Bientôt deux mois que les blindés de l’armée sont positionnés dans l’enceinte du Parlement. Mais pendant ce temps que font les députés ? Sont-ils confinés à la maison ? Sont-ils encore à l’écoute de leurs circonscriptions ? Sont-ils passés à autre chose ?
Ou, au contraire, sont-ils en train de se préparer pour les prochaines échéances ? Nous avons posé la question à quelques élus.

Depuis le 25 juillet dernier, date à laquelle le Président de la République a annoncé le gel provisoire (qui dure) des activités de l’Assemblée des représentants du peuple, les élus qui siègent au palais du Bardo sont au chômage technique. Officiellement, les 217 députés sont toujours des représentants élus du peuple tunisien conformément à la Constitution de 2014, qui est aujourd’hui remise en cause. En effet, tant que le Parlement n’a pas été déclaré dissous par le Chef de l’Etat, ses membres restent encore légitimes malgré le gel.

Bientôt deux mois que les blindés de l’armée sont positionnés dans l’enceinte du Parlement. Mais pendant ce temps que font les députés ? Sont-ils confinés à la maison ? Sont-ils encore à l’écoute de leurs circonscriptions ? Sont-ils passés à autre chose ? Ou au contraire, sont-ils en train de se préparer pour les prochaines échéances ? Nous avons posé la question à quelques élus.

Mustapha Ben Ahmed :
« Je me consacre à l’écriture et à la réflexion »

« J’ai la chance d’avoir la passion pour l’écriture. Depuis le 25 juillet, j’ai donc trouvé davantage de temps pour me consacrer à l’écriture. J’ai un projet de deux livres. Le premier,  mes mémoires que j’ai intitulé « La voix perdue », et un autre bouquin autour de mon expérience en tant que militant ouvrier. Par ailleurs, je lis beaucoup. Avant, je ne trouvais pas le temps de lire. Honnêtement, maintenant je vais me consacrer davantage à la réflexion qu’à l’action. A 68 ans, je ne vais pas arrêter de m’intéresser à la chose publique, mais du côté de la réflexion. Je trouve qu’il y a un manque flagrant de réflexion et de débats intellectuels, ce qui a généré une pauvreté de nos projets politiques. Malheureusement, les réseaux sociaux ont perverti quelque peu la qualité des débats. Un homme comme moi, qui a vécu tellement de choses, a maintenant besoin de se poser des questions et de réfléchir.

Cela ne m’empêche pas aussi de garder contact avec certains de mes collègues et des personnalités politiques pour discuter de la situation actuelle ».

Jamila Debbech Ksiksi : « Je suis encore députée et responsable devant mes électeurs »

« Un député évidemment est quelqu’un comme tout le monde qui a une famille, et c’est vrai que depuis le 25 juillet, je trouve un peu plus de temps pour m’occuper des miens. Je prends aussi davantage de recul et ça me permet de lire un peu plus notamment les analyses de ce qui se passe au niveau national et international.

Cependant, personnellement je me considère encore comme députée, car je considère que ce gel est illégal. Je continue, encore aujourd’hui, à suivre les dossiers qui concernent ma circonscription électorale. Les citoyens, eux-mêmes, continuent à me solliciter pour des dossiers spécifiques. Ces gens ont des préoccupations concrètes et considèrent encore légitimes leurs représentants au Parlement.

Sinon, je suis toujours aussi présente au niveau de la société civile, et je participe à divers évènements. Sur le plan politique, nous organisons régulièrement des réunions en tant que groupe parlementaire d’Ennahdha. Evidemment, nous réfléchissons à l’avenir politique de notre pays ».

Samira Sayhi : « Notre travail est continu, il n’est pas saisonnier »

« Au PDL, ce n’est pas le gel ou non du Parlement qui anime notre action politique. Nous travaillons tout le temps, nous avons une mission de sensibilisation des Tunisiens quant aux principaux défis auxquelles fait face la Tunisie. Notre action n’est pas guidée par une échéance électorale quelconque. Que nous soyons ou non à l’intérieur du Parlement, que le Parlement reprenne ses activités ou pas, nous demeurons au service des Tunisiens, notamment pour contrôler et dénoncer les abus.

A titre d’exemple, alors que je suis en train de vous parler, je suis en réunion du parti pour discuter de nos projets. Notre travail est continu, il n’est pas saisonnier. S’il y a des élections prochainement évidemment, nous sommes prêts à y participer.

Par ailleurs, nous demeurons proches de nos électeurs. Jeudi dernier, nous nous sommes déplacés à Mornag (circonscription de Ben Arous), pour écouter les citoyens. Nous avons également discuté avec certains d’entre eux qui avaient des doléances très concrètes concernant notamment le domaine agricole. Le jour où nous serons aux commandes du pays, nous aurons déjà des solutions prêtes à être appliquées ».

Fayçal Tahri : « J’ai tourné la page de la politique »

« J’ai présenté ma démission du Parlement, et c’est une décision sur laquelle je ne reviendrai pas. En ce qui concerne ma responsabilité, je suis toujours responsable devant mes électeurs lorsqu’ils me sollicitent. Mais je ne reviendrai pas au Parlement, et de toutes les manières, le Parlement actuel ne reprendra pas ses activités.

Je ne vais plus me présenter à des élections, j’ai tourné la page de la politique, je retourne à mon cabinet en tant qu’avocat. Aussi, je souhaite me consacrer davantage au travail académique, notamment sur des thématiques aussi diverses que la sécurité nationale ou le développement personnel.

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