À l’approche du baccalauréat et des examens nationaux, Ridha Zahrouni, président de l’Association des parents et des élèves, dresse un bilan sévère de l’école publique tunisienne, qu’il place « au bas du classement ». Lors de son intervention sur les ondes de RTCI, il dénonce plusieurs maux structurels qui creusent les inégalités et compromettent l’avenir des jeunes.
Les cours particuliers illustrent parfaitement le dysfonctionnement du système. Coûtant environ 100 dinars par mois et par matière, ils sont inaccessibles à 80 % des familles tunisiennes. Un élève qui n’en bénéficie pas a « pratiquement aucune chance de réussite ». Zahrouni souligne également que les enfants, surchargés entre cours officiels, cours privés et révisions, n’ont plus de temps pour le repos ou les activités extrascolaires. Plutôt que de combattre ces cours, il interroge les raisons qui rendent leur recours obligatoire pour réussir.
Décrochage massif et échec structurel
Chaque année, 100 000 élèves quittent le système avant 16 ans, soit 50 % d’une génération. La moitié de la population tunisienne a un niveau inférieur ou égal au primaire. Sur une classe d’âge, moins de 4 % obtient le baccalauréat. Zahrouni dénonce l’indifférence face à cette « hémorragie silencieuse » qui dure depuis quarante ans. Il estime son coût pour l’État à 3 milliards de dinars sur dix ans, sans compter les sacrifices financiers des familles.
Selon lui, la réforme de 1991, qui arabise les matières scientifiques au primaire et au collège avant de repasser au français au lycée, est désastreuse. Ce changement brutal provoque un choc terminologique et une perte de temps scolaire, car les chapitres doivent être repris dans l’autre langue. Conséquence : seulement 5 % des candidats au bac choisissent la filière maths, alors que c’est celle qui réussit le mieux. Zahrouni affirme que la maîtrise insuffisante du français explique en partie les difficultés en mathématiques (72 % des élèves en souffrent), contrairement aux pays de l’OCDE où 60 % des jeunes de 15 ans maîtrisent correctement cette discipline.
Refus des « écoles de deuxième chance »
Le responsable associatif rejette ces formules qu’il juge dangereuses, car elles normalisent l’échec de la première chance. Selon lui, un jeune de 16 ans qui ne sait ni lire ni calculer ne pourra guère saisir une telle opportunité. Ces discours sur la formation professionnelle ne font qu’anesthésier la conscience collective sans résoudre le problème.
Un plan ministériel sans objectifs chiffrés
Zahrouni critique vivement le plan actuel du ministère (« école attractive », « école numérique », etc.), qu’il juge creux car dépourvu d’engagements quantifiés. Il propose un objectif clair : réduire le décrochage de 100 000 à 25 000 élèves par an en dix ans. Il déplore aussi l’absence de redevabilité : aucun ministre ne rend compte des résultats de sa politique.
Il rappelle que la Constitution de 2022 prévoit un Conseil supérieur de l’éducation, mais craint qu’il ne serve d’alibi pour justifier l’immobilisme. Ce conseil devrait avoir un rôle transversal, coordonnant Éducation, Supérieur, Formation, Sport et Culture pour définir les spécialités d’avenir et construire les programmes en conséquence, de la maternelle à l’université.
Zahrouni appelle à cesser les « discours d’apaisement » et à engager une réforme structurelle profonde, seule capable de restaurer l’égalité des chances et la gratuité effective de l’école publique.



