Défense du consommateur | Lait : clientèle «mendiante» et… vente conditionnée

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La baisse de lactation s’installe dans nos murs depuis voilà des semaines. Le stock stratégique de lait, incapable d’intervenir pour rééquilibrer l’offre et la demande, n’est pas pour arranger les choses et favoriser l’arrêt de la diarrhée d’infractions économiques y afférentes. Idem pour notre trésorerie trébuchante, incapable, elle aussi, de se rabattre sur l’importation, propre à réguler le marché. Détails.

Les péripéties de l’histoire remontent à vendredi dernier, 26 novembre. Lieu ? Bizerte, route panoramique.

Au trot… au galop !

Réveillé en sursaut par sa douce moitié, lui apprenant que sa cuisine est à court de la moindre goutte de lait, le maître des lieux saute du lit, fait une toilette de chat, se rhabille en vitesse et compte sur la solidité de ses jambes pour prendre la direction de l’épicerie la plus proche, au trot… au galop ! Espérant pouvoir mettre les quatre doigts et le pouce sur l’insaisissable denrée de première nécessité, par ces temps de vaches maigres et peu généreuses et s’éviter l’orage de la scène de ménage.

Soulagement et désenchantement !

Et, à son grand soulagement, voilà qu’il voit pointer à l’horizon un gigantesque camion stationnant devant un commerce de produits alimentaires. Il y accède plus vite que la musique, lançant un long «salamalikoum», pour réclamer humblement (pénurie oblige !) un ou deux paquets. «Bah lait !», lui signifie désolément l’épicier.

La même rengaine !

– Alors que fait ce poids lourd qui «trône» tout près de chez vous, cher ami ?

– Il est là pour m’approvisionner, avant de négocier avec le distributeur.

– Négocier ? Quoi négocier, monsieur.

– Combien de sticks de lait contre le nombre de cageots de yaourt. Et si vous voulez du lait, je vous le sers immédiatement : deux paquets de lait contre au moins deux pots.

– Savez-vous que la vente conditionnée est interdite par la réglementation économique.

– Dites ça au distributeur et non à moi.

– Sachez, monsieur, que j’ai besoin d’acheter du yaourt, mais surtout pas au prix de chantage et diktat! Je ne suis pas né de la dernière couvée.

Pour vérifier l’authenticité de la version de l’épicier, le client devait tôt faire de quitter les lieux et rejoindre le distributeur concerné pour le questionner. Et c’est encore la même rengaine : «Désolé, monsieur, nous n’y sommes pour rien. Nous exécutons les instructions de notre patron.

Nez à nez avec « M. contrôle » !

La mort dans l’âme, le client « mendiant » prend note des coordonnées du camion et disparaît dans le premier taxi, prenant le cap sur le centre-ville, espérant pouvoir exaucer son vœu cher du jour et dire aux services économiques «Bonjour !».

Et comme le hasard, la chance et la providence font parfois si bien les choses, il s’est subitement trouvé, en faisant ses emplettes au marché communal, nez à nez avec le maître régional de l’administration concernée ! Il a dû le reconnaître et connaître son es-qualités, à travers ses discussions avec les marchands, tourbillonnant dans l’enceinte du marché. L’homme prend son courage à deux mains et aborde le gentil bonhomme, costumé, cravaté et bien mis, et se présente à lui en tant que consommateur averti, quoique le cadre ne s’y prête pas…

– Monsieur, excusez-moi. Je ne vous dérange pas ?

– Pas du tout, répond le brave « M. contrôle », arborant un large sourire. Je suis à votre service. Dites !

Bonne note prise

Et le plaignant se met à lui faire part de son vain parcours du combattant et aux transgressions enregistrées quotidiennement dans nos commerces, établis à Bizerte tout autant qu’aux quatre points cardinaux de nos périmètres.

Après lui avoir tendu attentivement l’oreille, le fonctionnaire hors service en prend note et promet de le recevoir dans ses services. Lui rappelant qu’il existe un numéro d’appel consacré aux doléances du consommateur, soit le : 80.100.191

Cela dit, il convient de formuler les remarques ci-après :

Aux abonnés absents !

– Ce numéro répond rarement aux appels des consommateurs au cas où ils le connaissent ou le retiennent. Ceci en raison du nombre, semblant extrêmement insuffisant, des opératrices en poste

C’est pour cela qu’il serait tout indiqué de réserver à ce précieux service tout un centre d’appel et d’assurer un suivi aussi constant que convenable aux réclamations… «On n’attrape pas le lièvre par un tambour», dit le vieux proverbe.

Il serait aussi non moins indiqué d’afficher ce numéro-clé d’une manière ostensible et indélébile sur les façades des marchés communaux, des supermarchés et des hypermarchés du pays. Cela serait la façon idoine de mettre les commerçants peu scrupuleux sur leurs gardes et de leur faire sentir qu’ils seraient à tout moment en proie aux poursuites pour des délits économiques…

Renfort et motivation

Renforcer les effectifs du corps de contrôle en exercice dans les différentes régions proportionnellement aux dimensions économiques de celles-ci. Ceci sans négliger les motivations matérielles, à prévoir à leur profit. Ce qui contribuerait à les mettre à l’abri de toute tentation. D’autant que l’enjeu est souvent de taille dans ce domaine et ce marécage où nagent allégrement les gros poissons, moyennant le système «D», si fréquent, pour se faire des mille et des cents indûment, grâce à la connivence de ceux qui auraient vendu leurs âmes au diable !

Adviendra que pourra !

Il aurait été impérieux, dès l’avènement de la période de basse lactation, conjuguée à l’amenuisement du stock stratégique de lait, de songer à injecter sur le marché des quantités minimes suffisantes de lait, pour rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande. Et, par là même, épargner aux consommateurs ces courses matinales folles et cet éternel parcours du combattant en quête d’un ou deux paquets de lait ! Ceci aux dépens de leurs obligations professionnelles !

Lorsqu’on a une ribambelle de bambins sur les bras, on ne pense qu’à eux et non aux retards et aux questionnaires. Nulle âme sensée n’encourage, ni ne bénit l’école buissonnière. Mais si on oblige l’employé à le faire par ces temps de pénuries tournantes (avec une mention spéciale pour une denrée d’une si haute nécessité, telle que le lait) on n’hésiterait guère à le faire coûte  que coûte ! L’air de se dire «adviendra que pourra !».

Vouloir c’est pouvoir

Nul ne disconviendrait que notre trésorerie publique est à l’étroit. Mais quoi qu’il en soit, il aurait été possible de résoudre ce problème d’une manière ou d’une autre. Surtout que d’autres denrées alimentaires, beaucoup moins prioritaires, sont disponibles sur le marché.

Tenez, il n’y a pas si longtemps, j’ai entendu dire au marché de Bizerte un citoyen avisé, sortant de ses gonds : «Mais diantre ! Comment exige-t-on du corps de contrôle d’accomplir son devoir, si le pouvoir s’abstient à accomplir le sien ?».

Pour la commodité de la narration…

J’allais clore ma prose, sans vous livrer cette confidence : le héros, malgré lui du récit rapporté, n’est autre que votre serviteur dévoué. Pour la convenance de la narration, il a préféré conjuguer ses verbes au mode indicatif présent. Son es-qualités lui a permis d’obtenir l’accord de principe du maître régional abordé, pour réaliser un entretien de presse dans les meilleurs délais. Pour creuser, comme il se doit, ce sujet, en débattre d’autres avec dextérité et bien satisfaire notre curiosité sur les problèmes commerciaux d’actualité.

Donc à bientôt !               

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