« Au moment où les marchés concurrents diversifiaient leurs produits et développaient leurs méthodes de commercialisation de leurs destinations et se dirigeaient vers de nouveaux accommodements, le sort du tourisme tunisien était toujours entre les mains des grands tour-opérateurs étrangers, lesquels continuent à imposer leurs conditions et un produit touristique dominant ».

« La Tunisie a perdu une grande partie de son rayonnement en tant que destination touristique mondiale depuis longtemps, pour des raisons structurelles et conjoncturelles », a affirmé la présidente de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH), Dorra Miled, lors d’un dialogue à l’ARP avec la Fédération tunisienne des agences de voyages et de tourisme (Ftav), la FTH et la Fédération tunisienne des restaurants touristiques (Ftrt)

« Notre présence à l’ARP a pour objectif de tirer la sonnette d’alarme pour sauver un secteur qui a beaucoup donné à l’économie tunisienne dans les années précédentes », a-t-elle dit, notant que la dégradation du secteur est due, principalement, à l’absence d’une stratégie clairement définie depuis plus de 20 ans.

Ainsi, au moment où les marchés concurrents diversifiaient leurs produits et développaient leurs méthodes de commercialisation de leurs destinations et se dirigeaient vers de nouveaux marchés, le sort du tourisme tunisien était toujours entre les mains des grands tour-opérateurs étrangers, lesquels continuent à imposer leurs conditions et un produit touristique dominant, selon ses propos.

Elle a reconnu que le tourisme moderne ne se limite plus aux plages et aux hôtels, d’autant plus que le touriste visite, aujourd’hui, la Tunisie à la recherche d’expériences de vie et de découvertes sur l’histoire du pays et ses richesses naturelles et culturelles, ce qui est de nature à favoriser le tourisme, dans les régions

S’agissant des causes conjoncturelles de la crise du tourisme tunisien, la représentante des professionnels a précisé qu’elles sont liées à des crises nationales et internationales successives, telles que les attaques terroristes, les assassinats politiques et la détérioration de la situation environnementale, citant particulièrement l’absence de stabilité politique, précédée par la succession d’événements et de crises depuis les années 90.

D’après Miled, à la lumière de ces facteurs, la destination tunisienne a perdu sa compétitivité sur les marchés mondiaux et l’apparition de la pandémie de Covid-19, a provoqué une paralysie totale du secteur et son effondrement.

« Aucune annulation de l’endettement du secteur n’a eu lieu »

En ce qui concerne l’endettement des hôteliers, Miled a précisé que ce dossier constitue une responsabilité partagée entre l’Etat, le secteur bancaire et les opérateurs touristiques, précisant que contrairement aux informations propagées, aucune annulation de l’endettement du secteur n’a eu lieu.

Se référant à une étude menée en 2019 par la FTH, en partenariat avec l’une des principales entreprises spécialisées, la présidente de la FTH a indiqué que la contribution du secteur touristique au produit national brut (PNB) est de près de 14%, ce qui fait du tourisme, de l’agriculture et de l’industrie les principaux secteurs de l’économie nationale, soulignant que la relance du secteur du tourisme permettra de redresser l’économie tunisienne, particulièrement les réserves en devises .

A cet égard, en 2019, avant le déclenchement de la pandémie du Covid-19, les recettes touristiques ont couvert 35% du déficit commercial tunisien, a-t-elle rappelé, appelant à redoubler d’efforts pour sauver ce secteur.

La crise qu’il connaît intervient également suite aux promesses non tenues des gouvernements successifs et à l’absence de volonté politique de résoudre ce problème, ce qui a contribué à la hausse de la dette, après une saison touristique blanche en 2020 et une autre qui s’annonce en 2021, d’après Miled.

La FTH a demandé la création d’une commission permanente, au sein de l’ARP, chargée du tourisme, de la culture et de l’artisanat, dans l’objectif de faire de toutes les régions de la Tunisie des destinations touristiques et développer une stratégie claire par toutes les parties.

Et d’ajouter que la FTH a, en outre, recommandé d’accélérer la vaccination qui constitue une condition sine qua non pour le retour de l’activité économique en général et touristique en particulier. Elle a également invité les acteurs politiques à faire preuve de responsabilité dans les discours qu’ils prononcent à l’étranger, et à tenir compte de l’impact de certains propos sur l’image du pays et de l’Etat tunisien à l’étranger, ainsi que sur la situation des résidents tunisiens à l’étranger et sur l’économie locale.

La Tunisie, une destination parmi les moins chères au monde

La Tunisie est parmi les destinations touristiques les moins chères au monde. La moyenne de dépense d’un touriste par séjour est de l’ordre de 395 euros (190 euros prix du billet, 7 euros pour le tarif du transport de l’aéroport à l’hôtel et le reste est le coût du séjour), a souligné lors de la même séance le président de la Fédération tunisienne des agences de voyages (Ftav), Jaber Ben Attouch.

Le responsable qui s’adressait aux parlementaires a souligné le rôle joué par l’agent de voyages qui propose au touriste une moyenne de deux à trois excursions touristiques à l’intérieur du pays par séjour à un coût moyen de l’ordre de 310 euros.

«A titre d’exemple, une excursion vers le gouvernorat de Kairouan ou vers El Jem (gouvernorat de Mahdia) coûte environ 150 euros par touriste et le coût d’une excursion vers le sud-ouest est de l’ordre de 160 à 170 euros englobant le transport, les sorties en voitures 4×4, les excursions à dos de dromadaire, l’achat de produits d’artisanat et la restauration», a-t-il argumenté.

D’après ses dires, 45% des touristes se déplacent à l’intérieur du pays à l’aide des agences de voyages. Ceci confirme, d’après lui, le «grand rôle» que jouent ces agences en matière d’organisation des excursions internes, de partage équitable des visites entre les régions, de promotion de la destination Tunisie et de services fournis aux touristes.

Le responsable a regretté le fait que le citoyen tunisien soit privé des services fournis aux touristes, ce qui pousse près de 1,3 million de tunisiens à voyager annuellement en dehors du pays.

Il a fait savoir, à ce sujet, que seulement 25 millions de dinars sont octroyés par la Banque centrale de Tunisie (BCT) aux agences de voyages au titre de prime pour les services rendus aux Tunisiens à l’étranger, outre une prime de 50 millions de dinars au titre des voyages de la Omra ( petit pèlerinage).

Plus de 4.000 bureaux de services touristiques informels!

Le président de la Ftav a aussi annoncé l’existence de plus de 4.000 bureaux de services touristiques opérant dans le marché parallèle. «Ce chiffre est effrayant et les seuls perdants sont le secteur organisé et l’Etat», a-t-il dit.

Les agences de voyages sont aujourd’hui capables de contribuer au développement local et régional et de fournir les services souhaités par les citoyens, dans ce contexte de pandémie, développe le responsable, regrettant le fait que «3.200 Tunisiens attendent toujours le remboursement de leur argent avancé par les agences de voyages aux compagnies aériennes pour les voyages de la Omra qui ont été annulés en février 2020, affirmant qu’une commission a été créée à cette fin ».

Ben Attouch a recommandé, à cet effet, la révision des lois et législations régissant les agences de voyages, lesquelles datent de 1973, appelant à reconnaître le rôle de ces agences comme entreprises d’export des services et de promotion de la destination Tunisie.

Les dettes cumulées depuis 35 ans s’élèvent à 4 mille milliards

« Les dettes cumulées, depuis 35 ans, des unités touristiques, s’élèvent à 4 mille milliards, dont 58% d’intérêts bancaires», a indiqué  de sa part le premier vice-président de la Fédération tunisienne des restaurants touristiques (Ftrt), Fouad Bouslama.

Le responsable, qui répondait également aux questions des parlementaires, a fait état d’une baisse de 52% des recettes touristiques, jusqu’à mercredi 2 juin 2021, par rapport à 2020.

Le vice-président de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH), Hichem Idriss, a pour sa part démenti les accusations de détournement de fonds à l’étranger par les hôteliers », précisant que la majorité des propriétaires d’établissements touristiques sont des «patriotes». «Le détournement de fonds à l’étranger est devenu impossible avec les nouvelles mesures du Gafi», a-t-il précisé.

Intervenant lors de ce débat, le député Noomane El Euch a évoqué les abus et les comportements qui enfreignent la loi de certains propriétaires d’hôtels, citant en exemple l’atteinte au domaine public maritime et les dépassements en termes de conception et d’architecture.

Les professionnels du secteur bénéficient de nombreux privilèges accordés par l’Etat en plus de la consommation des produits subventionnés, a rappelé le député, revenant sur les dettes que les propriétaires d’hôteliers n’ont pas encore payées aux banques et aussi «les factures d’eau et d’électricité impayées par plusieurs unités touristiques».

Les parlementaires intervenant à ce dialogue avec les acteurs du secteur touristique ont été unanimes pour souligner la nécessité de développer le produit touristique et de promouvoir les créneaux du tourisme culturel, le tourisme médical, les séminaires et le tourisme d’affaires.

Le secteur de la restauration touristique a besoin de réformes

Le secteur de la restauration touristique qui emploie directement 16 mille personnes toutes spécialités confondues et offre 90 mille postes d’emploi d’une manière saisonnière, a besoin d’une refonte de réglementation archaïque qui le régit, selon le premier vice-président de la Fédération tunisienne des restaurants touristiques (Ftrt) Foued Bouslama.

Et d’ajouter que les restaurants touristiques classés par l’Office national du tourisme tunisien sont implantés dans 373 unités touristiques et totalisent une capacité d’accueil de 37.365 chaises, avec un chiffre d’affaires dépassant annuellement 378 millions de dinars, compte tenu des secteurs et des métiers qui s’érigent autour du secteur de la restauration touristique.

Le responsable a, par ailleurs, fait savoir que plusieurs pays misent aujourd’hui sur le tourisme gastronomique qui constitue un atout important de compétitivité, regrettant que le secteur de restauration en Tunisie soit confronté à plusieurs difficultés, dont essentiellement la réglementation archaïque qui le régit et qui entrave son essor.

Bouslama a aussi plaidé et à l’instar d’autres intervenants du secteur pour la création d’une Commission parlementaire dédiée au tourisme, à la culture et à l’artisanat pour réfléchir, de concert avec les professionnels, sur les révisions législatives à apporter pour s’adapter aux évolutions politico-socioéconomiques et culturelles que traverse le pays et satisfaire les attentes des Tunisiens.

La Ftrt prépare un projet qui sera soumis aux professionnels du secteur et qui prône l’organisation de journées parlementaires touristiques afin de rapprocher les législations des vraies préoccupations du secteur. Les professionnels du secteur ont procédé en 2014 à la mise en place d’une structure légale (la Ftrt) qui les regroupe autour d’objectifs socioéconomiques et culturels communs. Ces objectifs concernent particulièrement le renforcement de la formation, la mise à niveau des activités touristiques, le développement et la révision des lois et législations régissant le secteur et la promotion de l’art culinaire tunisien, a-t-il rappelé.

La Fédération a fait preuve, depuis, de bonne gouvernance et de transparence, ce qui lui a valu d’être membre de l’Organisation mondiale de la gastronomie, du bureau du fonds de développement de la compétitivité dans le secteur touristique, de la commission mixte du secteur touristique et du Comité de classification des restaurants touristiques, selon ses propos.

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