirer la corde dans le même sens.

Avec une infinie humilité, mais profondément convaincu qu’il faut parler vrai, je me fais le porte-parole de tous ces Tunisiens qui souffrent et qui pleurent, pour qu’une voix s’élève, forte et solennelle, pour nous dire que rien n’est perdu, que nos responsables, que nous avons élus pour notre bien, vont s’unir pour nous donner, ne serait-ce qu’un peu d’espoir.

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Un commentaire

  1. Nasser Aissaoui

    08/05/2021 à 16:11

    Des gens comme celui qui a écrit cet article ne comprennent pas encore q’Ennahdha et ses acolytes sont contre l’Etat, contre le tunisien et pour la destruction programmée du pays. Le pays ne tiendra la route que si ce parti de dieu sera écarté, de gré (élections) ou de force (coup de balai).
    Sinon point de salut.

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