Quand Sami Tahri, l’un des leaders les plus influents et les plus médiatisés de la centrale syndicale ouvrière, soutient que la solution idoine, voire exemplaire, pour résoudre la crise multidimensionnelle dans laquelle a basculé la Tunisie réside dans la mise en œuvre, aussi rapidement que possible, d’une feuille de route claire et précise, il faudra prêter l’oreille.

Le porte-parole officiel de l’Ugtt ajoute que l’implication du plus grand nombre d’acteurs, avec à leur tête l’Ugtt, aux pourparlers permettrait d’apporter plus de crédibilité, de chance et de succès à ladite feuille de route. Le secrétaire général adjoint renchérit que les intervenants de la scène politique et sociale sont en droit de prendre part à la mise en place de ce programme d’envergure nationale.

L’Ugtt est en train de pousser vers l’instauration d’un dialogue national qui ne dit pas son nom et qui devra, selon les dirigeants de la place Mohamed-Ali, tracer les grandes lignes des politiques à entreprendre dans cette Tunisie post-25 juillet.

Qu’a décelé la direction de l’Ugtt dans les messages envoyés quasi-quotidiennement par le Président Kaïs Saïed à la classe politique, à l’élite intellectuelle, aux organisations nationales et la société civile ? Une fois le choc passé, chacune de ces composantes interprète selon ses codes et paramètres les messages, voire les avertissements, présidentiels adressés à chacune de ses apparitions.

Laissons de côté ceux qui affirment qu’ils sont au parfum des nouveaux projets, voire des annonces imminentes du Président. Il est clair que tout le monde nage dans le brouillard. L’Ugtt, fortement incommodée par cet état de fait, tente d’émerger du lot et faire entendre sa voix.

Du côté de Carthage, il semble qu’il y ait une fin de non recevoir à toutes les sollicitations, qu’elles soient explicites ou camouflées. Mais encore, Kaïs Saïed l’a dit explicitement, qu’il est au fait des manœuvres des uns et des autres pour conquérir qui un portefeuille ministériel, qui un siège confortable et qu’il en est déçu. Lors de sa dernière entrevue avec le ministre de la Santé, le Président a été clair, dénigrant sans autre forme de procès cet opportunisme à la petite semaine. Révélant qu’il a parié sur certains, sans les nommer, mais qu’il a fini par découvrir leurs véritables intentions.

Aujourd’hui, la bataille contre la corruption et la contrebande bat son plein. La sécurité nationale se trouve menacée sur les frontières tuniso-libyennes. La Tunisie est sous la pression insistante et contradictoire de parties étrangères. L’heure est grave. Sans parler de la guerre médiatique engagée par quelques supports étrangers, soutenus par des lobbies dont les accointances avec les islamistes — les mauvais perdants du 25 juillet — ne sont plus un secret pour personne.

Pendant ce temps, la place mythique Mohamed-Ali semble avoir perdu de son lustre et tente de trouver une voie. On y navigue à vue, usant des moyens disponibles, quelques déclarations médiatiques, des statuts sur les réseaux sociaux et des phrases volontairement ambiguës qui prêtent à plusieurs interprétations. Les dirigeants de la Centrale semblent vouloir croire qu’avec des coups de balai et quelques réajustements, le paysage sera assaini, libéré des corrompus, des corrupteurs et de leurs parrains et que le pays sera en mesure de redémarrer. Or, il semblerait que le bouleversement politique en cours n’a pas encore révélé tous ses secrets ni levé le voile sur la direction qu’il compte prendre.

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