Par Larbi DEROUICHE

A l’époque du noir et blanc, tout le beau monde de téléspectateurs était, lors des soirées de Ramadan, réglé comme du papier à musique.
Une grille unique, mais fantastique
Ceci, à la manière scoutique et du parti politique hélas seul et unique ! Une seule chaîne, une seule grille, une seule… à regarder ou… (rarement) à lui tourner le dos. Lorsque la série de «Haj Khlouf» (de Hammouda Maâli), «Oumi Traki» et «Oum Abbès» (de la superbe Zohra Faïza) et le feuilleton «Khatini», etc. occupent l’écran, toutes les familles étaient tout ouïe et tout oreilles. Pas âme qui vive dans la rue… sauf les meutes de chats qui fouinent dans les restes des repas et se chamaillent, se querellent, en miaulant à s’en déchirer les tympans, pour s’accaparer la part du lion…

L’embarras du choix
Aujourd’hui, avec la diversité des chaînes et la large panoplie de menus, le téléspectateur ne sait plus à quelle chaîne donner de la tête et prêter les oreilles et les yeux, surtout en «prime time».
Pour notre seconde chaîne nationale, le problème ne se pose pas. C’est son problème. Puisque, en prime time, elle s’est fait délibérément marquer aux abonnés absents à travers la présentation au quotidien du «plat» des vieux jours, toujours réchauffé, en l’occurrence la sitcom «Choufli hal» qui n’a pas «su» trouver, jusqu’à présent, une solution pour «se faire épargner» des misères imméritées par une série en or, convertie en «plaqué or», pour ne pas dire en vulgaire acier. «Faute de grives, on vous sert des merles!», semblent nous dire et redire les messieurs de la Nationale 2. Faute de plats chauds, l’on nous sert douze mois sur douze des plats réchauffés, au jour le jour. Les seuls gagnants dans cette sécheresse de bonne matière sont les enfants nés le jour où Sbouï nous a dit son premier bonjour, avant de nous dire «Adieu !» pour toujours, même en se faisant marquer présent à la télévision chaque jour. Les heureux nés de la dernière couvée ont, au moins, eu l’occasion et le plaisir d’en rire à loisir et de se mettre à jour avec leurs aînés. Ayant envie de pleurer le surplace, la sécheresse et l’aridité, l’air de se dire : «L’on s’en moque éperdument comme de l’an quarante!», selon la vieille interjection française.

L’inversion forcée
Le problème de l’occupation du prime time de se poser aussi pour «El Hiwar Ettounsi» qui a vu la Haica lui bouleverser la programmation. Ceci, après lui avoir interdit de passer le feuilleton de «Ouled Moufida» en prime time, dont certaines scènes et séquences sont considérées quelque peu blessantes de la pudeur et de la morale sociale et familiale. La solution de rechange a été la programmation de «Tej El Hadhira», qui a fait le prime time de la grille ramadanesque de l’année dernière.
Ce genre de feuilletons est appréciable et fort édifiant pour les jeunes générations, pour la plupart, avec «diverses» chroniques de l’histoire de leur pays. L’ère beylicale demeure mystérieuse pour beaucoup d’entre eux, surtout que Bourguiba avait fait de son mieux pour faire de l’obstruction et aussi abstraction de règne beylical, un règne cauchemardesque pour le Combattant suprême; ceci du fait qu’il avait été à l’origine de la colonisation de la Tunisie par la France. D’ailleurs, Ben Ali, en retour, devait jouer le même tour pour le «Zaïm», l’homme fascinant et encombrant pour l’homme limité et effacé, ayant tant traîné un complexe d’infériorité…

Le casting à l’index
Si, au niveau du thème et du fond, la série a été jugée, somme toute, satisfaisante, pour le reste, il y a peut-être à boire et à manger. Le casting ne nous a pas semblé réussi. Surtout en ce qui concerne l’attribution du rôle du bey. Celui-ci ayant semblé mal dans sa peau, avec sa couronne le hissant au sommet de la hiérarchie gouvernante du pays. Présence, charisme, carrure, allure, élocution, etc. autant de points faibles qui ont fait de lui l’ombre d’un Bey ! Pourtant, tout près de lui, il y avait Hichem Roustom, ne s’étant pas vu confier le rôle principal — l’on ne sait trop pourquoi — Le grand Roustom aurait bien pu faire l’affaire, «élever le niveau du produit et sauver la mise…».
L’on aurait dû, dans ce feuilleton, focaliser sur la manière dont les beys géraient les affaires publiques de la «raïa», à la manière du feuilleton turc si célèbre «Harim Essoltane».
Un détail n’a pas été en outre sans attirer l’attention. Il est à l’actif du scénariste et ses assistants. Il a trait aux habitudes culinaires des beys qui étaient friands du plat succulent de gombo (gnaouia) à la sauce tomates fraîches. Les Beys étaient les premiers à faire planter cette espèce végétale chez nous, à La Marsa, leur cité résidentielle et le fief du trône. D’origine turque, cette plante, aux vertus et bienfaits (surtout laxatifs) énormes, devait connaître une propagation et un succès grandissant un peu partout ailleurs, là où la nature du sol était propice.
Le gombo était considéré comme étant produit noble, puisant son titre de la noblesse beylicale de l’époque. Et jusqu’à présent, qui dit «gnaouia» dit «marsaouia».

D’une pierre, deux coups !
Enfin, un dernier mot sur la série «el Machaâr», diffusée simultanément par El Hiwar Ettounsi, Carthage, Ettassiaâ, en sus de certaines chaînes turques.
Pour une fois, le téléspectateur n’a pas l’embarras du choix ! Il s’agit d’un produit multinational. Le metteur en scène est turc. Les acteurs sont en majorité algériens. Alors que les Tunisiens sont, on ne sait trop pourquoi, minoritaires. Le lieu de tournage est — Dieu merci — la Tunisie, qui s’est vu attribuer un privilège incommensurable s’agissant d’un support touristique de très haute portée. D’autant que le metteur en scène a fait son tournage dans les quatre points cardinaux du pays, multipliant ses zooms sur les sites les plus superbes et les plus captivants : plages, hôtellerie, paysages forestiers et sahariens, sites archéologiques, etc.
D’ailleurs, réalisateur, scénariste et metteurs en scène turcs ont toujours mis du leur dans leurs chefs-d’œuvre pour donner un coup de pouce salvateur et promouvoir le tourisme turc, en mettant en valeur et en faisant découvrir au monde entier les mille et un charmes du pays cher à Mustapha Kamel Ataturk. Qu’on fasse désormais de même pour le pays non moins cher à notre cher Bourguiba. L’on ferait ainsi d’une pierre deux coups.

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