Plus de 200.000 élèves du secondaire sont concernés par l’orientation scolaire. Au moins 125.000 sont des élèves de première année secondaire et plus  de 94.000 appartiennent à la 2e année secondaire.  Presque autant ou un peu moins (80.000) ont été orientés définitivement et poursuivent leurs études en 3e année secondaire suivant les sections «choisies». Cette année, l’opération d’orientation ne s’est pas déroulée comme il faut. Au grand dam des élèves et de leurs parents.

Comme il se devait, aucune réunion n’a eu lieu pour informer les élèves de 2e année secondaire. Il n’y a pas eu de rencontres même à distance pour préparer les lycéens concernés à faire les choix adéquats ou, du moins, à se faire une idée plus claire sur les filières qui devraient les intéresser.

Elèves-otages !

C’est, tout juste si on leur a remis des documents à remplir par les parents, quelques jours avant le dernier délai. Aussi, est-ce dans la précipitation qu’ils ont dû s’acquitter de cette formalité. Donc, rien n’a été fait pour aider les élèves à profiter des conseils des enseignants chargés de l’orientation. On prétextera la situation sanitaire. C’est peut-être vrai. Mais on aurait pu, quand même, demander aux élèves de se tenir prêts à faire leurs choix en leur distribuant les fichiers que l’on s’est habitués à leur donner.

Faut-il le rappeler ?  Les statistiques (celles de 2019 parce qu’elles n’ont pas subi les contrecoups de la crise sanitaire) montrent que les élèves ont été orientés vers les 7 sections menant au bac. L’opération avait, alors, abouti à 29.9 % d’orientés vers l’économie-gestion, 23.6 % vers les sciences expérimentales, 15.7% vers les lettres, 15.5 % vers les sciences techniques, 9.2% vers les maths, 4.8 % vers les sciences informatiques et 1.3 % vers la section sport. En matière de réussite au bac, ce sont les sections maths et sciences expérimentales qui enregistrent, en général, les meilleurs taux. C’est pourquoi les lycéens les préfèrent beaucoup plus. Toutefois, il faut mériter ces filières par de bonnes moyennes en maths, en sciences et en physique-chimie.

Or,  la désorganisation d’une administration sortant d’une longue grève de 80 jours expliquerait, sans doute, ce qui se passe, actuellement. Toujours est-il qu’il faut ajouter, à ces choses, de très mauvais signes puisque l’on ne cesse de constater que ces lycéens sont victimes de l’exploitation par des enseignants sans scrupules. Ceux-ci, profitant de leur statut, font pression pour les obliger à suivre des cours particuliers. Certaines matières scientifiques (les maths en tête) deviennent le passeport qui permettra d’obtenir la section de son choix. On ne manque pas de trouver des professeurs de maths qui ont pignon sur rue, parce qu’ils ont eu le privilège d’enseigner dans ces classes-clés (2e année secondaire, particulièrement), qui n’hésitent pas à utiliser des méthodes pour le moins que l’on puisse dire anti-pédagogiques.

Leurs élèves en parlent mais ne peuvent rien contre ces pratiques. C’est ainsi qu’on leur propose des devoirs comportant les pires difficultés que même les meilleurs éléments de la classe n’arrivent à décrocher que des notes… en dessous de la moyenne! Par ces stratagèmes, ces enseignants (qui existent, malheureusement)  poussent les pauvres élèves à se mettre en doute et à ne plus croire en leurs capacités. Du coup, ils se jettent, à corps perdu, dans les bras grands ouverts de leurs enseignants-bourreaux en vue de suivre des cours particuliers. Or, faut-il imaginer que ces cours se poursuivent même durant les périodes de confinement et de couvre-feu! Comme quoi, seul l’argent compte. On se demande ce que font les inspecteurs qui sont censés suivre la progression des programmes et l’application des consignes pédagogiques (des professeurs n’ont pas rendu, ni corrigé des devoirs de maths faits depuis près de… deux mois !)

Immoral !

Quand on examine cette situation, on voit bien qu’il y a une véritable prise d’otage. En privant ces élèves orientables de 2e année secondaire d’un atout (maths pour ceux qui veulent choisir la section maths et sciences pour ceux qui veulent opter pour les sciences expérimentales) on leur ôte tout espoir d’être orientés vers l’une de ces deux sections de choix. Comme on l’a souligné, ces deux sections enregistrent le taux de réussite le plus élevé au bac. Cela va de soi. C’est justement sur ce point que jouent ces «professeurs». De ce fait, ils ne se préoccupent pas de détruire toute la carrière de ces jeunes qui espéraient réaliser leur rêve et suivre la filière espérée après avoir fait un parcours scolaire brillant de huit ans.

Cela se passe au vu et au su de tous. Le ministère, pris dans la tourmente de la crise sanitaire, est loin d’accorder le moindre intérêt à ce fléau. Pourtant, il s’agit d’un véritable crime commis à l’encontre de nos enfants d’autant que tout se passe dans l’impunité la plus totale. Même si on ne le dénonce pas, le phénomène est visible et tout le monde le sait. Même les responsables des établissements en savent beaucoup. On ne peut pas leur en vouloir car ils n’ont pas les moyens d’agir ni, à plus forte raison, de sévir. L’Administration centrale, elle-même, est restée incapable de juguler ce mal. Elle n’est même pas capable de rappeler à ces contrevenants ce qu’ils encourent. Or, il y a, toujours, des moyens de dissuasion à utiliser pour freiner ces dépassements en réactivant les dispositions existantes et en prenant les sanctions nécessaires à l’encontre des auteurs d’abus. Des statistiques régulières doivent être publiées pour informer sur ces mesures.

En attendant, des notes circulaires peuvent être affichées dans les salles des professeurs leur rappelant leurs responsabilités morales envers leurs élèves et envers leur métier. Il n’est plus admissible de constater de si graves manquements sans réagir.  On demandera, aussi, aux structures syndicales de jouer un rôle édifiant en se privant de défendre l’indéfendable. Autrement dit, ne rien tenter qui puisse entraver l’application de mesures disciplinaires à l’encontre des contrevenants ayant enfreint les règlements concernant les cours particuliers. C’est simple comme bonjour.

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