50 jours et plus d’attente, maintenant, et il s’avère que les idées, les avis, les positions changent et divergent comme jamais.

Il y a ,certes, un point de non-retour sur lequel tout le monde a fini par s’entendre: l’avant-25 juillet. Tout l’avant-25 juillet. Notamment les gouvernances, les parlements, les modes de partis. Le peuple a massivement crié son ras-le-bol. La classe politique, la société civile, les élites ont acquiescé.

Les divergences alors ?

Surgies «après coup», petit à petit, dissimulées et lâchées, selon le contexte, les intérêts, les opportunités.

Chez les soutiens de Kaïs Saïed d’abord. Eux ont commencé par triompher par le nombre et par la justesse de la cause. 80% des Tunisiens certifient les sondages. Y a-t-il plus forte légitimité ? Quant à l’objectif visé: sauver la Tunisie, éliminer les mafieux et les corrompus. Est-il plus valeureuse, plus noble ambition? Rien de tout cela, presque rien, depuis. Petites mesures, petits dossiers, les prix vont à la hausse. Aucun vrai mafieux traqué. Aucune vraie corruption dévoilée.

Les soutiens de Kaïs Saïed sont des inconditionnels, on le sait. Mais on sait, aussi, que l’impatience érode la confiance. A la longue, peut-être, ils argueront moins de légitimité. Ils finiront, surtout, par renforcer leurs adversaires et démotiver leurs rallieurs. Et c’est déjà le cas. Ennahdha, «Qalb» et «Al Karama» reprennent du poil de la bête, reparlent de dictature et de coup d’Etat, multiplient les pétitions et les condamnations. Les politiciens en perte de carrière y trouvent eux aussi leur compte. Les voilà qui manifestent au moindre appel, ennemis jurés hier, «compagnons de lutte» aujourd’hui. Islamistes, centristes, gauchistes, même «combat». Le prétexte, il y a quelques jours, était «défendre la démocratie». Là, plus qu’un motif : exister.

En résumé :

– 80% de Tunisiens convaincus, réjouis, décidés, mais gagnés par le Doute.

– Des adversaires du 25 juillet rendus à la volonté du peuple qui reprennent du poil de la bête ; «détenteurs subits de la raison»

– Des élites d’abord ralliées à la légitimité et qui se retrouvent empêtrées dans une obsession légaliste.

– De vieux leaders en perte de vitesse et d’audience qui reprennent indûment espoir.

Reste le Président.

A-t-il eu seul le mérite d’éveiller la fibre du 25 juillet ? Affirmatif. A-t-il eu le courage de déverrouiller l’article 80 ? Oui. A-t-il tenu tête aux pires critiques ? Absolument. Défend-il dur comme fer les principes, le peuple et la patrie ? Sans conteste. Il y a néanmoins les lenteurs, les longues attentes, les hésitations. Hélas en nombre. Il le reconnaît, à présent. Mais preuve est ainsi faite que l’impatience importe peu en politique, le mieux est de savoir assurer ses pas.

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