Les partis politiques, les organisations nationales et internationales ainsi que les chancelleries étrangères urgent le locataire de Carthage à nommer le plus rapidement possible un gouvernement. Quelles sont leurs attentes ? Et quels dossiers visent-ils en premier ?

Depuis le 25 juillet dernier, il tient seul la barre du bateau Tunisie le commandant Kaïs Saïed et ses matelots obéissent à ses injonctions sans discuter. Jusque-là, l’impression générale chez la population lasse de dix ans de chienlit politique est que ce modèle fonctionne à merveille : un président qui décide et une administration qui applique. Un modèle qui a le mérite d’être clair, même si l’on ne connaît pas encore les réelles motivations du Chef de l’Etat. Mais malgré cet état de fait, les partis politiques, les organisations nationales et internationales, ainsi que les chancelleries étrangères urgent le locataire de Carthage à nommer le plus rapidement possible un gouvernement et a fortiori  un chef de gouvernement ou, à défaut, un Premier ministre, chargé d’appliquer la politique du Président.

Jusqu’à présent, Kaïs Saïed prend son temps, ne se laisse pas impressionner par les pressions. Peut-être aussi que le Chef de l’Etat garde encore à l’esprit la trahison politique qu’il a subie lorsqu’il avait pensé que la nomination de Hichem Mechichi allait lui permettre de piloter le gouvernement, avant que ce dernier ne fasse volte-face.

Pression supplémentaire

Toujours est-il que le dernier communiqué des principales puissances économiques partenaires de la Tunisie, le G7, vient mettre un coup de pression supplémentaire sur Carthage.

«Nous soulignons le besoin urgent de nommer un nouveau Chef du gouvernement, pour former un gouvernement apte à faire face aux crises économique et sanitaire auxquelles le pays est confronté», note le communiqué.

Quelle sera alors la mission de ce gouvernement et pour quelles raisons est-il si important ? Pour le chroniqueur politique Tarek Kahlaoui, contacté par téléphone, l’Etat tunisien ne peut se permettre de continuer à fonctionner sans personne à La Kasbah. «Historiquement et techniquement, La Kasbah tient un rôle important dans l’administration du pays, même dans un régime présidentiel», nous explique Tarek Kahlaoui.

Kahlaoui note, par ailleurs, que ceux qui appellent à la nomination rapide d’un chef de gouvernement insistent sur son importance dans la gestion de la crise économique. «Encore une fois, un Président de la République n’est pas forcément un fin connaisseur en économie, c’est la raison pour laquelle il a besoin d’un Premier ministre capable de traduire sa vision politique en politique économique», précise le chroniqueur politique.

Le dossier économique en premier

En ce qui concerne l’identité politique du prochain chef du gouvernement, Kahlaoui pense que le Chef de l’Etat ne semble pas enthousiaste à l’idée de la nomination de Marouen Abbassi, gouverneur de la Banque centrale, car visiblement, les deux hommes ne partagent pas la même vision de l’économie. «Cependant, certains de nos partenaires étrangers poussent vers la nomination d’un chef de gouvernement qui puisse, sur les dossiers économiques, prendre ses distances avec le Président de la République», ajoute Kahlaoui.

Le dossier économique est donc des plus urgents, et impose au Chef de l’Etat de stabiliser un gouvernement capable d’agir rapidement et efficacement.

L’omnipotence présidentielle ne peut avoir qu’un effet temporaire sur le moral des Tunisiens, mais, à termes, les citoyens réclameront des réponses concrètes à leurs préoccupations. Cela peut aller des prix du kilo de tomates, à la crise des fourrages, en passant par la crise de la rentrée scolaire. L’effet séduction du Président a une date de péremption, si les actions ne suivent pas, le charme sera rompu. 

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