
L’agriculture numérique ou intelligente dans le monde connaît une véritable révolution. La Tunisie, qui bénéficie d’une multitude de ressources agricoles diversifiées, allant des céréales aux agrumes en passant par les olives, est confrontée à des défis tels que le changement climatique, la raréfaction de l’eau et la nécessité d’améliorer la productivité pour répondre à une demande croissante.
L’agriculture intelligente s’impose donc avec acuité avec l’introduction de technologies avancées. Ces dernières ouvriront désormais de nouvelles opportunités pour les agriculteurs, leur permettant d’optimiser leurs pratiques agricoles.
La Presse — Selon les expériences mondiales, par le biais de capteurs IoT et de drones, les agriculteurs peuvent désormais surveiller en temps réel l’état de leurs cultures, détecter les signes de stress hydrique ou de maladies, et prendre des décisions éclairées pour améliorer les rendements. De plus, les fermes intelligentes utilisent des systèmes d’irrigation basés sur des données météorologiques et des informations sur l’humidité du sol, favorisant une utilisation efficace de l’eau et réduisant le gaspillage.
En Tunisie, le nouveau projet « TEC-EAU » a été récemment lancé, projet qui mise sur les technologies innovantes pour renforcer l’offre en eau face à la crise hydrique. Pour rappel, en 2025, la disponibilité annuelle en eau douce est tombée sous les 450 m³ par habitant, bien en dessous du seuil de pénurie fixé à 1.000 m³. Cette situation est exacerbée par des sécheresses prolongées, une urbanisation rapide et une agriculture qui consomme près de 80 % des ressources hydriques.
Face à cette urgence, le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, en partenariat avec la FAO, a lancé au mois de juin 2025 le projet TEC-EAU (Technologies innovantes pour renforcer l’offre en eau), une initiative nationale pour tester des solutions technologiques adaptées aux défis climatiques et hydriques du pays.
Quatre technologies
Le projet TEC-EAU a pour objectif d’évaluer l’efficacité de quatre technologies innovantes dans différentes régions pilotes du pays, en réponse aux défis croissants de la pénurie d’eau. La première solution consiste à utiliser des films monomoléculaires, appliqués à la surface des barrages afin de réduire l’évaporation des eaux stockées de 30 à 50 %, cette technologie est actuellement testée dans les retenues de Zaghouan et de Siliana.
La deuxième innovation concerne l’installation de panneaux photovoltaïques flottants sur les plans d’eau à Sidi Bouzid et Kairouan. Ceux-ci permettent non seulement de produire de l’électricité à partir d’une source renouvelable, mais aussi de limiter l’évaporation en créant de l’ombrage à la surface de l’eau.
Une troisième piste explorée est celle de l’ensemencement des nuages, expérimenté dans les zones semi-arides telles que Gafsa et Kasserine. Cette technique vise à stimuler les précipitations en injectant dans les nuages des substances hygroscopiques, capables d’attirer l’humidité.
Enfin, le projet explore la construction de barrages souterrains dans les régions désertiques comme Tataouine et Médenine. Ces infrastructures permettent de capter les eaux de crue temporaire et de recharger efficacement les nappes phréatiques, tout en limitant les pertes liées à l’évaporation. Chacune de ces solutions est adaptée à un contexte géographique spécifique et s’inscrit dans une logique de gestion durable et territorialisée des ressources en eau.
Un modèle pour la région
Le représentant de la FAO en Tunisie, Mohamed Amrani, a indiqué que « les résultats du projet pourraient servir de référence pour d’autres pays confrontés à des défis similaires ». En intégrant des solutions à la fois hydriques et énergétiques, TEC-EAU s’inscrit dans la stratégie nationale de transition écologique et énergétique.
Les premiers résultats des expérimentations du projet sont attendus d’ici fin 2025. En cas de succès, une phase de généralisation pourrait être lancée dès 2026, avec le soutien de bailleurs internationaux comme la Banque mondiale et la Banque africaine de développement. Le projet prévoit également des actions de formation pour les techniciens et les agriculteurs, ainsi qu’un cadre réglementaire pour encadrer l’usage des nouvelles technologies.
C’est dire que grâce à ces technologies avancées, les agriculteurs peuvent accroître leur productivité en optimisant l’utilisation des ressources, améliorer la qualité de leurs cultures et augmenter leur rendement global. Bien que l’agriculture soit un secteur économique important en Tunisie elle n’a pas adopté ces dernières années de pratiques durables et modernes. Les initiatives pour une agriculture intelligente, durable et résiliente sont très faibles.
Les plans et stratégies pour l’agriculture n’assurent pas sa transformation en un secteur intelligent et durable. Cela conduit à une utilisation efficace des ressources et menace ainsi la réalisation des activités agricoles.
Dans le cadre d’un nouveau modèle économique et social vert en Tunisie il est important d’adapter les pratiques agricoles aux nouvelles donnes climatiques. Utiliser les nouvelles technologies pour l’optimisation des ressources s’avère primordial pour développer le secteur agricole. Le potentiel de la Tunisie en matière d’agriculture climato-intelligente est immense mais faiblement exploité de nos jours.
Stress hydrique : le risque persiste
Selon l’Institut national de la météorologie (INM), les températures devraient rester supérieures aux normales saisonnières dans plusieurs régions agricoles, avec un risque de stress hydrique accru. Cette situation pourrait impacter les cultures pluviales, notamment le blé dur, alors que la Tunisie tente de redynamiser sa filière céréalière après plusieurs années de sécheresse.
En ce qui concerne le blé dur, les agriculteurs attendent avec attention les premières estimations officielles sur les rendements céréaliers. Ces chiffres seront décisifs pour estimer le niveau d’autosuffisance et anticiper les besoins d’importation, dans un contexte de volatilité des prix mondiaux.
L’été est aussi la saison des fruits, avec l’arrivée sur les marchés des pastèques, abricots, cerises de Sbiba ou encore des figues de Djebba. Ces produits de terroir attirent autant les consommateurs locaux que les acheteurs étrangers. Pour les producteurs, cette période est stratégique de point de vue qualité, logistique et timing qui font toute la différence pour valoriser la production. Un autre enjeu majeur s’impose: la disponibilité de l’eau d’irrigation.
Grâce à des précipitations plus importantes que l’année précédente, les réserves hydriques nationales ont atteint 974,5 millions de mètres cubes au 28 mai 2025, soit un taux de remplissage de 41,1 %, selon l’Onagri. Cependant, cette moyenne nationale dissimule des disparités marquées entre les différentes régions agricoles.
Les barrages du nord affichent un taux de remplissage relativement satisfaisant de 47,9 %, garantissant une certaine stabilité pour l’irrigation. En revanche, la situation est nettement plus préoccupante dans le centre du pays, où les réserves atteignent seulement 14,9 %, mettant en péril plusieurs exploitations dépendantes de l’eau stockée.
Le Cap Bon, quant à lui, enregistre un taux intermédiaire de 30,1 %, soulignant des défis persistants pour l’accès à l’eau. Ces écarts révèlent une pression continue sur certaines zones agricoles, où la gestion rigoureuse des ressources hydriques reste une priorité absolue pour assurer la pérennité des cultures et la viabilité des exploitations.