Il y a un peu plus d’un mois, par une décision controversée du Chef de l’Etat, le parti Ennahdha se trouve relégué au second plan de la vie politique. Les Tunisiens, qui s’étaient habitués depuis 10 ans à l’omniprésence du parti islamo-civil, semblent s’être rapidement habitués à son absence autant du paysage que des sphères du pouvoir.

Dans ce contexte précis, le parti Ennahdha paraît quelque peu perdu et semble avoir du mal à réorganiser ses troupes. Le mouvement islamo-conservateur a visiblement du mal également à tirer les enseignements du 25 juillet 2021. Sur le plan interne, les dirigeants avancent en ordre dispersé. Leurs conflits jadis souterrains et tus sont révélés au grand jour et donnent l’apparence d’un parti qui se meurt, en cherchant coûte que coûte, par instinct de survie, à se maintenir dans la course, jusqu’à ce que le calendrier politique soit inévitablement tracé par le désormais tout puissant Kaïs Saïed.

A l’intérieur du parti de Montplaisir, les langues se délient et les dirigeants qui ont fait la pluie et le beau temps d’Ennahdha se livrent une guerre de positionnement, notamment par médias interposés. Le dernier à payer les frais de cette guerre intestine n’est autre que Imed Hammami, haut cadre dont l’adhésion a été gelée sur décision du président historique et indéboulonnable, Rached Ghannouchi.

En raison de ses nombreuses prises de position très critiques à l’égard de Ghannouchi et de son entourage, l’ex-ministre est rudement écarté. Il est néanmoins soutenu par un certain nombre de ses collègues qui appellent le parti à revenir sur cette décision «injuste».

La communication du parti Ennahdha n’est pas à la hauteur du moment

«Ennahdha gère à la fois la pression exercée par la présidence de la République, qui a le parti dans son viseur, une pression interne qui pousse la direction à faire les révisions nécessaires. Le parti est également confronté à la pression de l’opinion publique qui estime qu’Ennahdha est en large partie responsable de la perversion de la vie politique», explique le professeur Sadok Hammami, spécialiste de la communication politique.

Toujours est-il, à cause de ces scènes de ménage à répétition et en public, les journalistes se frottent les mains. En même temps, écarté du pouvoir d’un revers de la main, le parti de Ghannouchi tire finalement son épingle du jeu, en se maintenant, bon gré mal gré, dans l’agenda médiatique, faute de pouvoir impacter l’agenda politique. Selon le professeur Hammami, la communication du parti Ennahdha n’est pas à la hauteur du moment historique engendré par les décisions du 25 juillet. Toutefois, estime-t-il, en prévision d’éventuelles élections, le parti ne veut surtout pas déstabiliser son socle électoral, souvent attaché à la ligne du parti depuis une décennie. «La manière avec laquelle Ennahdha gère sa communication n’est pas du tout à la hauteur de la crise en elle-même, précise Sadok Hammami. L’idée de l’échec de la transition démocratique n’est pas du tout assimilée par ce parti».

Le flou que continue à entretenir Kaïs Saïed sur ses projets futurs va très certainement permettre au parti Ennahdha de mieux réorganiser ses rangs, en vue d’une éventuelle riposte politique. Reste que sur le plan sociétal, le Chef de l’Etat est aussi conservateur que le parti Ennahdha, fait valoir Sadok Hammami. Quelle que soit la réforme politique que va entreprendre le Président de la République, il est clair que le réservoir électoral d’Ennahdha va lourdement peser sur la balance.

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