Les élèves ont rejoint les bancs de l’école, après des vacances méritées, mais surtout après deux années scolaires atypiques, à dominante perturbante.


La pandémie du covid-19 a eu raison de l’assiduité scolaire, du sens de l’application et d’une discipline qui rime, immanquablement, avec éducation. Durant les deux années scolaires écoulées, les cours ont été chamboulés pour faire primer la santé sur l’enseignement. Et si, durant l’année 2019/ 2020, des suspensions inopportunes des cours ont été décidées, l’année 2020/ 2021 a été à l’origine d’un emploi du temps sans précédent, contraignant les élèves inscrits aux établissements étatiques à se rendre à l’école un jour sur deux ! Ce qui rendait la vie estudiantine plus compliquée, surtout si l’on s’arrêtait, en outre, sur les programmes qui figurent parmi les plus consistants et les plus lourds.

Un remue-ménage inoubliable

Tous ces changements, quoique temporaires, ont sensiblement impacté les élèves, et ce, quel que soit leur niveau scolaire. Mohamed Amine est inscrit en 8e année de l’enseignement de base. Il ne cache pas son enthousiasme quant à la rentrée scolaire. « Cette année, nous allons enfin étudier normalement. L’an dernier, mes parents ont beaucoup enduré de mon emploi du temps. J’étais obligé, parfois, de rester chez la voisine, le temps que mes parents rentraient du travail », indique-t-il. Et d’ajouter qu’aller à l’école un jour sur deux l’empêchait, quelque peu, de mémoriser le contenu des cours. «  Il m’est arrivé même d’oublier de faire mes devoirs », confie-t-il, gêné.

Sallouha, ouvrière dans une boulangerie et mère de deux enfants inscrits en 5e année et en 9e année de l’enseignement de base, s’est réjouie de pouvoir s’assurer quant à l’emploi du temps complet de ses enfants. «  J’ai failli perdre mon travail l’an dernier à cause des cours donnés un jour sur deux… Finalement, j’ai dû laisser mes enfants seuls à la maison les jours où ils n’avaient pas cours, ce qui me rendait inquiète tout au long de la journée. Certes, poursuit-elle, il arrive à mon aîné de passer des heures creuses aux alentours du collège, ce qui est loin d’être rassurant pour un enfant de son âge. Néanmoins, cela reste rarissime. Alors que les laisser seuls à la maison, un jour sur deux, m’inquiétait énormément ».

Quand les parents se convertissent en profs !

Il est clair que le chamboulement de l’emploi du temps des élèves a provoqué un bouleversement de l’emploi du temps des familles tunisiennes durant l’année scolaire écoulée. Et ce n’est pas tout : pour Basma, travaillant dans une société privée, la révision devenait intensive. «  Nous étions dans l’obligation,  mon mari et moi, d’accorder plus de temps à la révision des cours de ma fille, inscrite en 3e année primaire. Il fallait absolument qu’elle saisisse les cours en bonne et due forme. Il était hors de question que nous négligions une année scolaire que nous trouvons basique », souligne-t-elle.

Manifestement, le rôle des parents consiste, outre l’appui à l’apprentissage, à soutenir leurs enfants dans des conditions d’enseignement difficiles. D’où l’importance majeure de l’accompagnement psychologique. L’idée étant d’épauler les enfants inscrits à l’enseignement de base, et incapables de gérer par eux-mêmes un emploi de temps chambardé, à surmonter le cap.

Guider son enfant vers les bonnes pratiques

Cette année encore, le retour à la normale impliquera un surplus d’effort de la part des parents dans ce sens. D’après le Dr Wahid Koubaâ, pédopsychiatre, il appartient aux parents de prendre en considération et de mettre en valeur l’effort de l’élève, primant ainsi son mérite et son application sur le résultat. « Il faut combler les lacunes du système en agençant savamment et les études et les activités physiques et extra-scolaires. Les enfants sont dans le besoin de pratiquer des activités qui concilient effort physique, défoulement, amusement et liens sociaux. Pour ce, il n’est pas nécessaire de dépenser de l’argent. Il suffit de permettre à son enfant de jouer dans le quartier avec ses camarades, de prendre l’habitude d’aller dans les espaces verts et de s’ouvrir à l’environnement naturel et social », explique-t-il.

Pour le spécialiste, encourager la lecture fait partie inhérente à l’accompagnement psychologique des élèves. D’ailleurs, la lecture représente, à son sens, le moyen le plus pertinent pour comprendre le langage. «  Le problème, c’est que les enfants, comme les adultes, ne lisent plus ! Je dirais même qu’un enfant sur cent s’adonne à la lecture durant les vacances. Les parents doivent donner l’exemple en renouant le contact avec le livre », renchérit-il.

A quel âge apprendre les lettres ?

Le pédopsychiatre n’a pas manqué d’attirer l’attention sur l’impératif, pour le ministère de l’Education, de prendre en considération les capacités cognitives des élèves et de décider, une bonne fois pour toutes, sur l’âge approprié pour apprendre les lettres. «  Un enfant âgé de quatre ans ne peut, aucunement, apprendre les lettres, puisqu’il ne saisit même pas la notion de la scolarité. Or, souligne-t-il, bon nombre de jardins d’enfants recourent à ce programme que je trouve prématuré. D’où le rôle du ministère dans l’établissement des lignes directives intransigeantes sur ce point ».

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