Le rapport entre l’Etat et son peuple continue d’être alimenté par une lutte d’influences, de pouvoir et d’autorité où chaque partie pense avoir raison et le dernier mot. L’Etat continue d’imposer une ligne de conduite pour souffler qui est difficile à tenir et est éprouvante pour les nerfs des citoyens… qui s’essoufflent. Ce n’est pas brillant !

«Zidou mizzel yetnaffess», une phrase que le commun des Tunisiens exprime à chaque nouvelle augmentation de prix qui est devenue une tradition des gouvernements successifs depuis la Troika en 2013 pour renflouer les caisses de l’Etat. Une caricature du citoyen étranglé et pris à la gorge par des coupes budgétaires et des augmentations des prix des produits de base par une corde serrée autour du cou circule depuis belle lurette. Alors que le mois de juin vient à peine de commencer et que  les Tunisiens ont commencé à reprendre goût à la vie et au travail, les voilà pris dans la tenaille des maux de la société. La médiocrité de bas étage qui incite les autorités à accabler le citoyen, déjà empêtré dans de nombreux tracas de la vie quotidienne, ne se défend pas. Avant-hier, mardi 1er juin 2021, une hausse sensible des tarifs de transport des lignes de train, bus et métro a été adoptée. Trois tarifs de tickets groupés respectivement de 500, 1000 et 1500 millimes sont désormais disponibles pour diminuer la petite monnaie et accélérer leur écoulement. Le pire ? Mercredi 2 juin 2021 au deuxième jour de la mise en pratique de décisions entérinées depuis la veille, de nombreux citoyens mal ou peu avertis ignoraient que le kilogramme de sucre a augmenté de deux cent cinquante millimes. Certaines personnes interrogées à la Cité Hédi Nouira (Ariana) pensent qu’il est encore à un Dinar ou 970 millimes (sic !) mais semblent vaquer à d’autres occupations et avalent des couleuvres sans broncher. A croire qu’ils n’en consomment pas au sein de leur ménage, ce qui est impensable. On apprend que le gouvernement a décidé de revoir à la hausse le prix de vente du sucre dans l’objectif de limiter le déficit budgétaire et dans le cadre du plan de réforme économique comportant la réduction progressive des subventions. Soit. Mais dans la situation actuelle que traverse le pays sur fond de difficultés économiques et sociales, le timing est mauvais.

Le prix du kilo de sucre est commercialisé depuis mardi 1er juin 2021 à un Dinar 400 millimes au lieu d’un Dinar 150 millimes soit 22% plus cher. Ben voyons! Après la majoration importante sur le sucre industriel depuis 2017 qui a doublé le prix de vente des boissons sucrées notamment, le sucre des ménages n’échappe pas à la mesure d’austérité et de rigueur budgétaire. Trop c’est trop, la coupe est pleine. On n’a pas fini d’en voir des vertes et des pas mûres visiblement. Il ne faut pas abuser de ce genre de recours pour ne pas asphyxier l’atmosphère sociale où l’on constate que certains individus sont prêts à renoncer à leur travail peu ou mal rémunéré pour ne plus avoir à subvenir aux besoins de leurs familles. Il ne faut pas briser le plafond de verre en étranglant continuellement les classes pauvres et moyennes de Tunisie qui paient le prix fort de la crise économique et d’une situation économique et sociale délicate.

Goulot d’étranglement

Après le transport public, l’eau potable et le sucre subventionné, le citoyen tunisien n’est pas au bout de ses peines et peut ranger sa fierté et son honneur au placard. L’Etat doit assumer les conséquences des prises de décisions douloureuses et uniquement acceptables pour une frange de la population mais pas la majorité. Des augmentations de prix décidées et actées pour la plupart comme celles du tarif du transport public ou encore d’un produit de base comme le sucre donnent le tournis. D’autres augmentations devraient suivre, sauf retournement de situation à savoir celle du litre d’essence à la pompe. Une hausse pas encore officialisée mais qui devrait être imminente. Ces différentes augmentations des prix arrivent dans un contexte de flou artistique autour des intentions du gouvernement qui prévoit une levée progressive des subventions des produits de base jusqu’à suppression totale. Une information à prendre avec des pincettes parce que le directeur à l’unité de gestion des produits de base au sein du ministère du Commerce, Sadek Ben Njima, a réfuté cette hypothèse par ces propos retranscrits : «Il n’y a aucune intention de supprimer les subventions des produits de base. Il va être question d’une réorientation de ces subventions vers ses bénéficiaires en appuyant le pouvoir d’achat des plus démunis».

Sur la page facebook officielle de l’Observatoire tunisien, on apprend qu’il y a d’autres augmentations prévues pour le mois de juillet prochain ce qui n’est pas étonnant vu que la date du 1er juillet est connue traditionnellement pour l’entrée en vigueur de nouveaux prix surévalués, tout comme celle du 1er janvier.

Le prix du fer a augmenté de 15%, soit 44% de majoration sur le prix initial en  l’intervalle de  trois mois. L’unité de barre de fer 12 coûte 29 Dinars actuellement. Ce n’est pas fini puisqu’une majoration sur les prix des boissons chaudes (cafés….) de 100 millimes est annoncée. Les tarifs de l’eau potable revus à la hausse pour une énième fois rendent la situation insupportable et insoutenable d’après l’Organisation de défense du consommateur qui tire sur la sonnette d’alarme sans prendre une position ferme pour contrecarrer cette révision des prix à la hausse imposée par les pouvoirs publics. Consternant et révoltant.

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