Dix ans de calvaire et de descente aux enfers. La Tunisie est aujourd’hui un pays qui sombre sur tous les plans : économique, social, politique… Le coup de gueule adressé par le SG de l’Ugtt, Noureddine Taboubi, à tous les protagonistes politiques est un coup de semonce qui précède la tempête dont les signes avant-coureurs sont en train de prendre forme!

Dérive totale de tous les indicateurs qui ont viré au rouge depuis longtemps et ont creusé davantage le lit des disparités sociales. Le Covid-19 n’a fait que mettre en exergue la dislocation des institutions de l’Etat et leur incapacité à faire face à une pandémie qui sévit avec force dans les régions les plus défavorisées, emportant dans son sillage des milliers de vies humaines. La justice, point cardinal de la démocratie, révèle chaque jour que le système a été instrumentalisé en vue d’un règlement de comptes entre les belligérants et non pour trancher en toute indépendance les affaires en cours. L’affaire Nabil Karoui, dont la détention préventive a été prolongée illégalement, a mis le feu aux poudres chez les défenseurs des droits humains. Elle a levé le voile sur la situation déplorable de quelque 17 mille détenus sans raisons probables. Le dossier de la confiscation des biens, une mesure exceptionnelle, n’a pas encore été tranché. Ainsi plus de deux mille biens (2.309) meubles et immeubles et droits ont été confisqués au profit de l’Etat tunisien et 410 décisions de confiscation ont été émises par la Commission nationale de confiscation, jusqu’au 30 mai 2021, traînent encore dans les tiroirs des juges.

Le limogeage d’Imed Boukhris, président de l’Instance nationale de lutte contre la corruption, vient compromettre tous les espoirs fondés sur cet instrument censé combattre le fléau. Le combat de coqs entre les têtes du pouvoir exécutif et législatif bat son plein, faisant fi des souffrances quotidiennes des citoyens et de leurs soucis immédiats. Le pouvoir d’achat qui s’érode à vue d’œil vient plomber les frêles épaules des Tunisiens en butte à des augmentations successives des prix des aliments de base. Rien n’est plus sûr dans ce pays où il faisait bon vivre, exposé à un niveau élevé de criminalité et de banditisme au grand jour. Les policiers dont les rangs sont gonflés se concentrent sur des tâches répressives qui marquent un retour plus marqué aux anciennes pratiques qu’on croyait révolus. Le terrorisme et l’extrémisme violent ainsi que les discours de la haine trouvent dans cette situation un terreau fertile pour recruter et encadrer à tour de bras des jeunes désespérés. La voie du salut est semée de beaucoup d’embûches et la marge de manœuvre se rétrécit. La voix de la Tunisie dans les tribunes internationales est dissonante et ne fait que refléter l’état déplorable d’un pays à l’image d’un bateau ivre dans une mer agitée. Tout ce qui été bâti depuis l’Indépendance est en train de voler en éclats. Le toit du pays risque de s’effondrer à tout moment. On danse sur un volcan dont l’éruption est imminente alors que les maîtres des horloges s’endorment, sur leurs lauriers. Le plus spectaculaire de cette agitation est sans conteste la scène navrante et désolante à laquelle les Tunisiens ont droit à chaque plénière à l’Assemblée des représentants du peuple. Les sautes d’humeur des députés et leurs foucades dévoilent la réalité de leur pensée. Les hommes politiques, les experts en économie, les syndicalistes regardent froidement de haut le peuple qui se saigne aux quatre vaines pour survivre au jour le jour. Ils sont imbus d’eux-mêmes et persuadés d’être les meilleurs et les seuls citoyens capables de sauver le monde. Face à eux, les ténors de l’opposition ne sont pas non plus capables de mettre leur ego de côté pour tracer la voie du salut. Pour le dire crûment, tous les ingrédients d’un cocktail détonant sont réunis. Les Tunisiens ne resteront pas longtemps les bras croisés à observer cet improbable champs de bataille où les protagonistes se rendent coup par coup alors que les urgences sont plus que jamais légion. C’est que la désepérance chronique continue de s’écrire et elle augure troubles et tensions. Ils prient pour un élan salvateur avant que la déflagration n’emporte tout dans son sillage.

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