Les artisans, dont l’avenir est incertain, dénoncent l’indifférence de l’Etat face à leurs souffrances et misères et sont malheureusement impuissants et incapables de combattre, sans arme ni armure, cet ennemi invisible —en l’occurrence le covid-19, qui a détruit le secteur de l’artisanat dans son ensemble.

C’est l’énième cri de détresse lancé par le président de la Fédération nationale de l’artisanat (Fena), Salah Amamou, afin d’attirer l’attention des autorités concernées sur la gravité de la situation et la nécessité d’agir de manière urgente pour sauver tous les métiers de l’artisanat sans exception. Pour ce militant acharné des droits des artisans, le secteur est à l’agonie depuis le début de la crise sanitaire liée au coronavirus…Malgré cette situation très difficile et très compliquée, l’artisanat voudrait, selon ses dires, renaître de ses cendres mais il est plus facile de le dire que de le faire car dans l’état actuel des choses, cela fait comme quelqu’un qui ne fait que rugir encore, et encore !

L’artisanat, le grand oublié de cette crise sans précédent

Plus d’un an après le déclenchement de la crise sanitaire liée au coronavirus, l’artisanat souffre comme jamais auparavant : le secteur est actuellement à l’arrêt total étant donné que 90% des entreprises sont en situation de blocage total et plus de 60% d’entre elles ont même mis la clé sous la porte. On constate aussi une indifférence, un mépris et un non-respect des promesses annoncées par les autorités concernées pour protéger et sauver ce secteur (malgré les promesses répétées des décideurs politiques), les artisans ne bénéficient pas des aides et des mesures annoncées depuis des mois par le gouvernement dans le cadre de la crise sanitaire… A tout cela on ajoute un contexte économique très incertain et dégradé, marqué par une consommation qui est au ralenti, le moral des Tunisiens qui est au plus bas, le chômage qui continue à augmenter… Ce qui fait qu’aujourd’hui, en moyenne, le secteur de l’artisanat a subi une perte de chiffre d’affaires de près de 90%.

«L’artisanat, le grand oublié de cette crise sans précédent, souffre parce que le silence et la passivité règnent toujours alors qu’il n’y a rien de pire que de garder le silence quand il y a un problème ! Dans cette situation exceptionnelle, au lieu de fournir des solutions concrètes et efficaces à cet état de fait, au lieu de mener une stratégie spécifique qui s’adapte au contexte actuel, au lieu d’accélérer la concrétisation des mesures annoncées… le tout afin de mettre fin à la souffrance de ce secteur et donner des pistes aux professionnels de l’artisanat pour sortir de cette impasse, l’Etat continue toujours à ignorer ce secteur, qui n’aura pas de place dans le paysage économique tunisien si les autorités concernées ne changent pas de posture et de stratégie… Je ne devrais pas être aussi pessimiste, mais telle est la réalité amère ! Malheureusement, nous n’avons en effet rien vu venir de l’actuel gouvernement, ou de ses prédécesseurs, qui puisse nous réjouir et améliorer notre bien-être. Au contraire, cette situation a alimenté, encore plus, la colère et la méfiance des artisans qui sont tous dans une situation critique, voire chaotique… Je le dis à regret, l’Etat a abandonné le secteur de l’artisanat. Du coup, les 350.000 personnes qui travaillent dans ce secteur et dont la plupart sont issues de familles à faible revenu, devraient se tourner vers d’autres secteurs si elles veulent assurer leur pain quotidien et celui de leur famille», explique Amamou, dans une déclaration accordée au quotidien La Presse.

Adieu la confiance !

Après avoir dressé un tableau sombre de la situation du secteur de l’artisanat et mis en garde contre les conséquences de la politique suivie par nos décideurs, Salah Amamou indique que les professionnels du secteur ne font plus confiance au gouvernement et n’ont plus confiance dans l’avenir du pays. «Et quoi qu’on puisse dire, outre cette crise qui nous a tous pris de plein fouet, qui nous désarçonne toutes et tous et qui nous dépasse, l’Etat reste le premier responsable de cette tragédie… Il n’en reste pas moins que l’on peut regretter cette politique catastrophique, menée par un gouvernement irresponsable et absent… Demain, il sera très tard de remédier à ces erreurs et de rectifier le tir», regrette-t-il.

Sur un autre plan, Amamou ajoute qu’il est vrai que le covid-19 a porté un coup fatal à l’artisanat, mais depuis des années, ce secteur n’attire pas le consommateur local, qui a vu son pouvoir d’achat baisser d’une année à l’autre, sa vie se précariser et ses emplois se raréfier. Ce qui fait qu’aujourd’hui, pour le Tunisien, le produit artisanal n’est pas un besoin, mais un plaisir. C’est une denrée qui n’est plus à la portée de toutes les ménagères car elle devient symbole de luxe, destinée seulement à la décoration.

«Donc, les raisons derrière cette situation critique sont nombreuses. Depuis sa création, le métier de l’artisanat a choisi le touriste comme principale cible. Au début, c’était parfait et tout semblait vraiment si bien fait car la Tunisie était l’une des premières destinations des Européens. Mais au lendemain de la Révolution, cette donne a changé à cause de la crise profonde que connaît ce secteur et celui du tourisme suite à la multiplication des attentats terroristes depuis 2011… et la pandémie de covid-19 a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et détruit tout le secteur…Au lieu de multiplier les efforts pour valoriser notre culture, consommer local et réduire l’entrée des produits occidentaux dans nos marchés afin de voir le bout du tunnel, nos décideurs ont jeté le secteur de l’artisanat dans un gouffre profond», regrette-t-il.

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