Plus d’attente, plus d’impatience, plus de spéculations : en moins de quarante-huit heures, Kaïs Saïed a donc pratiquement livré l’essentiel de son après-25 juillet. Et c’est sans surprise. Le tout est axé vers le «non-retour», la rupture totale avec «la malheureuse décennie». Entendre ce qui suit l’article 80, ce qui se projette dès après, et à travers les mesures d’exception.

Le tout, comme on s’en doutait déjà, dirigé droit vers l’émanation d’une autre république. D’une troisième République. Avec, spécifie le décret de ce dernier jeudi 22 septembre, la confirmation du gel de l’ARP, le maintien de l’annulation de l’immunité parlementaire, la mise en charge d’un premier ministre et d’un gouvernement de «transition», une organisation provisoire des pouvoirs publics, la désignation d’une commission d’experts occupée à définir de nouvelles instances et une nouvelle Constitution.

La feuille de route tant réclamée à Kaïs Saïed est donc là, et bien là, à présent. On connaît les sondages, pour l’heure, elle a l’appui de près de 80% des Tunisiens. Mais en politique, le plus dur est dans les questions, les réactions ; il arrive souvent qu’elles couvrent le nombre.

Exemple, dans notre cas, de la question de la légalité. Comment, en effet, justifier l’usage large de l’article 80 qui n’autorise ni le gel du parlement ni le renvoi du gouvernement ? Kaïs Saïed et ses soutiens répondent par de beaux arguments, certes (la souveraineté, la légitimité, la nécessité), mais l’atteinte au légal aura toujours son effet sur l’opinion.

Le risque est réel. A ne jamais négliger.

Il y a, aussi, et l’on n’y prend pas assez garde, le fait que le rapport de force actuel en faveur de KS produit un saccage dans la classe politique et élimine, quasiment, le gros des partis. Réfléchissions à ce que cela peut avoir comme conséquence sur une formation à plus de 35%, tel le  Destour Libre, ou même sur Ennahdha, affaiblie certes, mais qui garde des bases et des traditions. L’enjeu est d’exister. Des résistances peuvent s’unir.

A contre nature, mais le risque est grand. Il y a surtout que KS se plaît d’agir en solitaire. Il n’exclut pas que la classe politique et les partis, il y adjoint la société civile, dont l’Ugtt; imprudence, croyons-nous. Le pendant populaire de l’Ugtt date d’un siècle. Celui du 25 juillet date de deux mois à peine.

Le risque est de tout gâcher.

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