
Le deuxième dimanche de ce mois, la Tunisie a célébré la fête nationale de l’arbre. Et, bien sûr, celle de l’environnement et de la nature. Malheureusement, nous sommes contraints d’évoquer le sort d’un espace vert très mal en point et qui n’est autre que le parc urbain de Carthage ou “montazah” de Carthage.
Ceux qui ont bien connu la belle ville de Carthage constatent que les belles images du passé font partie des souvenirs. Il y a quelques décennies, cette cité tranquille offrait un aspect de calme et de sérénité. Tous les espaces publics y étaient ouverts devant tout le monde.
20 ans déjà !
Que s’est-il passé pour que cette cité millénaire se referme, aujourd’hui, sur elle-même et que les citoyens n’aient plus droit d’accès à certains espaces publics. On se rappelle qu’il y avait deux très beaux espaces verts juste à côté de la station du TGM. L’un, jouxtant l’ancienne municipalité, fut cédé à la délégation de Carthage, l’autre transformé en club privé de tennis. Donc, plus aucun accès pour les simples citoyens carthaginois. Et d’un ! De deux, et c’est plus grave, le parc, étant sur le point de fêter ses 20 ans, est à l’abandon. Les visiteurs l’ont déserté, depuis qu’il a commencé à être occupé par des individus qui réclament un droit d’entrée. On s’explique. Il y a quelques années, on avait affiché des panneaux à l’intérieur de ce parc interdisant aux visiteurs d’apporter avec eux des sandwiches ou des bouteilles d’eau! Nous nous sommes fait l’écho de ces mesures bizarres en juillet et septembre 2017. Le but étant de permettre à certains de vendre eux-mêmes ces produits dans le parc. Aujourd’hui, cet espace vert n’est plus que l’ombre de lui-même.
L’espace se rétrécit comme peau de chagrin
Pour y entrer, il faut montrer patte blanche. A la porte d’entrée, on vous demande si vous avez une voiture. En effet, on doit payer le stationnement ! Si l’on choisit de parquer sa voiture dans l’immense parking, c’est la même chose. Pour ceux qui s’en rappellent, cet emplacement était une “sénia”. Lorsqu’il a fallu créer ce bel espace vert de près de 9 ha, sur un total de 10 ha que compte Carthage, on l’a transformé en parking. Ce dernier servait, gratis, et pour les visiteurs du Montazah et pour les festivaliers du théâtre romain de Carthage. Aujourd’hui, le parc urbain est en train d’être grignoté. A un certain moment, on avait aménagé un espace pour un café, puis, un autre encore plus important réservé à un terrain de tennis. Les habitants auxquels cet espace avait été destiné, en premier, assistent à la réduction progressive d’un lieu dont ils avaient salué la création. Quand on pense qu’à l’origine, ce parc allait comprendre ce qu’on appelle un jardin andalou, une fontaine, un jardin des roses, un espace pétanque, le parking, un espace familles, un autre de jeux..etc, on ne peut qu’être sidéré devant l’état pitoyable dans lequel il se trouve. Pourquoi se demanderait-on. Est-ce par manque de moyens ?
Privatisation rampante
En tout cas, on ne peut s’empêcher de soupçonner un laisser-aller délibéré qui servirait de prélude à une éventuelle privatisation. On aimerait bien se tromper. Mais c’est ce que pensent beaucoup de riverains. Un conseil à donner à ceux qui veillent sur cette cité: un peu plus d’intérêt doit être accordé à chaque endroit. Car rien ne doit être négligé. En particulier, en cette période où on honore l’arbre.
Officiellement, on estime à 3.5 ha les espaces plantés d’arbres, dont une bonne partie a été coupée ou cédée sous le poids des branchages et n’a pas été remplacée. Le fait de poser des clôtures, comme on l’a fait pour certains endroits, n’est pas la solution appropriée. Ces bois ont besoin d’être entretenus. Tout bonnement !
Or, ce que l’on voit ne donne pas cette impression. Les gravats qui jonchent les abords de ces espaces en sont une illustration frappante. C’est le cas tout le long de la voie qui passe devant l’amphithéâtre romain, jusqu’au niveau de l’école primaire de la cité Carthage-Mohamed Ali.