Alors que les messages de haine et autres appels à la violence se propagent, notamment sur les réseaux sociaux et ailleurs, la volonté politique en Tunisie ne semble pas être au diapason des défis du secteur qui cherche, à travers ses professionnels, ses structures syndicales et ses partenaires, à aller de l’avant…

En dépit des avancées en matière de textes régissant le secteur des médias, notamment les décrets-lois 115 et 116 et l’article 31 de la Constitution de 2014 en son chapitre relatif aux droits et libertés, ainsi que l’installation des différentes instances indépendantes travaillant, entre autres, sur la liberté de la presse et l’autorégulation dont la Haica et le Conseil de la presse, on est loin de garantir l’indépendance des médias et la sécurité des journalistes. C’est le constat général des différents partenaires du Syndicat national des journalistes tunisiens (Snjt), ainsi que de plusieurs experts de la sphère médiatique, présenté le weekend dernier à Tunis, lors des célébrations de la Journée mondiale de la liberté de la presse sur le thème : «média et liberté fondamentale : Le rôle des médias dans la promotion d’un débat inclusif, pacifique et pluraliste sur les droits et libertés fondamentales ». Ce rendez-vous a été ponctué par des débats autour des problématiques de l’heure dont l’intégrité physique et morale des journalistes, les menaces et la violence les ciblant, la discrimination, l’impact de la pandémie de Covid et notamment l’absence d’une volonté politique à même de garantir un paysage médiatique diversifié, pluriel et indépendant. Pour rester dans ce volet politique, les intervenants des organisations nationales et les professionnels participants ont unanimement affirmé qu’il y a eu des tentatives répétées de mainmise politique sur le secteur et que tous les moyens ont été utilisés à cette fin. Dans cette dernière optique, on a évoqué encore une fois le blocage constaté au niveau des négociations engagées depuis quelque temps entre le Snjt et les derniers gouvernements, relatives à l’amélioration des conditions socioéconomiques des journalistes, ainsi qu’à l’approbation de la nouvelle convention sectorielle.

Culture de démocratie et défis professionnels

Même si on a insisté sur certaines avancées en matière de défense de la liberté de la presse, notamment avec l’élan de la révolution, professionnels, académiciens, syndicalistes et partenaires nationaux et internationaux, et à leur tête le président du Snjt, Mohamed Yassine Jelassi, ont appelé à soutenir les médias à accomplir leur mission convenablement dans un contexte de respect des libertés fondamentales et individuelles, ce qui aura, selon ce dernier, un impact positif direct sur l’enracinement de la culture de la paix, de la liberté, de la transparence et de la démocratie.

Et alors que les représentants de l’Union et du Conseil européens ont évoqué le problème de la recrudescence des violences à l’encontre des journalistes, notamment en ces temps de Covid, tout en relevant l’importance de l’unification des efforts afin de préserver les acquis en matière de liberté d’expression et de presse, l’officier des droits de l’Homme auprès du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme en Tunisie, Samia Kamoun, a insisté sur l’impératif d’améliorer le cadre législatif qui régit le secteur et en particulier l’espace numérique qui, selon elle, fait face à plusieurs défis. Pour sa part, Pauline Adès-Mével, porte-parole de Reporters Sans Frontières, a formulé le souhait de voir former des groupes de travail et de réflexion sur les infodémies et la durabilité du journalisme, et d’inverser la tendance contre la désinformation, la propagande et les discours de haine en encourageant le journalisme à travers un mécanisme de tiers de confiance. Et ajouter: “Cette démarche s’inscrit dans la poursuite de notre initiative internationale sur l’information et la démocratie, initiée en 2018, et qui a pour objectif d’apporter des garanties pour la liberté d’opinion et d’expression dans l’espace global de l’information et de la communication. Et nous continuons donc d’avancer avec notre initiative JTI. La plateforme de la Journalism Trust Initiative lancée le 18 mai (JTI) vise à identifier et récompenser les sources d’information dignes de confiance, inaugurant ainsi une nouvelle ère pour la fiabilité, la transparence et la durabilité des médias”.

Négociations.. à mi-chemin!

Pour reprendre la problématique de la volonté politique à améliorer le cadre légal et les conditions socioéconomique des journalistes, le conseiller auprès du chef du gouvernement, chargé de la supervision des services de la Relations avec les instances constitutionnelles, de la société civile et droits de l’homme, Belhassen Ben Amor, a, lors de la journée inaugurale, défendu son département en affirmant que la porte des négociations entre gouvernement et Snjt est encore ouverte et qu’un accord a été trouvé autour de plusieurs points débattus. Cependant, il a esquivé tout commentaire sur la nouvelle convention sectorielle tant attendue de la part des professionnels et des syndicalistes et qui devrait revaloriser le statut du journaliste et ses conditions professionnelles et socioéconomiques…

 

 

 


Covid, infodémie et médias

L’Unesco prête main-forte aux journalistes

Le fléau de l’infodémie était flagrant pendant cette pandémie du Covid et l’est encore. Selon Alexander Schischlik, directeur régional du bureau de l’Unesco pour le Maghreb, «le partage, la production et l’expression d’information sûre et vérifiée est un enjeu de société fondamental pour assurer la réalisation des sociétés pacifiques et pluralistes». Et d’ajouter  : «Aujourd’hui, nous avons besoin d’actes pour empêcher la peur, la panique et la fausse information de se répandre. Les médias libres et professionnels, le droit d’accès à l’information, ainsi que les technologies numériques jouent un rôle essentiel dans la lutte mondiale contre la pandémie du Covid-19. Dans le cadre de son mandat spécifique pour promouvoir la libre circulation des idées par les mots et par l’image, l’Unesco et ses partenaires nationaux s’emploient à partager des informations vitales en démystifiant la désinformation». Ainsi, notamment les médias d’intérêt public bénéficient de l’accès à des ressources éducatives et de formation libres. Ainsi, l’Unesco met ses outil, dont les manuels de lutte contre le Covid, y compris ceux dédiés à la formation des journalistes, à la disposition de ses partenaires nationaux .

Aussi, pour contribuer à contrer la désinformation sur le Covid-19 et promouvoir les comportements sains, le directeur régional du bureau de l’Unesco pour le Maghreb a indiqué que l’organisation a produit une série de messages audio qui peuvent être diffusés par les stations de radio du monde entier. «L’Unesco a également appuyé le syndicat national des journaliste tunisiens dans la production et la diffusion de spots pour promouvoir la sécurité  des journalistes en temps de Covid», a-t-il encore souligné.

M.Alexander Schischlik a insisté dans son message sur l’importance de construction d’une culture de soutien à la liberté de la presse qui, selon lui, demeure un processus à construire sur le long terme, tout en affichant son optimisme pour le cas tunisien.


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