Pour ou contre les mesures d’exception, tout le monde, ou presque, se réjouit de la nomination de Najla Bouden au poste de chef de gouvernement.  Motif de fierté avant toute chose. Nous sommes les premiers dans le monde arabe à confier cette haute tâche à une femme. Nous confirmons ainsi notre constance dans la modernité. Nous montrons, surtout, notre attachement au principe et à la valeur de parité. Nous avons beau trébucher dans notre révolution, dans notre démocratie, nous dressons toujours la tête parmi les nations.

Motif de mérite, aussi. Les titres de Najla Bouden sont méconnus et son expérience politique se «profile» à peine. La confiance due, attendue, est cependant ailleurs. Elle est dans le parcours même de l’ensemble des femmes tunisiennes. Un parcours de réussite et de succès depuis l’école, au collège et lycée, à l’université, jusque lors des études, fonctions et responsabilités les plus ardues. Historiquement, et aujourd’hui statistiquement, la femme tunisienne est régulièrement meilleure, voire supérieure. Il y a seulement que nos traditions masculines nous l’on fait souvent négliger. Il y a, Dieu merci, que nous savons en prendre conscience parfois. Le choix de Najla Bouden par exemple, espérons bien.

Réjouissance, fierté, confiance. La nomination de Najla Bouden n’a pas engendré que cela. Elle a eu, bien sûr, ses effets politiques. Et l’on doit bien s’y rendre : de sacrés effets déjà.

Rappelons  notamment que cette nomination est intervenue quasiment dans la foulée de la manif anti-KS de l’avenue Bourguiba. La manif semblait pouvoir renverser la vapeur, espérait même pousser à la destitution du Président. En quelques heures, le choix d’un premier ministre femme aura tout fait rebasculer. Retour à la popularité maximale du 25 juillet. Regain d’appuis au sein de la société civile. Divisions parmi les partis manifestants. Et coup fatal pour ceux-ci : expression de sympathie dans toute l’Europe et aux Etats-Unis, ainsi que chez les organismes prêteurs.

Imaginons la suite dès lors. Une classe politique quasiment sans bases intérieures, sans appuis extérieurs, et des partis pratiquement proches de la dissolution.

«Simple coup de com», «rien qu’un coup de com», accusent aujourd’hui les perdants. «Un coup de com» ? Peut-être bien. Mais advenu à point . Tant et si bien que les critiques qui fusent à propos des «limites» et de «l’absence d’autonomie» de Najla Bouden et de son gouvernement peuvent tout à fait s’avérer inexactes.

Ici comme là (comme en tout), Kaïs Saïed peut avoir tout réfléchi.

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